Il a été préféré à Catherine Meurisse et à Pénélope Bagieu, les deux autres finalistes cette année, et succède au Français Emmanuel Guibert. Cet auteur pointu de 54 ans figurait depuis quelques années dans la short list pour la prestigieuse distinction du Festival international de la bande dessinée d'Angoulême.

L'auteur de BD américain Chris Ware
L'auteur de BD américain Chris Ware © Gil Roth/Delcourt

Le dessinateur est un subtil interrogateur des possibilités formelles du 9e art. Comme Chris Ware n’hésite pas à recourir à des plans ou à des schémas, son œuvre est réputée comme difficile d’accès.

Or ses dessins, souvent situés dans d'incroyables architectures géométriques, sont empreints d’une grande douceur et ses personnages sont tout en rondeurs.

Ses livres au dessin ultra rigoureux sont teintés d’humour, et flirtent avec l’absurde et l’autodérision. Ils sont régulièrement primés : Prix Eisner, Prix Harvey, Prix spécial du jury d’Angoulême 2015…. 

L’auteur de BD se considère comme un écrivain avant tout, et déclare oublier qu’il est dessinateur

Dans Jimmy Corrigan, véritable chef d'œuvre paru en 2003, il interrogeait la filiation, les racines. Il racontait dans cette autobiographie teintée de fiction des retrouvailles père-fils trente ans après que le premier a abandonné le second.

Ses livres traitent en finesse de la solitude, du quotidien et de la mémoire. Mais aussi, dit-il dans un entretien à Libération de 2003 "de la façon dont la société moderne maltraite les individus, en particulier les plus faibles". Pour lui, "l'architecture contemporaine tue l'aptitude au plaisir et au sentiment d'unité, l'hyper sexualisation des publicités avilit, et la mise en avant aux Etats-Unis de l'adolescence est débilitante."

Planche de "Building stories" de Chris Ware
Planche de "Building stories" de Chris Ware / Delcourt

Jean-Christophe Menu, éditeur et auteur de BD dans Télérama en 2003 : 

Chris Ware est un génie du 9e art qui se cache derrière un Américain moyen.

Des influences "classiques"

Il se déclare très influencé par George Herriman (Krazy Kat), Joost Swarte, Ever Meulen, Winsor Mc cay… Sans oublier Hergé, dont il admire le travail sur la ligne claire et les couleurs. Chez lui, tout est suggéré, et il n'a pas son pareil pour stimuler l'imaginaire de son lecteur.

Penseur de la forme du 9e art, Chris Ware publie en 2012 des livres au format singulier : Building Stories contient ainsi 14 cahiers. Des histoires gigognes parues d'abord dans des journaux américains sont réunies dans l'imposant ouvrage. Publiées en anglais en France, elles racontent des vies ordinaires à l'intérieur immeubles. A l'image d'un puzzle, les destinées humaines, souvent solitaires, s'imbriquent. Ce véritable OVNI est salué par la critique. 

Planche de "Rusty Brown" de Chris Ware
Planche de "Rusty Brown" de Chris Ware / Delcourt

Dans le dernier album de Chris Ware, Rusty Brown paru en 2020, il est question d'éducation, de filiation, l’influence du milieu de vie et de conditionnement. 

Le Grand Prix couronne, une fois de plus un auteur complet, un dessinateur toujours en quête graphique dont l'œuvre d'apparence froide est marquée par l'empathie.

Sa réaction 

En 2020 : "En fait, je suis bluffé ! Aux États-Unis, la bande dessinée n'est même pas considérée comme un art, tout neuvième soit-il… Je vous suis tellement reconnaissant, à vous les Français, d’avoir ce grain de folie, celui de me faire un tel honneur, sans parler de cette généreuse ouverture aux dessinateurs du monde entier grâce à laquelle ils me témoignent de leur amitié artistique. 

La liste des précédents lauréats me fait l’effet d’un panthéon, et bien que je considère la notion de compétition comme étant aux antipodes de l'art, je comprends cette propension qui nous caractérise, nous les humains, à vouloir témoigner de notre affection pour les choses qui rendent la vie plus… comment dire… vivante ! 

Je ne prétends pas que ce soit le cas pour mon propre travail, mais je peux au moins avouer être extrêmement flatté de figurer parmi mes camarades dessinateurs (qui, je l’espère, me le pardonneront), en particulier les talentueuses Pénélope Bagieu et Catherine Meurisse, nominées cette année."

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=> La suite du palmarès d'Angoulême 2021

Et aussi 

ECOUTER | Chris Ware interrogé en 2018 sur ce que serait sa réaction s'il remportait le Grand Prix d'Angoulême. Il était cette année-là face à Richard Corben et Emmanuel Guibert :

"Si j'avais le Grand Prix, je me sentirais vraiment mal vis-à-vis de Richard Corben (qui a eu le Grand Prix en 2018) et Emmanuel Guibert (Grand Prix 2020). La compétition m'est très inconfortable. Je n'aime pas être en situation d'être placé contre d'autres personnes. Dans le même temps, c'est très très flatteur d'être considéré. J'ai été déjà profondément flatté d'être dans cette short list. 

Et je suis très reconnaissant. Cela me ramène à quand j'étais enfant : nous devions faire du saut en hauteur, en sport et je n'y arrivais jamais…"

36 sec

C Ware Angoulême

Par France Inter
Planche de "Jimmy Corrigan" de Chris Ware
Planche de "Jimmy Corrigan" de Chris Ware / Delcourt

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