Replongez dans les meilleurs moments de Boomerang cette semaine : Augustin Trapenard recevait les cinéastes Gustave Kervern et Benoit Delépine, la romancière Alice Zeniter, le chanteur Julien Doré, la photographe Sarah Moon et l'écrivain Pascal Quignard.

"Je pense que c'est dans l'optimisme qu'il y a encore la possibilité de se rassembler parce que chacun, dans son quotidien, est attaché à sauver quelque chose" Julien Doré
"Je pense que c'est dans l'optimisme qu'il y a encore la possibilité de se rassembler parce que chacun, dans son quotidien, est attaché à sauver quelque chose" Julien Doré © Getty

Pablo Cotten a préparé spécialement pour vous le best-of de Boomerang de la semaine à partir des entretiens d'Augustin Trapenard : 

11 min

Le best-of de Boomerang du vendredi 28 août 2020

Par Pablo Cotten

Gustave Kervern et Benoit Delépine  

Ils sont inséparables. Les deux réalisateurs réunissent cette fois-ci Blanche Gardin, Corinne Masiero, Denis Podalydès et Vincent Lacoste dans "Effacer l'historique", un film (dont France Inter est partenaire) et dans lequel ils exposent avec un humour toujours aussi décapant internet et les réseaux sociaux. Ils étaient au micro de Boomerang :

GK et BD : "Il y a, dans le cinéma, quelque chose qu'on a tendance à ne pas oublier car tout cela pousse à une espèce d'exotisme absolu. Quand on a commencé à faire ce métier, ce n'est pas pour le "moi", c'est pour le collectif avant tout qu'on l'a fait. Les artistes pour lesquels on a le plus d'admiration, c'était plutôt les surréalistes et les dadaïstes, c'étaient des groupuscules qui essaient de mener des actions un peu absurdes et drôles. On n'a pas eu une envie de réussir personnelle. 

L'épisode des gilets jaunes a montré que les gens pouvaient se rebeller mais le problème, c'est que derrière il n'y a pas une grosse dimension philosophique. Il faudrait retravailler les utopies avant de se lancer dans une aventure. Il faudrait avoir un espace de rêves communs qu'on a du mal à avoir aujourd'hui. Il faut trouver quelque chose de plus intéressant, ce qui pourrait être fait d'ailleurs avec grâce, notamment par rapport à la crise écologique actuelle.

À l'époque des hommes des cavernes, on a découvert des peintures rupestres qui datent d'il y a vingt 20 000 ans av J-C et, maintenant, on sait qu'il y avait des lumières à l'intérieur, on jouait avec les reliefs, ces animaux-là bougeaient en fonction de l'obscurité. 

En somme, ça fait 20 000 ans que le cinéma existe donc on ne va pas arrêter parce qu'il y a un petit virus. Voir dans le noir, c'est une invention". 

Alice Zeniter

À l'occasion de la sortie de son dernier roman Comme un empire dans un empire (Flammarion) dans lequel elle met en scène une génération qui, face à un monde violent et essoufflé, cherche à en redessiner les contours, Alice Zeniter est venue interroger, au micro d'Augustin Trapenard, les rapports entre politique, littérature et comment leur articulation permet de mieux repenser le sens de nos valeurs collectives :

AZ : "Est-ce qu'un individu, ça a un sens ? Ou est-ce que, de toute façon, on est toujours tellement tissé par les interactions sociales qu'il vaut mieux réfléchir à comment devenir soi en termes de groupe ? Il faut faire une division du travail, de l'engagement politique, mais aussi de l'être soi. 

Ça paraît horrible de dire ça en étant romancière, mais je n'ai pas une immense imagination pour ce qui est des utopies politiques, je ne sais pas exactement ce qui pourrait être. 

Une part de moi est totalement collapsologue, persuadée que quelque chose va exploser ou s'effondrer

Ce n'est plus possible de continuer à aller de l'avant comme cela et que ce soit sur des questions d'écologie, mais aussi dans des rapports de violence entre les différents groupes sociaux. Et, en même temps, la part optimiste en moi se dit qu'on va réussir, peut-être à plus petite échelle, mais à recréer du "nous" collectif, à réinventer des formes de vie qui soient plus douces entre nous".

Julien Doré

C'est sous les sunlights des tropiques que le chanteur a choisi de faire sa rentrée musicale, aux côtés d'Augustin Trapenard, à l'occasion de la sortie de son cinquième album, "Aimée" : 

JD : "Dès qu'il y a la possibilité d'arrêter de penser trop au présent et à une nostalgie des choses du passé et qu'on regarde devant, le "nous" surgit assez vite. Et j'ai eu la chance, sur ce disque, d'être entouré de deux enfants, deux petites filles de mon pianiste, qui chantent dans plusieurs chansons de cet album. Et je peux vous dire qu'à chaque fois qu'elles étaient là, dans le studio qu'on enregistrait, les voix, le "nous" était en majuscule. 

Je pense qu'il y a encore un optimisme, même dans un pessimisme ambiant". 

Je pense que c'est dans l'optimisme qu'il y a encore la possibilité de se rassembler parce que chacun, dans son quotidien, est attaché à sauver quelque chose

Ne manquez pas la carte blanche musicale de Julien Doré qui a repris "Les sunlights des tropiques" de Gilbert Montagné 

Sarah Moon

La photographe a marqué le monde de la mode avec son objectif hors du commun, investissant plein d’autres espaces plus reculés et confidentiels. À l'occasion de Passé Présent, l'exposition que lui consacre le Musée d'Art Moderne de Paris à partir du 18 septembre, Sarah Moon s'est confiée au micro d'Augustin Trapenard

SM : "Je pense que la photographie, c'est l'instant disparu quand beaucoup pensent que c'est la mort de l'instant. Quand je vois une photo, je me souviens exactement de l'instant, pas de la date.  Je me souviens des "avant", pendant et après. 

C'est une peur viscérale qu'on vit en ce moment. On est étonné de ne pas être tétanisé quand on peut agir, mais quand on ne peut pas agir, la peur reste".

Je travaille plutôt dans l'ombre car la lumière, c'est la réalité que je fuis. Moi, je fais de la fiction, je ne fais pas de la réalité

Pascal Quignard

À l'occasion de la sortie de son tout dernier livre L’homme aux trois lettres (Grasset), l’écrivain est venu partager sa passion pour l'écriture et a rappelé combien il était essentiel, depuis le début de sa carrière littéraire, de faire voyager son lecteur au travers d'expériences oniriques singulières. Il était l'invité d'Augustin Trapenard

J'avais pensé à ce titre d'Ovide "Les métamorphoses", c'est un des plus beaux livres de la littérature mondiale. C'est ça qui est finalement recherché dans la vie de tous les jours, une sorte de mutation perpétuelle.

Il y a quelque chose de l'ordre du profondément vivant dans le fait d'écrire

🎧 SUIVRE - Boomerang présenté par Augustin Trapenard, tous les jours à 9h10

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