Une partie du monde du cinéma était choquée, mardi, de voir apparaître au sein de la nouvelle Assemblée générale des César le nom de Roman Polanski. C'est le cinéaste qui, au regard de son statut de membre "historique" de l'association, a exprimé son souhait de continuer à en faire partie.

En 2014, Roman Polanski avait obtenu un Cesar pour "La Venus à la Fourrure".
En 2014, Roman Polanski avait obtenu un Cesar pour "La Venus à la Fourrure". © AFP / Thomas Samson

C'est un nom qui, comme souvent, a enflammé les réseaux sociaux. Mardi, un document émanant de l'Académie des César a fuité, en particulier sur Twitter et Instagram, partagé par des membres de la profession. Il dresse la liste, catégorie par catégorie, des 182 "représentant.e.s de l'assemblée générale des 21 branches professionnelles" qui constituent l'Association pour la promotion du cinéma. Mais, chez les réalisateurs, se trouve notamment le nom du réalisateur Roman Polanski, accusé de violences sexuelles par plusieurs femmes. Lors de la dernière cérémonie, l'actrice Adèle Haenel avait quitté la salle au moment où le prix du meilleur réalisateur venait de lui être décerné. Avaient suivi une crise et de vives critiques émanant d'une partie du milieu, dénonçant le fonctionnement opaque de l'Académie, son entre-soi et le manque de parité ; poussant aussi sa direction à la démission. Enfin, se trouve aussi dans la liste le nom de Thomas Langmann, producteur, condamné en 2019 pour harcèlement envers sa femme. 

Si, ces derniers mois, un changement profond a été promis par la présidence par interim, instaurant la parité et un recours systématique au vote pour supplanter à la cooptation, cette liste vient gâcher les notes d'espoirs des "frondeurs" de la profession. Mardi, plusieurs représentants, comme la cinéaste Andréa Bescond et le comédien Eric Métayer, élus dans leurs branches respectives, ont d'ailleurs vivement dénoncé la présence de Polanski et Langmann. Réclamant au passage l'élection systématique des membres. Décryptage. 

À quoi correspond cette liste ? 

L'Académie des César est aujourd'hui composée d'un peu plus de 4000 membres, professionnels du cinéma, qui forment une sorte de collège électoral (les même qui votent pour décerner les statuettes). Tous ont été appelés à voter pour composer l'Assemblée générale, en place pour quatre années. Cette "AG", divisée en 21 branches (interprètes, réalisateurs, scénaristes, costumes, décors, musique, montage, etc.), constitue un nouvel échelon dans le nouveau processus électoral de la présidence des César. 

Désormais, chaque branche, selon son poids, a entre quatre et 21 représentants. Mais sur 182, seuls 164 ont été élus. Car 18 membres "historiques" de l'Académie viennent s'y ajouter.   

Pourquoi Polanski et Langmann en font-ils partie ?

Car ils font justement partie de ces membres "historiques" à qui la direction par intérim a demandé s'ils souhaitaient ou non être reconduits. Il leur suffisait de se signaler, par écrit, avant la fin juillet. Et si une grosse moitié a renoncé à leur siège, les 18 dont on parlait au-dessus ont indiqué qu'ils souhaitaient continuer à faire partie de la gouvernance des César. 

Ces membres dits "historiques" l'étaient à vie, au titre de l'obtention d'un Oscar américain, de leur statut d'ancien président de l'association ou simplement grâce à leur cooptation, comme personnalité qualifiée, au sein de la précédente organisation. Roman Polanski a donc, comme les statuts l'y autorisent, exprimé ce souhait auprès de l'Académie, tout comme l'ex-président, très critiqué, Alain Terzian, le producteur Thomas Langmann... Ou bien encore Costa-Gavras, Gilles Jacob et Margaret Menegoz, l'une des rares femmes de ce groupe des "historiques". 

Si la présence dans cette liste de Roman Polanski peut interpeller, au regard des engagements pris par l'Académie pour un changement de fonctionnement, il faut rappeler que les membres "historiques" sont désormais minoritaires vis-à-vis du reste de l'Assemblée générale élue.  

La parité promise est-elle respectée ?

Non... et oui. Ou presque. Sur les 182 représentants de l'Assemblée générale, on compte 98 hommes et 84 femmes. Les calculs ne sont pas bons... Car là encore, ce sont ces fameux "historiques" qui perturbent les comptes : au sein des 18 qui ont voulu rester, il n'y a que deux femmes. 

Ainsi, si l'on retire ces "historiques" et que l'on fait le compte au sein des élus, la parité est respectée. Elle le sera, nous assure-t-on, dans la suite du processus électoral, jusqu'à la désignation de la présidence. 

Comment va se dérouler la suite du processus ? 

La suite, c'est un peu "comme dans une fusée", explique un membre de longue date des César : on monte les étages. D'ici le 27 septembre, les membres de l'Assemblée générale candidats au Conseil d'administration doivent constituer des binômes paritaires (un homme, une femme) au sein de leurs branches. Chaque branche devra élire son binôme, ce qui donnera 42 élu.e.s au CA, 21 femmes et 21 hommes. Vous suivez ? 

Quant à la présidence et la vice-présidence, là-aussi, il faut obligatoirement présenter des tickets femmes-hommes, là encore issus des membres de l'AG. Ce binôme sera élu le 29 septembre. Enfin, le nouveau Conseil, paritaire, pourra établir un bureau et décider (notamment) du sort de la prochaine cérémonie, jusqu'alors prévue le 26 février 2021. 

Polanski peut-il être exclu par la nouvelle direction ?

Même s'il est présent au sein de cette Assemblée générale au titre de membre "historique", Roman Polanski a donc très peu de chances de faire partie du Conseil d'administration. Et encore moins d'être élu à la présidence ou vice-présidence. 

De plus, une fois installée, la nouvelle équipe élue a toute la liberté d'engager une procédure à l'encontre de Roman Polanski. Le "Conseil d'administration a la faculté de prononcer l’exclusion d’un membre de l’Association" notamment "pour tout motif grave, après mise en demeure restée sans suite, et après avoir, au préalable, requis à l’intéressé de fournir toutes explications", expliquent actuellement les statuts de l'Académie. De même, précise un fin connaisseur du dossier, rien n'empêche cette nouvelle équipe de mettre fin au principe des membres "historiques", maintenu pour la transition, lors du prochain renouvellement de l'Assemblée générale dans quatre ans. 

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