Après Écoute la pluie , Michele Lesbre revient en librairie avec Chemins , son livre le plus personnel. Sa narratrice cherche à percer le mystère de son père. Une errance joyeuse et nostalgique

77, rue du Souci. 4, rue du Moulin. Impasse des Petits Pas… autant d’adresses posées tout en délicatesse sur la carte d’une enfance à la campagne, entre Poitiers, Saint-Jean d’Angély, les bords de la Loire... A l’inverse d’un GPS qui nous conduit par le plus court chemin à destination, les chemins de Michèle Lesbre sont lents, hésitants et plein de détours.

Une tendre dérive vers les lieux de son enfance

Une image, au départ de ces chemins et de ce livre : celle d’un homme, plutôt bien mis, assis sur le trottoir, et lisant à la lumière d’un réverbère Scènes de la vie de bohême d’Henry Murger. Ce livre, c’est LE livre du père de la narratrice, celui qui était toujours sur son bureau, le livre de sa jeunesse, de sa vie. « Je me demandais si la lecture des Scènes de la vie de bohème m’aiderait à faire un bout de chemin jusqu’au jeune homme qu’était mon père lorsqu’il lisait ce livre, si elle m’aiderait à percer le mystère qu’il était encore pour moi ». Se laissant porter par les rencontres, les souvenirs, les images, la narratrice nous entraîne dans sa tendre dérive vers les lieux de son enfance et de sa jeunesse. Au fil d’un canal, les souvenirs affleurent, rêveries et rencontres s’entremêlent, avec une grande douceur, à l’instar des paysages traversés.

Extrait

> Le canal dormait profondément. Derrière un rideau de peupliers, trois vaches paissaient. Une silhouette féminine vêtue de noir semblait les garder comme autrefois, au temps de la campagne de mon enfance, où les animaux et les hommes vivaient ensemble. Je me suis assise dans l’herbe et j’ai regardé longtemps le voile frémissant d’insectes à la surface de l’eau, une eau d’un vert doré dans laquelle les peupliers étiraient leur ombre.

A la recherche de l'intime étranger

C’est avec bonheur qu’on s’installe dans ce nouveau roman de Michèle Lesbre, qu’on la suit dans son errance à la fois nostalgique et joyeuse, toujours prête à s’émerveiller sur toute forme de beauté, si infime soit elle.

Extrait

Je me souvenais d’un matin où j’avais éclaté en sanglots à la pensée que toute cette beauté m’échapperait un jour, sans pouvoir l’expliquer, une intuition terrifiante qui me désespérait et qu’aucun des adultes présents n’avait su rassurer. J’avais peut-être dix ans, et je savais, sans le comprendre, sans avoir les mots pour le dire, que le bonheur de l’après-guerre, cette légèreté de la vie que nous menions l’été dans le paradis qu’était la maison du Pommier, était un sursis après les années de violences et d’horreurs. La vraie vie serait sans doute autre chose, les orages conjugaux de mes parents me le prouvaient déjà.

Les orages sont passés, le père est décédé, jeune, trop tôt, et c’est avec générosité, sérénité et tendresse que la narratrice part au gré des chemins à la découverte de cet « intime étranger » qui était son père. Et comme le rappelle Michèle Lesbre, «les pères sont parfois incertains, l’amour aussi, c’est peut-être ce qui les rend si nécessaires »

Annelise Signoret de la Bibliothèque de Radio France

Michèle Lesbre, éditée chez Sabine Wespieser

• Le Canapé rouge, Sabine Wespieser,‎ 2007

• Sur le sable, Sabine Wespieser,‎ 2009

• Nina par hasard, Sabine Wespieser,‎ 2010

• Un lac immense et blanc, Sabine Wespieser,‎ 2011

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