L'année 2017 est cruciale et périlleuse pour le festival d'art lyrique des Chorégies d'Orange. Pour l'Etat pas question de lâcher cette prestigieuse institutions.

Représentation d'Aïda de Verdi en 2016 à Orange
Représentation d'Aïda de Verdi en 2016 à Orange © AFP / BERTRAND LANGLOIS

Malgré son déficit de 1,5 millions d'euros, l'Etat et la Région ont donné leur caution morale et trouvé une multitude de solutions pour pour éviter la cessation de paiement et passer en douceur les deux ou trois mois à venir. Pour l'instant il s'agit de facilités telles que l'échelonnement de paiements et de charges sociales qui repoussent les échéances les plus urgentes. Alors que la Société Générale a refusé un prêt aux Chorégies l'Etat essaie d'amortir le choc.

Dans l'histoire des festivals en Europe, il tient une place de pionner, car , si le premier festival international a été créé en 1876 par Richard Wagner à Bayreuth, les Chorégies sont apparues dès 1869. On fait même remonter les premières représentations estivales à 1860 au théâtre antique, dont la restauration avait commencé en 1825.

Des Fêtes romaines aux Nouvelles Chorégies

En 1869 sont créées les Fêtes romaines, avec une production de Joseph, d’Étienne Nicolas Méhul. Le nom de Chorégies date de 1902 pour célébrer la capacité du mur du théâtre antique à renvoyer le son des choeurs de chanteurs.

A partir de là les Chorégies ont proposé pendant un siècle du théâtre, de l’opéra et des concerts. Les grands artistes de la scène française s'y sont produits, comme Sarah Bernhardt pour Phèdre en 1903 .

Les interprètes et comédiens de l'Opéra de Paris et de la Comédie-Française ont gardé le privilège de s'y produire jusqu'en 1945. A partir de 1969, les représentations théâtrales seront abandonnées au profit du Festival d'Avignon.

Les Nouvelles Chorégies seront entièrement dédiées à l'art lyrique à partir de 1971 sous l'impulsion du ministre de la Culture Jacques Duhamel.

L’organisation est fixée à six soirées sur une durée d’un mois, généralement deux représentations de deux opéras, ainsi que deux concerts. Tous les grands opéras sont interprétés par les plus grands chanteurs et le festival prend alors une ampleur internationale.

En régime normal sont donnés deux opéras populaires, deux fois chacun, devant un public de près de neuf mille personnes.

Un nouveau souffle pour la programmation

Conscient de l'essoufflement de la programmation, Jean-Louis Grinda, l'actuel directeur, nommé en mai 2016, a prévu de faire revenir la danse dans le cadre somptueux du théâtre antique avec les Ballets Béjart. Coté opéra, il proposera en 2018 le rare Mefistofele de Arrigo Boito créé en 1868 à la Scala de Milan, et _Le Barbier de Sévill_e, oeuvre ô combien populaire mais qui n'a jamais été donnée à Orange.

Mais il faudra avant tout trouver 1,5 millions d'euros pour éponger le déficit. Le festival n'est pas suffisamment doté. "Pour couvrir les frais fixes, c'est-à-dire mettre le théâtre en ordre de marche avant même de payer le moindre chanteur ou musicien, il faudrait 400.000 euros de plus", fait valoir Jean-Louis Grinda.

Cela représente 100.000 euros par tutelle (Etat, ville, département, région). L'Etat (330.000 euros) et la Région (250.000 euros) ont certes accru légèrement leur subvention, respectivement de 40.000 et 50.000 euros, mais c'est insuffisant.

"La prochaine saison est suspendue à une décision rapide des tutelles", martèle Jean-Louis Grinda."C'est frustrant, d'autant que nous avons engagé d'importantes économies qui vont porter leurs fruits, que le public est au rendez-vous avec une hausse de 22 à 25% des places vendues et qu'un gros renouvellement est engagé pour l'an prochain".

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