Né il y a 40 ans, l'Institut de recherche et coordination acoustique/musique (Ircam) cache derrière son nom technique des innovations entrées dans le quotidien.

L'un des studios de recherche acoustique de l'Ircam
L'un des studios de recherche acoustique de l'Ircam © Maxppp / Thomas Padilla

C'est peut-être l'une des plus grandes œuvres du compositeur Pierre Boulez : l'Ircam (pour Institut de recherche et coordination acoustique/musique). Situé en plein cœur de Paris, cet institut de recherche sur le son fête cette année ses 40 ans. "Il y a eu, il y a 40 ans, une conjonction très rare de volontés dans l'Histoire : celle du président Pompidou de créer un centre pour tous les arts, et une volonté individuelle, celle d'un artiste très connu, Pierre Boulez, convaincu que la musique devait être dans le concert des autres disciplines", selon le directeur du lieu, Frank Madlener.

Le résultat, c'est cette institution intégrée au Centre Pompidou dès son ouverture en 1977, conçue comme un laboratoire pour faire le pont entre les sciences et les arts, via la musique. "Ajoutez à cela un troisième élément, la révolution technologique qu'est le numérique, et vous avez un triangle inespéré qui a provoqué la naissance de l'Ircam", poursuit le directeur du lieu.

La chambre anéchoïque, l'une des pièces les plus connues de l'Ircam
La chambre anéchoïque, l'une des pièces les plus connues de l'Ircam © Maxppp / Thomas Padilla

Mais même 40 ans après sa création, l'Ircam reste un lieu assez méconnu du grand public, à l'image de ses locaux, cachés sous la Fontaine Stravinsky à côté du Centre Pompidou, dont seule une tour imaginée par Renzo Piano sort de terre. Et pourtant, même si les expérimentations musicales de l'Ircam peuvent sembler difficiles d'accès de prime abord, elles ont débouché sur des innovations et des usages très répandus dans la vie quotidienne et la culture populaire.

Entendre des voix venues d'ailleurs au cinéma

L'une des spécialités de l'Ircam, c'est la création de voix, notamment pour le cinéma. Vous vous êtes peut-être demandé comment Jamel Debbouze avait réussi à utiliser la voix de Louis de Funès dans son dessin animé "Pourquoi j'ai pas mangé mon père", ou d'où venait la voix de Pétain dans le documentaire sur son procès, réalisé à base d'images... muettes ? C'est l'Ircam qui est derrière tout cela ! Grâce à des logiciels de synthèse et de transformation vocale, l'institut sait créer des voix avec une technique particulièrement innovante.

Attention, ce n'est pas la même chose que la voix de votre GPS, par exemple : "Ce qui existe dans le commerce ce sont des technologies que l'on appelle 'text-to-speech', où le système lit un texte à partir d'enregistrements existants desquels on a extrait des phonèmes ; mais la voix obtenue n'est pas tout à fait naturelle", explique Hugues Vinet, directeur de la recherche et du développement à l'Ircam. "Notre procédé est différent : on fait dire le texte par un acteur humain et ensuite on transforme le timbre de la voix de l'acteur vers le timbre cible".

C'est ainsi que l'artiste Philippe Parreno a aussi pu faire parler Marylin dans un film, ou qu'Eric Rohmer a pu transformer les voix de ses acteurs pour les féminiser dans "Les amours d'Astrée et Céladon". Une technologie qui permet aussi de créer des voix chantées, ou de corriger des accents, comme lorsque Gérard Depardieu a enregistré sa propre voix en anglais pour le film "Vatel".

Donner une couleur sonore à votre voiture, à votre train

C'est un large champ de la création sonore que l'on appelle le "sound design", où le son a "à la fois une valeur esthétique et une valeur informative, où il est porteur d'information", selon Hugues Vinet. L'Ircam a ainsi travaillé avec la SNCF pour créer la "signalétique sonore" de ses trains, ou encore mettre en place un "parcours sonore" pour accompagner les visiteurs sur le chemin de la Gare Montparnasse, à Paris, à celle de Vaugirard.

Autre application étonnante du design sonore : l'automobile. L'Ircam a travaillé étroitement avec Renault pour la conception de ses voitures électriques, car celles-ci sont totalement silencieuses et représentent donc un danger : elles émettent donc un son - artificiel - lorsqu'elles roulent, pour qu'on les entende arriver.

L'Ircam a même participé à la création d'un master de design sonore à l'école des Beaux Arts du Mans, dont les étudiants ont travaillé sur les signalétiques sonores du tramway de la ville.

Vous aider à découvrir de la musique

L'Ircam ne travaille pas qu'à créer des sons, mais aussi à en reconnaître. L'institut vend ses technologies à des plateformes de distribution de musique (en streaming ou en téléchargement), et notamment à Universal Music "avec qui nous avons signé un très gros accord de licence (...). Ils ont choisi nos algorithmes qui extraient automatiquement des enregistrements des informations comme le tempo, le genre musical, l'ambiance de la musique", explique Hugues Vinet.

Objectif : développer le système de recommandation de musique aux utilisateurs, qui est jusqu'à présent plutôt basé sur les choix des utilisateurs qui ont les mêmes goûts, mais devrait progressivement être constitué de recommandations sur la musique en elle-même. C'est aussi sur cela que travaille Niland, une start-up née de recherches effectuées à l'Ircam sur les recommandations musicales, qui appartient désormais au leader du streaming, Spotify.

Et toujours dans ce domaine, l'Ircam a également annoncé il y a quelques mois travailler avec la Sacem pour créer un outil capable de reconnaître une chanson quelle que soit sa version ou son arrangement, y compris par exemple s'il s'agit de la captation d'un concert amateur posté sur YouTube.

Inventer de nouveaux instruments de musique

On en arrive à la vocation première de l'Ircam : faire évoluer la musique grâce à ce que peut lui apporter la science et la technologie. Ce n'est pas un hasard : l'institut a été créé par Pierre Boulez, qui s'est notamment illustré par l'usage de la musique sérielle et du dodécaphonisme, deux formes très influencées par les mathématiques. Au fil des années, l'Ircam a donc développé de nouvelles façons de faire de la musique, très liées à l'informatique, et aujourd'hui très utilisées par les musiciens pop et électro, comme le logiciel "Max" ou des systèmes de sonorisation 3D aujourd'hui utilisés dans certains concerts.

Ces dernières années, l'Ircam a aussi participé au développement d'instruments "connectés" destinés au grand public. C'est le cas de Mogees, un petit microphone capable de transformer n'importe quel objet en instrument de musique, ou encore de Phototonic, un petit cristal coloré qui fait de la musique en fonction de vos mouvements.

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