Si les crampes aux doigts ne vous font pas peur, Celeste est un jeu de plateformes ardu mais formidable, où le challenge est au service d'une histoire touchante et où les personnages ont bien plus à craindre de leurs fêlures psychologiques que de la mort physique.

Celeste, un jeu de plateforme exigeant aux personnages étranges et attachants
Celeste, un jeu de plateforme exigeant aux personnages étranges et attachants © Matt Makes Games Inc.

L'un des messages d'aide du jeu vous le dit clairement : dans Celeste, "plus vous mourez, plus vous apprenez". Il vous propose même un compteur de vos échecs, dont il faut, dit-il, "être fier"(plusieurs centaines dès le deuxième niveau, en ce qui concerne votre serviteur). Et on se surprend, en effet, à ne pas le voir comme une succession de gifles, mais bien comme une archive de notre persévérance (et il va en falloir pour arriver au bout des centaines d'écrans à affronter).

L'histoire du jeu est jolie comme tout, et fait écho aux épreuves que va traverser le joueur. On y croise une galerie de personnages intrigants, de Madeline, héroïne en plein doute qui ne cesse d'affronter (littéralement) son côté obscur, à l'aventurier un peu narcissique fan de selfies, en passant par l'hôtelier fantôme brisé par ses propres échecs. Des héros qui rappellent, visuellement et humainement, ceux du dessinateur Bryan Lee O'Malley (Scott Pilgrim), avec une ambiance graphique délicieusement rétro.

L'univers de Celeste dégage lui une certaine poésie, un rapport à la fois doux et brutal avec la nature, des irruptions de magie dans l'ordinaire (en particulier dans la séquence de l'hôtel labyrinthique, lieu vivant et mouvant), qui ne sont pas sans rappeler un certain Hayao Miyazaki. Il règne sur l'ensemble une douce mélancolie, distillée par petites touches, avec des dialogues rares mais bien ciselés.

Réussir en échouant sans cesse

Le jeu est particulièrement malin dans la manière dont il vous offre sa grande difficulté. Pas question ici de la présenter comme quelque chose de punitif : le jeu et ses créateurs "croient en vous", ils vous encouragent sans cesse par des petits messages, ou tout simplement par la rapidité avec laquelle il vous offre une seconde (ou une dixième, une centième, une millième) chance. Celeste est difficile, oui, mais jamais frustrant. Il n'est pas avare en petites joies simples d'avoir compris un mécanisme, réussi un saut périlleux, trouvé le bon timing.

Encore plus astucieux :Celeste propose un mode facile, qui a le mérite de n'être jamais présenté comme un échec ou un renoncement, mais bien comme une option pour s'adapter à tous les joueurs. Il peut vous permettre d'être invincible, de ne jamais pouvoir chuter en escaladant les murs, bref de bénéficier de petits coups de pouce pour que l'expérience ne devienne jamais désagréable. Tout en continuant à vous donner cette impression de dépassement de soi.

Une histoire racontée à la sueur de votre front

Tout cela contribue à faire de Celeste un excellent jeu de plateformes, qui évoque des références du jeu indépendant comme Super Meat Boy, tout en réussissant à raconter quelque chose d'émouvant et de fort, à la fois par son scénario et par la manière dont il joue avec le joueur.

Car comme le dit l'un des personnages du jeu, sur cette montagne on n'affronte que ce que l'on a emmené avec soi. C'est vrai pour Madeline, touchante héroïne qui se cherche autant qu'elle se fuit. C'est vrai aussi pour le joueur, que le mont Celeste met face à ses limites, et même parfois face à ses propres questionnements. Dès son introduction, le jeu l'annonce avec bienveillance : "respirez bien, vous pouvez le faire".

CELESTE - Disponible sur PC, Switch, PlayStation 4 et Xbox One

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