Etre ou ne pas être beauf? CABU publie un manuel à l'égard des contemporains des beaufs, son personnage inventé au début des années 70 qui lui permet d'exprimer notre médiocrité, notre racisme ordinaire, notre part animale, nos instincts les plus bas. L'ancienne idole des gamins de ma génération, l'ami de Dorothée dans Récré A 2 me donne rendez-vous jeudi dernier à Charlie-Hebdo, et c'est une équipe en pleine conférence de rédaction que je surprends. Incroyable : un journal satyrique fait preuve du même sérieux que n'importe quel media généraliste. Sagement assis autour d'une table, on bosse, on rit un peu, mais très vite Philippe Val et Bernard Maris, les patrons, rappellent à l'ordre la bande : qui fait quoi en pages deux et trois? Qui prend en charge tel sujet, un rédacteur ou un dessinateur? Les visages sont inconnus pour la plupart mais on distingue deux ou trois visages de légende, Cavanna et Cabu en tête. Les dinosaures du dessin sont calmes, attentifs aux débats engagés par la jeune garde. Faut-il réagir aux "provocations de Sarkozy sur mai 68 ou au contraire, ne pas faire ce que l'on attend de nous?" s'interrogent les plus jeunes. Certains s'échauffent et dénoncent les anciens 68ards devenus des électeurs de l'UMP. "Comme la moitié de cette salle!" s'exclame, provocateur, le dessinateur Charb, pince sans rire le plus génial de la tribu Charlie. On se met à évoquer la blonde famille du président à l'Elysée et le délire est collectif. Charb, Honoré, Jul et Rice imaginent, chacun dans son genre, dessinner une famille gaulliste recomposée, De Gaulle posant sur le perron de l'Elysée avec son amiral de fils dégusé en petit Louis, le jour de l'investiture... Ou alors, sur le perron, pourquoi ne pas dessiner une scène façon "La vérité si j'mens"?Ca cogite, ça s'énerve, sous l'autorité amusée et sereine de Philippe Val. Charlie Hebdo fleure bon la réflexion et l'engagement, avec pour règle, une forme de... démocratie participative. C'est idiot, mais entendre ces saillies, ces bons mots, suivre ces débats agités et ces "cogitateurs" brillants, parfois, c'est vraiment bon! Et si vous tentiez, le jeudi à 10h 30, un détour par la rue de Turbigo?

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