Elle est venue! Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication s'est présentée ce matin, aux auditeurs d'Esprit critique. Souriante, très aimable, on devine toutefois à ses réponses une longue pratique de la politique (de la langue de bois?). Elle entre à 24 ans au service du président Giscard d'Estaing puis conseille Jacques Chirac à l'Elysée, en matière d'éducation et de culture. Elle écrit pour lui ses discours les plus marquants (le Vel d'hiv en 95 et la mort de François Mitterrand). Voici ses réponses, et déja cette remarque : à la question de la gratuité dans les musées nationaux promise par le candidat Sarkozy, Christine Albanel répond : la gratuité totale serait une erreur. Une promesse qui ne sera pas tenue? -VJ : Bonjour Christine Albanel, bienvenue à France Inter. Dois-je dire Madame LA ministre ou madame LE ministre ? - CA : la ministre, je préfère...- VJ : Nous sommes nombreux à vous découvrir et peut-etre connaissez vous cette anecdote relative à François Mitterrand. Il disait de façon perfide à propos de Michel d’Ornano, alors ministre de la Culture : « c’est bien de parler du ministre de la Culture mais si l'on parlait de la culture du ministre? », aussi vais-je évoquer vos goûts, vous pourrez les préciser, bien sûr... Vous avez écrit du théâtre, 3 pièces, vous avez écrit un roman mais vous aimez autant la littérature, Saint Simon en tête, que le cinéma. Vous avez pleuré en voyant Kramer contre Kramer, mais c’est peut-être la musique qui vous a le plus émue dans ce film, un concerto pour mandoline de Vivaldi; vous aimez la musique baroque, Mozart, Bach par Glenn Gould, vous n’aimez pas la musique contemporaine, ils ne vont pas être contents à l’IRCAM, et avec votre fils, vous écoutez le chanteur Renaud, surtout sa chanson "Les Charognards"; est-ce que le président Sarkozy sait que vous appréciez un soixante-huitard ? CA : Je ne sais pas s’il le sait, mais je crois qu’il l’admet très très bien.Désormais il le sait.VJ : Vous voilà ministre d'un ministère qui a le blues, ses moyens sont plafonnés, désormais les vrais acteurs de la politique culturelle en France sont les maires des grandes villes, les présidents de conseils régionaux et généraux, alors quel est votre premier regard sur l’état de ce ministère après douze jours de présence rue de Valois ? CA : Dire que l’Etat n’a plus de rôle à jouer, je crois c’est tout à fait inexact. VJ : son rôle s’est affaibli! CA : c’est vrai qu’il y a d’autres acteurs qui sont entrés en jeu, et qu’aujourd’hui, la culture est le fait de tous ces acteurs-là et vous avez raison de dire que les collectivités locales sont évidemment très importantes, mais je pense qu’il y a des impulsions de l’Etat et des actions portées par l’Etat et je suis bien décidée continuer naturellement à les porter et à continuer à jouer un rôle, parce qu’il y a une tradition française très profonde, qu’il y a un rapport entre l’Etat et la culture, l’Etat et la création et on en attend beaucoup et j’ai pu me rendre compte en allant à Bruxelles à mon premier conseil des ministres de la Culture européens, à quel point la France était attendue, à quel point on attendait ce que l’on allait faire et dire au fond sur les grands sujets, particulièrement sur les grands défis technologiques, et que si on ne disait rien, et bien c’était grave. Et ça c’est important, et ça donne envie d’agir. VJ : Nicolas Sarkozy s’est présenté aux Français comme le candidat de la réforme, est-ce qu’il vous a demandé une réforme particulière au ministère de la Culture ? C’est quoi votre cahier des charges ?CA : Il ne m’a pas demandé de réforme véritable... Le cahier des charges, je crois, c’est prendre en compte les défis de l’heure, les grands défis technologiques, et Nicolas Sarkozy s’est d’ailleurs