Pour la carte blanche qu'Augustin Trapenard offre chaque matin à ses invité(e)s, l'écrivaine s'interroge. Quand savoir lâcher prise, laisser filer, jeter l'éponge ?

Choisissons bien nos rêves
Choisissons bien nos rêves © Getty

Adélaïde de Clermont-Tonnerre ose la fiction. En seulement deux romans, elle a su imposer une vision de la littérature nourrie d'imagination. Les jours heureux, son troisième opus, vient de paraître. Du romanesque à l'état pur, avec intrigue, passion, romance et personnages hauts en couleurs. Un roman à l'ancienne qui ressemble à un hommage au cinéma, mais aussi à tous ceux qui maîtrisent l'art de raconter des histoires.

Pour sa carte blanche, elle parle de renoncement.

"Carte blanche, cet espace de liberté déployé devant moi comme la page d'un nouveau roman, et déjà les mots qui se pressent, se bousculent, prennent possession des lieux. 

En quelques secondes, la carte n'est plus tout à fait blanche. Les mots se sont assemblés. Jouant des coudes, Ils me donnent le thème. Un thème qui me hante depuis longtemps : la volonté ou la grâce ? 

Je m'explique. Jusqu'où doit on se battre ? Quand faut il renoncer ? Si l'on y réfléchit, cette question porte en elle toutes les autres. Jusqu'où se battre pour un projet, pour une idée, pour un amour, pour donner la vie ou pour y renoncer ? Quand savoir lâcher prise, laisser filer, jeter l'éponge ? 

Nous marchons, équilibristes du quotidien sur ce fil vital et ténu. Nous naviguons à vue, nous empilons des décisions prises sur la base d'incertitudes, nous tutoyons nos peurs, nous apprivoisons nos désirs. Nous saisissons notre chance. Sans être sûrs qu'elle en soit vraiment une. Nous faisons des plans qui seront tous déjoués, mais quelquefois, le brouillard dans lequel nous avançons s'éclaircit. Des signes du hasard ou du destin nous donnent envie de croire qu'une sérénité est possible. 

La grâce, justement. Cette magie. Ce coup de pouce de l'univers. Ce que nous désirons est à portée de main. Nous le touchons déjà. J'ai vu des gens aimer sans retour, coûte que coûte. Et j'ai trouvé ça magnifique. J'ai vu des gens dire qu'ils n'aimaient plus et j'ai trouvé ça courageux. J'ai vu une femme se battre contre la maladie jusqu'à son dernier souffle. Elle m'a fait mal, sa résistance. J'aurais aimé qu'elle abandonne, mais sa lutte était de toute tristesse et de toute beauté. 

J'ai connu un homme qui a décidé d'en finir seul, sans faiblir, et je l'ai trouvé admirable aussi. J'aime les idéalistes, les fous, les résignés, les j'en-foutres, ceux qui construisent et ceux qui se laissent porter. Car il y a une chose dont je suis sûr dans ce torrent de doute : 

Choisissons bien nos rêves. Ils risquent de se réaliser.

2 min

La carte blanche d'Adélaïde de Clermont-Tonnerre

Par France inter