Il avait beaucoup maigri. D'une voix faible et assez haut perchée, il parlait lentement comme un prêtre dans un confessionnal. Mais dans son bureau de la rue du Bac, le 9 septembre dernier, Christian Bourgois avait tenu à témoigner au micro de son admiration pour la française d'origine vietnamienne, Linda Lê. Il l'avait découverte il y a une quinzaine d'années et avait convaincu cette femme fragile, suicidaire et grande styliste de publier chez lui. Moins secret, plus mondain sans doute que Julien Gracq qui a refusé maint éloges (le Goncourt en 51, mais aussi l'édition en poche de ses romans), Christian Bourgois n'aimait que les auteurs qui ne paradaient pas et ne vivaient que pour la littérature.Voici un extrait de cet entretien :"Quand j'ai commencé à faire de l'édition en 1959, chez Julliard, j'admirais Michel Leiris et son fameux texte sur la tauromachie où il expliquait qu'un écrivain doit prendre le risque que prend le torero quand il torée; ces phrases, ce n'était pas de la littérature au mauvais sens du terme. Ca me semblait devoir être le guide de tout écrivain qui se respecte; j'étais jeune, je détestais la littérature francaise à l'époque, suis-je moins sectaire aujourd'hui, pas sûr, mais je me placais comme un éditeur qui voulait publier des livres sous l'égide de Michel Leiris; j'ai l'impression que Linda est tout le temps dans l'arène, quand elle écrit quand elle publie, on est loin du je et du jeu; j'ai eu très peur pour elle, à la lecture de certains textes, j'ai parfois pensé que le pire pouvait arriver, mais ce n'était pas un jeu, et d'ailleurs c'est le sujet de son dernier livre ("in Memoriam"), tout ça, ce n'est pas une pose; les écrivains que j'ai publié ou pas, ceux que j'admire, comme Antonio Lobo Antunes ou Roberto Bolano, mort hélas, ce sont des gens qui ne posent pas; A Paris, ce qui m'agace dans le jeu littéraire, c'est à quel point on pose. Antonio Lobo Antunes ne pose pas".Lisez aussi le papier de Claire Devarrieux dans Libération du 21 déc et l'hommage de Pierre Nora dans le JDD du 23 déc. L'hommage que rend Pierre Assouline à Julien Gracq est aussi passionnant, sur son blog : la république des livres.

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