prononcé avec force sur le droit d’auteur par exemple ou sur la lutte contre le piratage, qui sont aujourd’hui des vrais sujets qui inquiètent beaucoup le monde du cinéma et beaucoup aussi le monde de la musique. C’est déjà un message et c’est ce message que j’étais venue délivrer en son nom le soir du soixantième anniversaire au festival de Cannes et par ailleurs je le sais très intéressé par tout ce qui est démocratie culturelle, éducation artistique et d’ailleurs cela fait partie des. ; Enfin… la lettre de missions, enfin des décrets d’attribution de Xavier Darcos et de moi-même…VJ : La gauche voulait plus d’art à l’école, Nicolas Sarkozy aussi, droite et gauche s'entendent sur ces mêmes dossiers, qu’est-ce que vous allez faire précisément pour que nos enfants apprennent la musique, le cinéma, l'art dramatique? CA : je crois qu’il faut peut-être sortir ou du moins aller au-delà de ces visions qui sont toujours un peu triste parce qu’on a tous en tête les séances de flute à bec, on a tous été traumatisés par la flute à bec, par le triangle, etc. Je crois que ’histoire de l’art est la grande oubliée de nos enseignements, or, en Italie on sait bien qu’elle fédère l’esprit national et qu’elle est très importante. Je pense que c’est au fond toutes les matières qui doivent porter l’éducation artistique ça c’est sûr…VJ : Mais ça veut dire quoi, qu’il faut recruter des spécialistes qui vont enseigner cet art-là ? CA : Je pense que les artistes aujourd’hui ont la possibilité de travailler dans le secteur scolaire. C’est une chance et quelque chose qu’il faut, naturellement, utiliser. Mais je pense l’éducation artistique doit aller au-delà, je pense qu’il y a l’éducation artistique, je pense qu’il y a l’éducation à l’image, je crois qu’on est dans un monde où on est matraqués par l’image et je pense que donner aux jeunes enfants des clefs pour mieux comprendre le mieux qui les entoure, je crois que ça en fait partie.VJ : Vous pourriez demander aux intermittents de venir donner des cours et de venir enseigner aux enfants par exemple ? CA : Il y a la possibilité, grâce aux accords qui ont été conclus, et qui d’ailleurs sont entrés en application le premier avril dernier, c’est vraiment très récent, de, justement, de faire un certain nombre d’heures permettant d’avoir accès à l’assurance chômage, précisément dans les établissements scolaires. Je crois que c’est une chance pour tous, en réalité. Il faut que l’école s’ouvre, il faut que l’on vienne à l’école et que les jeunes aillent naturellement davantage à l’extérieur. VJ : Alors l’intermittence, parlons-en c’est un de vos grands dossiers sur votre bureau rue de Valois, un nouveau protocole est en place depuis début avril, on dit que 30 000 artistes ont été exclus du système et la chorégraphe de Montpellier Mathilde Monnier a souhaité vous poser une question que beaucoup beaucoup beaucoup d’auditeurs posent également : « Je lui dirais de faire très attention à la question des intermittents parce que moi je vois autour de moi un grand état de précarité dû à ce nouveau système, ce qui est très très grave, moi j’ai des amis qui sont danseurs depuis 15 ans, qui sont sans doute dans le haut du panier on peut dire aujourd’hui, on peut dire dans les 50 danseurs qui dansent en France, qui n’ont plus leur statut. C’est-à-dire qu’on est plus à des gens qui ne travaillent plus et qui n’ont plus leur statut, on est à un niveau beaucoup plus grave, et c’est très inquiétant pour notre métier. Il suffit par exemple qu’un danseur travaille beaucoup pendant 4 mois puis qu’il ait un trou de 3 mois. Mais suivant là où est placée la date d’anniversaire, il peut totalement se faire éjecter du système. Alors on sait bien que dans la danse, on répète en général plutôt 3 mois que 4 et qu’on