Une mini-série britannique, présentée en avant-première mondiale dans le cadre du festival Séries Mania. Voilà de quoi allécher n'importe quel amateur de séries.

F. Murray Abraham et Alessandro Nivola
F. Murray Abraham et Alessandro Nivola © Playground Entertainment

Chimerica, c'est la contraction de Chine et Amérique. Le contexte : la campagne électorale américaine de 2016. Le point de départ : une photo truquée.

Le photo-reporter rattrapé par cette histoire de photo truquée n'est pas n'importe quel journaliste. Il a photographié en 1989 depuis sa chambre d'hôtel, l'homme de la place Tian'anmen. Mis à l'écart du journal, ce photographe en profite pour partir à la recherche de l'homme de Tian'anmen. Commence alors une série d'investigations journalistiques et géopolitiques passionnantes.

Benoît Lagane a rencontré la créatrice et scénariste de la série, Lucy Kirkwood et Michael Keillor, le réalisateur. Tout est donc parti de cette photo :

Lucy Kirkwood : "Les photos figent un moment dans le temps. Et cette photo est très intéressante car on ne voit que sa nuque. Il est figé devant le char. On sait ce qu'il s'est passé avant et on sait ce qu'il s'est passé à ce moment-là, mais après, on ne sait pas."

Michaël Keillor : "Aujourd'hui on trouve la vidéo sur Youtube et c'est différent, mais à l'époque, c'est la photo qui prévalait."

Lucy Kirkwood : "On est en 1989. Cette photo a fait la Une de tous les journaux. Cette photo est devenue une affiche. Une image iconique."

C'est du côté du cinéma des années 70 que la scénariste a trouvé ses influences.

Lucy Kirkwood : "J'ai été influencé par State of Play. L'étoile du nord pour moi, en quelque sorte."

Michaël Keillor : "D'un point de vue cinématographique, il y avait Les Hommes du Président aussi et c'est Lucy, dans son scénario, qui a fait remonter en moi ces références aux thrillers à base de journalisme des années 70."

Lucy Kirkwood : "Lorsque j'écrivais, j'ai été influencée par des films plus anciens. Donc, il y a beaucoup de références qui me sont venues à l'esprit."

Michaël Keillor : "L'écriture de Lucy est assez exceptionnelle. C'est un formidable thriller politique. Ça se passe en Chine, donc il y a du réalisme. Il y a aussi de la magie et notre personnage principal a des souvenirs dans la tête. Lucy nous donne la possibilité dans son écriture de convoquer un peu de magie dans cette histoire qui est essentiellement politique."

Chimerica est une "mini-série". Il n'y a que quatre épisodes. Un peu frustrant, non ?

Lucy Kirkwood : "Le format s'est imposé à nous. C'est à l'origine une pièce de théâtre. Nous nous sommes inspirés de cette pièce. Il faut une structure pour continuer à avancer et je ne voulais pas faire l'épisode de trop."

L'homme de Tian'anmen
L'homme de Tian'anmen © Getty

La critique est unanime

Les spécialistes que Benoît Lagane réunit chaque jour autour de lui sont tous assez enthousiastes.

Pierre Langlais : "La première fois que j'ai vu cette photo, c'est sur un CD de Sépultura : Refuse Resist. C'est un symbole de la résistance au pouvoir et la pièce de théâtre, dont la série est adaptée, se passait bien avant Trump et elle a été déplacée pour le besoin de cette série. Il y a donc un parallèle entre résistance au pouvoir américain, d'un côté et résistance au pouvoir chinois, de l'autre. La série montre aussi la résistance à la marche du monde, à l'évolution du journalisme aussi. Tout n'est pas si simple."

C'est extrêmement chargé, mais ça se regarde avec plaisir.

Marianne Béhar : "Beaucoup plus qu'un thriller politique, pour moi, c'est une série sur la démocratie, sur la manière dont il faut toujours la défendre. Je pense que dramaturgiquement, cette photo et cette quête, ça tire la série, mais c'est juste un prétexte pour écrire bien plus de choses sur le monde dans lequel on vit."

Cédric Melon : "C'est juste un prétexte, mais c'est un beau prétexte. Il est bien fait, il répond aux codes du genre. Il y a une vraie mise en scène. Il y a un montage que je trouve vraiment fabuleux entre les flash-backs et les différents endroits où l'on est. Mais pour moi, c'est une véritable réflexion sur le journalisme. Le héros est en rédemption. Il a mal fait son boulot. Il a fait une connerie et ça suffit à tout plomber. Il cherche sa place et dans un monde où il y a les fake news, où l'on a tendance à vouloir aller trop vite, où l'on ne vérifie peut-être pas l'info.

Ça va plus loin dans le sens où l'on a de plus en plus besoin de journalistes qui vont faire encore plus attention

La différence, ça va être l'intégrité, ça va être de vérifier. Ça va être aussi d'être capable de prendre son temps et de regarder les choses. Et c'est de ça dont parle la série principalement."

Perrine Quennesson : "Cette quête du personnage sur lui-même, c'est la quête d'une profession qui est en crise totale depuis quelques années maintenant. Avec la précipitation et la recherche du sensationnalisme absolu.

Tout ce qu'on a dit depuis le début est entièrement vrai sur la série, mais en plus, je pense qu'il vient nous attaquer assez directement. Ils sont assez forts les Anglais pour ça. Ils viennent nous attaquer directement pour dire : 'Vous avez des priorités qui ne sont pas au bon endroit. Vos priorités sont complètement à l'ouest. Vous manquez d'humanité.'"

Pierre Langlais : "Il y aussi quelque chose que la série fait très intelligemment, c'est de nous montrer le regard de l'Est." 

Marianne Béhar : "C'est ce qui lui donne son humanité à cette série. Il y a des décrochages poétiques, drôles et tendres."

Cédric Melon : "Si je devais nuancer, même si j'ai beaucoup aimé la série, c'est sur tout ce qui concerne Trump. C'est un poil trop."

Pour conclure

Pierre Langlais se fait l'avocat du diable : "C'est une série qui réfléchit sur la notion de fake news et la série entière est une fake news. Cet homme du char, on ne sait pas du tout ce qu'il est devenu et du coup, l'argument central de la série, c'est d'aller à la recherche d'une histoire qui n'existe pas."

Benoît Lagane, celui de l'ange : "C'est la meilleure série que j'ai vue depuis le début du Festival avec la frustration qu'elle ne comporte que 4 épisodes. Il y a tout de ce que pourrait être une grande série sur le journalisme comme l'a été Lou Grant à la fin des années 70."

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