Le Centre Pompidou fête ses 40 ans. En 1977, c'était l'anti-musée révolutionnaire. Retour sur ce lieu novateur à travers huit anecdotes méconnues.

Le saviez-vous ? Les couleurs tuyaux du centre correspondent à un code couleur
Le saviez-vous ? Les couleurs tuyaux du centre correspondent à un code couleur © Ph Migeat / Centre Pompidou

Voici toutes les choses que l'on oublie sur le Centre Pompidou, que seuls ceux qui étaient vraiment là en 1977 peuvent raconter. Claude Mollard était alors Secrétaire Général du Centre National d'Art et de Culture, impliqué dans la conception du projet dès le début, en 1969. Il livre ici quelques secrets de fabrication.

Des écrans géants avant l'heure

Un grand écran de télévision qui allait clignoter sur la ville était prévu sur la façade. Raison pour laquelle une large place, que l'on appelait la Piazza, se déployait devant cet écran. Le projet avait 30 ans d'avance. Les équipes avaient travaillé avec des Américains sur des systèmes de diodes, mais cela coûtait trop cher. Finalement, on a abouti à cette façade sur laquelle on voit les visiteurs monter, alors qu'eux, peuvent voir les différentes strates du centre.

Le parvis est en pente parce que la machine est au service de la culture

Le bâtiment n'occupe que la moitié de l'espace disponible pour sa construction. Il ne devait pas être trop haut, pour respecter certaines normes. Donc il a fallu creuser, pour atteindre la hauteur souhaitée par les architectes. Par ailleurs, Beaubourg était un anti-musée, pas question mettre la culture au-dessus des gens. L'esprit du projet c'était celui d'une maison pour tout le monde, donc il fallait laisser les gens descendre selon les lois de la gravité naturelle.

Ensuite, la machine, les ascenseurs, ou les escalators, symboles du machinisme, permettent d'accéder aux expositions. C’est une sublimation du rôle de la machine, comme si elle était au service de la culture. On était à la fin de l’architecture machiniste, la fin d’une architecture sans enveloppe. Du coup, le centre est un prototype qui n’a jamais été reproduit.

Le premier visiteur : Roberto Rossellini

En mars 2017, le centre d'art La ferme du buisson, projettera le film de Robert Rosselini sur l'ouveture du Centre Beaubourg
En mars 2017, le centre d'art La ferme du buisson, projettera le film de Robert Rosselini sur l'ouveture du Centre Beaubourg © Aucun(e)

Le premier jour le centre accueille 40 000 personnes. La descente du parvis les surprend, et c'est la caméra de Roberto Rossellini qui les filme. Le cinéaste italien tourne pendant 20 jours ce nouveau public. C’est son dernier film, il est mort quelques mois après. Jacques Grandclaude a tourné le making off de ce film. Le sculpteur Jean Tinguely était en salopette dans l'entrée du centre, et construisait un automate pendant que le public déambulait.

Le film, jamais projeté, va être présenté à l'occasion des 40 ans de Beaubourg à la Ferme du Buisson, à Noisiel.

Bleu, vert, rouge et jaune

Avant d'être ce bâtiment coloré, Beaubourg, a failli avoir la couleur de la Tour Eiffel, mais cela a donné une maquette rose-rouille-marron clair, peu engageante. Renzo Piano et Richard Rodgers ont alors tenté les couleurs du métro suspendu, argenté. Là, c'était trop clinquant. Un jour Piano et Rodgers ont dit : "Puisque c'est un bâtiment dans l'esprit industriel,on va utiliser le code-couleur de l’industrie." Ce qui donna ceci :

  • Rouge pour tout ce qui est mécanique et levage. Donc les escaliers et les ascenseurs sont peints en rouge.
  • Bleu pour tout ce qui est l’air. Donc les grands tubes de ventilation sont bleus.
  • Jaune pour tout ce qui est électrique.
  • Vert pour tout ce qui est circulation d’eau. Dans les tubes verts, notamment côté rue du Renard, il y a de l’eau.

Valéry Giscard d'Estaing a décrété que le rouge et le bleu sur le toit (pour le boyau de ventilation et pour le mécanisme d’ascenseur qui dépassaient légèrement) étaient de trop. Le toit a donc été repeint en blanc.

Le Centre Pompidou vu de la rue Beaubourg
Le Centre Pompidou vu de la rue Beaubourg © Aucun(e)

Le jour où Chirac sauva le Centre

Pompidou voulait que le chantier aille vite car il se savait malade. Tous les marchés de charpentes métalliques ont donc été passés avant sa mort. C’était Krupp qui donnait cet acier moulé des coursives, moins cher que les aciéristes français.

En avril 1974, le parking sous le centre, le lieu de stockage des réserves, était presque fini, l'acier pour les structures du bâtiment, commandé, et Georges Pompidou disparaissait. En mai, Valéry Giscard d'Estaing, qui lui succède, envisage de mettre fin au projet. Jacques Chirac, premier ministre, menace de démissionner s'il touche au projet. Giscard s'incline et sacrifie plutôt le Centre de Commerce International.

Le jour où Juppé sous-estima fortement le Centre

Alain Juppé était conseiller à l'Inspection Générale des finances. Il estima que le Centre ne recevrait pas plus de 7 000 visiteurs par jour, et non 20 000 comme l'imaginaient ses concepteurs. Raté ! Aujourd'hui la jauge quotidienne du Centre est autour de 16 000 visiteurs.

Une seule fois une femme

Depuis son ouverture, 11 personnes ont dirigé le Centre, parmi lesquelles une seule femme : Hélène Ahrweiler, une grande universitaire, spécialiste des études byzantines. Elle n'est restée que deux ans à la tête de Beaubourg, atteinte par la limite d'âge en 1991. Elle a été nommée sous la présidence de François Mitterrand.

Et maintenant, tous dans la chambre !

Schéma de l'Ircam et de ses installations souterraines. La chambre anéchoïde est en jaune
Schéma de l'Ircam et de ses installations souterraines. La chambre anéchoïde est en jaune © Aucun(e)

L' IRCAM existe dans l'enceinte du Centre car Georges Pompidou a convaincu Pierre Boulez de rentrer de son exil en Allemagne pour s'installer dans un lieu qui serait dédié à la musique contemporaine sous sa direction. À sa création, l'Ircam était entièrement souterrain.

Parmi les studios, laboratoires et ateliers de l'Ircam, il y a une chambre anéchoïde. C'est une salle d'expérimentation dont les parois absorbent les ondes sonores ou électromagnétiques. Les ondes se retrouvent dans les conditions dites de champ libre et ne provoquent pas d'écho pouvant perturber les mesures.

Désormais, l'Ircam est constitué d'une tour signée Renzo Piano, d'un volume issue d'une ancienne école et d'un autre volume appartenant aux Bains-Douches.

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