tourne sur des périodes assez courtes. Les gens achètent un ou 2 spectacles et donc ce qui se passe, par exemple au mois de juin, quelqu’un n’a pas de date et que la reprise se fait en novembre, parce que effectivement, c’est le moment où les compagnies répètent pas, où il n’y a pas forcément de date à ce moment-là et hop, la personne est éjectée. Donc c’est des choses très fragiles. Et moi là je vois vraiment une chose grave, sur une situation qui est en train de se détériorer. Et pour des danseurs très professionnels, c’est-à-dire pour des danseurs qui ont quinze ans de carrière derrière eux, qui travaillent pour de très grandes compagnies qui sont des compagnies les meilleures au monde aujourd’hui, je peux vous le dire. »VJ : Mathilde Monnier au micro de Christine Siméone. Vous ne souhaitez pas remettre ce protocole sur le métier dans le cadre de la solidarité professionnelle, avec les partenaires sociaux ? CA : Ce que je crois si vous voulez c’est que je pense qu’il y a des acquis, on sort quand même de 3 ans de négociations, c’est très important, des accords ont été signés, ils viennent d’enter en application, pas il y a six mois, il y a huit mois, il y a un an, mais juste maintenant. Donc bon, je crois qu’il faut quand même les laisser vivre, voire comment quand même les choses évoluent, on est passés et on est en train de passer d’un système où il y avait 18 conventions collectives, il n’y en aura plus que 9, donc faire plus de simplicité, plus de transparence, plus de cohérence, donc je crois qu’il faut que chacun se mobilise, parce qu’il faut bien voir que tout cela est porté par les partenaires sociaux mais que l’Etat s’est impliqué. L’Etat a pris ses responsabilités. Il a créé, par phases, actuellement le dernier fond de professionnalisation qu’il soutient quand même et tout ceci veut dire qu’il y a plusieurs solidarités qui se rassemblent pour l’emploi des artistes et pour l’emploi des techniciens, dont tout le monde sait qu’il tout à fait est essentiel, car évidemment rien ne se ferait sans eux. Il y a quand même vraiment eu des acquis, il peut y en avoir d’autres, sur l’information bien sûr, sur tout un système au fond de sécurisation de parcours que l’on souhaite mettre en place, sur une pérennisation de cet emploi parce que c’est vrai qu’il y a beaucoup de situations anormales, vous avez aussi beaucoup de gens qui sont dans la situation d’intermittence alors même qu’ils ont des emplois constants, et des emplois constants parfois au sein des collectivités locales, qui sont…VJ : Christine Albanel, quand Pascale Ferran aux Oscars déclare que le nouveau système exclut les plus pauvres pour mieux indemniser les plus riches, est-ce qu’elle a complètement tort ? CA : Franchement, oui, je pense que oui parce que je pense que tous les systèmes de filets qui sont mis en place, bon certes on n’est pas exactement dans le système d’avant 2003, mais il faut bien voir que le système d’avant 2003 a généré des abus absolument innombrables et c’était un système qui était en train d’exploser, il faut quand même bien en avoir conscience.VJ : Vous dites il faut laisser, voir un peu comment fonctionne le nouveau protocole, c’est-à-dire combien de temps ? Soyons concrets.CA : Ecoutez, tous les mois qui viennent, il y avait de toutes façons un rendez-vous qui était déjà pris en septembre, mais j’ai ouvert ma porte dès maintenant à des organisations syndicales pour m’entretenir avec eux, pour discuter avec eux, et les rendez-vous sont déjà pris. Mais le rendez-vous officiel théorique, c’était à la rentrée prochaine et je crois qu’il faut vraiment voir comment les choses évoluent. Moi j’ai pas du tout le sentiment que les gens soient laissés à eux-mêmes, qu’il y ait des situations absolument dramatiques. Je ne dis pas qu’il ne peut pas y avoir des cas particuliers, malheureusement il en existe toujours, mais je pense vraiment qu’il y a une prise en compte de la question, qu’il y a une implication de tous, moi j’ai bien l’intention de la poursuivre, et je pense que c’est un... On est quand même plutôt d’abord, un -et je suis désolée de le rappeler, dans le système probablement le meilleur d’Europe et du monde-, enfin il faut quand même en avoir conscience, c’est quand même un système qui présente beaucoup beaucoup d’avantages, qui s’est encore amélioré parce que dans les heures que l’on doit pour avoir cette assurance chômage, maintenant on y faisait allusion tout à l’heure, il peut y avoir des heures d’enseignement, il y a des congés maladies qui sont pris en compte, il y a toute une série de choses qui ne l’étaient pas précédemment, maintenant je ne dis pas que tout est parfait, ma porte est naturellement ouverte (Vincent : vous allez dialoguer). Voilà, de toute façon on va dialoguer. VJ : L’autre dossier épineux sur votre bureau : le droit d’auteur, il faut bien sûr protéger le droit d’auteur en France, faire en sorte qu’il ne soit pas pillé par le téléchargement, le piratage et en même temps satisfaire le consommateur, on a beaucoup de mails qui concernent le droit d’auteur, alors est-ce qu’il faut sévir, réprimer ceux qui abusent, un mail d’Alain Imbaut : « quelle est votre position sur le téléchargement sur Internet, quand va-t-on cesser cette traque indigne de l’esprit d’accès et de partage de la culture présent depuis le temps des Lumières en France ?»CA : Vous savez, il faut savoir est-ce qu’on veut avoir, défendre le droit d’auteur ou pas. Enfin, je veux dire, c’est vraiment ça. Bon. Moi, j’ai la conviction profonde et c’est celle aussi du président de la République, qu’il faut défendre le droit des auteurs. Parce que si on ne défend pas le droit des auteurs, il n’y aura plus de création. C’est très simple. Il faut vraiment que les jeunes également en aient conscience. On ne part pas de rien là non plus. Il y a une loi, la loi qui a été votée et cette loi non seulement gravait dans le marbre la défense du droit des auteurs, mais aussi envisageait, enfin prenait en compte la différenciation des pratiques parce qu’on ne peut pas mettre dans le même sac quelqu’un qui va faire une petite copie chez lui à usage pratiquement personnel, et puis celui qui va casser les systèmes de contournement et qui va faire un piratage massif. VJ : Ce n’est pas simple, d’ailleurs de trouver ceux qui abusent ? CA : Oui, c’est pas simple. Ce que je veux dire, c’est que la loi déjà permet cela. Bon. Bien sûr qu’on ne va pas se mettre dans cet état d’esprit policier, poursuivre tout le monde et on sait bien d’ailleurs que ce serait impossible, mais je crois vraiment qu’il faut arriver à une plus grande responsabilisation des acteurs. Je crois que mettre ensemble aujourd’hui le monde de la création et le monde du cinéma par exemple, les fournisseurs d’accès internet, essayer que chacun se mettre à faire des efforts au fond supplémentaires, accroître l’offre, qui reste légale, qui reste relativement limités malgré tout. Elle est pas mince, hein, elle est pas nulle, mais elle est assez limitée. Faire que cette offre soit plus accessible financièrement. En échange, pérenniser la croissance des fournisseurs d’accès à Internet et pour ça reconduire le protocole qui avait été conclu fin 2005 et qui s’est arrêté fin 2006, et en même temps, je crois, obtenir d’eux une certaine pédagogie, c’est important. C’est-à-dire avoir un système d’alerte, et à cet égard il y une décision du Conseil d’Etat qui est intervenue récemment, permettant d’utiliser des fichiers sous conditions, tout ça est très très encadré, serait très encadré, moi je ne suis pas dans uns psychologie je dirais dans une mentalité très policière…VJ : Vous n’êtes pas un ministre gendarme ? CA : Non, on sait tous comment ça se passe naturellement, mais je crois laisser dire il faut laisser faire n’importe quoi parce que c’est la liberté, parce que c’est la modernité, parce que c’est le mouvement, allons-y pillons, ça non. VJ : A partir de quand pourra-t-on entrer gratuitement dans les musées nationaux ? Les auditeurs posent beaucoup et très souvent cette question. Alors la gratuité…Ça c’était l’objectif et l’envie première de Nicolas Sarkozy…CA : C’est une envie, je crois que c’est une envie de démocratie culturelle, c’est une envie au fond de faire venir dans les musées ceux qui n’y vont pas. Ca coûterait 200 millions d’euros à l’Etat, hein…CA : Voilà. Alors moi, mon sentiment, alors d’abord ce n’est pas quelque chose qu’il a dit dans son discours en cycle culturel. Parce qu’il a une réflexion là-dessus… VJ C’est vous qui avez lui avez soufflé toutes ses idées sur la culture…CA : Il a une réflexion, là-dessus. Et l’idée, c’est quand même de faire venir ceux qui vont le moins vers nos connaissances nationales. Et c’est la tranche d’âge 18-25 ans qui en réalité y va peu. Et je pense que peut-être, il y aurait quelque chose à faire dans cette direction-là. Maintenant, il faut bien savoir qu’aujourd’hui, un tiers, entre un tiers et un quart de visiteurs déjà, ont en fait la gratuité. Parce qu’il y a un jeu d’exonération qui est absolument considérable. Que, deuxièmement, les tarifs, le fait de payer justement quelque chose fait partie de l’esprit d’entreprise de l’endroit. Ca mobilise les gens, ça permet de porter une politique pour un établissement, ça donne tout son prix aux grandes opérations, par exemple la Nuit des musées, c’est un succès fantastique Pourquoi? Parce que c’est pas gratuit. Tout n’est pas gratuit tout le temps, résultat ça donne l’envie, ça donne le désir. Mais comment on fait financièrement pour que les musées soient gratuits ? Alors moi, je suis pour aller plus loin dans la gratuité, mais je pense qu’il faut réfléchir à cette idée de gratuité tout le temps, pour tous. Je réfléchis et je ne suis pas sûre que ce soit la bonne idée. Peut-être que la bonne idée, c’est la gratuité pour les 18-26 ans, mais non pas la gratuité tout le temps pour tous, parce qu’elle est porteuse d’effets je pense assez pervers. VJ : Là vous allez vous bagarrer avec Nicolas Sarkozy qui annonçait cette gratuité dans les musées nationaux, mais il paraît que vous êtes une femme de caractère qui n’a pas peur d’être libre et de dire tout ce qu’elle pense, alors...CA : Non, non, je pense... Pas du tout, pas du tout, précisément, il n’a pas évoqué cette question dans son discours, et ce n’est pas du tout tranché, en fait. VJ : Vous avez un sacré boulot quand même à la tête du ministère, hein ? CA : Je m’en réjouis parce que c’est passionnant et puis…VJ : Alors comment vous allez faire pour être aussi porte-parole du gouvernement ? CA : Ecoutez, je crois que je le ferai aussi avec cœur, c’est une responsabilité, c’est un signe de confiance c’est une façon d’être un peu au cœur de l’action politique et je pense que ce sont des forces supplémentaires que je peux mettre au service de la culture. VJ : Vous avez 24 ans quand vous entrez au service du président Giscard d’Estaing, c’est très jeune 24 ans, vous étiez agrégée de Lettres modernes vous auriez pu continuer à écrire du théâtre, à écrire des romans, pourquoi vous êtes allée vers la politique ? CA : En fait, pour dire la vérité j’ai continué à écrire du théâtre, c’était une époque où je rentrais tous les jours déjeuner chez moi, où j’écrivais du théâtre tous les jours en début d’après-midi, et puis justement, une des idées c’était, je voulais rester à Paris précisément pour écrire du théâtre à l’époque, vous savez j’aimais beaucoup Balzac et j’ai toujours été, jeune, passionnée par Balzac et je pense que j’étais intéressée par la vie politique, par des ressors politique, c’est pas un hasard si finalement à un moment donné je me suis retrouvée un peu à l’Elysée…VJ : On a sans doute bêtement l’image d’un monde cruel, est-ce que c’est le cas ? CA : Oui mais bon, tous les mondes sont un peu cruels vous savez…Il y a un événement qui débute cette semaine, j’ai promis de vous poser une question sur votre actualité, donc... "Monumenta", c’est au Grand Palais, c’est quoi, une nouvelle manifestation d’art contemporain ? CA : Je crois que c’est un très beau projet, c’est la possibilité pour un très grand artiste, cette année c’est Anselm Kiefer, ce sera ensuite Richard Serra, l’américain, ce sera Boltanski ensuite, de confronter avec cette nef extraordinaire, d’occuper l’espace, et aussi de mettre en place tout un apprentissage de l’art contemporain, il va y avoir beaucoup de médiateurs culturels, il y a 4 000 jeunes qui sont attendus, c’est une sorte de grand rendez-vous pour donner plus de force à l’art contemporain en France, ce qui n’exclut pas tout ce qui se fait par ailleurs et la nécessité de faire émerger jeunes artistes aussi, mais là c’est la reconnaissance d’un très grand. VJ : Vous avez présidé Versailles, le patrimoine c’est quelque chose qui vous concerne beaucoup, or il traverse une crise. Le PS accuse la droite d’avoir réduit les crédits consacrés au patrimoine, et affirme même que ces crédits se sont effondrés. Que dites-vous? Qu'allez-vous allez faire pour le patrimoine ? CA : Il y a eu quand même des moyens qui ont été mis au service du patrimoine et je pense notamment aux privatisations à un moment donné, moi j’ai envie de voir un peu, de faire un état des lieux, de travailler aussi avec les collectivités locales pour voir comment ensemble on peut porter les grands projets, enfin moi le patrimoine me passionne, c’est une passion française, c’est premier pour les gens, il y a une façon extrêmement vivante de faire vivre le patrimoine et de confronter toutes les disciplines au sein des grands lieux, moi j’ai essayé de le faire à Versailles, et enfin moi je ferai, enfin j’essaierai de beaucoup faire pour la patrimoine, pour les métiers d’art c’est aussi l’économie culturelle…VJ : Vous n’hésitez pas à faire appel au mécénat, vous l’avez prouvé à Versailles, vous ferez beaucoup appel aux financements privés, on sait que les mécènes aiment les vieilles pierres mais n’aiment pas le spectacle vivant par exemple, les artistes qui dérangent…CA : Je crois que le mécénat est une grande chance, je pense que ce mécénat peut être de toutes sortes, il peut y avoir des mécénats de compétences, il peut y avoir… et je pense qu’il ne faut pas dut tout avoir peur du mécénat, mais je pense qua souvent, quand il y a un engagement public, il y a aussi des mécènes et des partenaires privés. Je crois que les deux se mettent ensemble et j’ai envie de créer cette synergie. Christine Albanel, bonne chance dans votre entreprise, un message aux artistes, ils sont nombreux à vous écouter, qu’est-ce que vous leur dites ce matin ? CA : Simplement que, que je suis avec eux. Que je comprends le... que certains de leurs problèmes me touchent beaucoup comme justement le droit à la création, et que je ferai tout pour soutenir la création comme la France le fait depuis des siècles, à commencer par Louis 14, je vous annonce…VJ : Tiens, d’ailleurs il paraît que votre fils vous appelait "Louisette 14", quand vous étiez à Versailles ? CA : Mon fils est très très insolent.

Anne Audigier.Radio France
Anne Audigier.Radio France © Radio France
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