Christo, l'artiste d'origine bulgare qui emballe des monuments, des îles et des paysages entiers, va cette fois emballer l'Arc de Triomphe du 6 au 19 avril 2020. 35 ans après avoir empaqueté le Pont Neuf, l'artiste s'attaquera de nouveau à l'un des monuments emblématiques de Paris... Il répond à nos questions.

Dessin du projet d'empaquettage de l'Arc de Triomphe par Christo
Dessin du projet d'empaquettage de l'Arc de Triomphe par Christo © pasquier

En 1985, plus de 3 millions de visiteurs sont venus regarder et toucher le Pont Neuf  empaqueté par Christo et sa partenaire Jeanne-Claude. Dans un an, c'est l'Arc de Triomphe, l'un des plus emblématiques monuments parisiens, que l'artiste va recouvrir d'une toile, pendant 14 jours, avec 25.000 m2 de tissu recyclable en polypropylène argent bleuté et 7000 m2 de corde rouge. Un Arc de Triomphe emballé comme un cadeau : contrairement aux tulipes de Jeff Koons, cette installation sera entièrement auto-financée par Christo grâce à la vente  de ses maquettes, dessins, collages du projet ainsi que des lithographies originales sur d'autres sujets. Et cette réalisation va coïncider avec une grande exposition au Centre Pompidou, rétrospective sur la période parisienne de Christo et de sa partenaire Jeanne-Claude.

Depuis son atelier new-yorkais , Christo a répondu à nos questions.

FRANCE INTER : Pourquoi avez-vous choisi de "vous attaquer" à l'Arc de Triomphe?

CHRISTO : "Je suis arrivé à Paris en 1958 et j'habitais une chambre de bonne tout près des Champs-Élysées et en 1962, j'ai  fait des études, des photomontages pour empaqueter l'Arc de Triomphe. Mais on n'a pas obtenu l'autorisation de réaliser ce projet ! Ce monument est extraordinaire, avec une présence fabuleuse. À cette époque, j'ai fait plusieurs propositions, mais je n'aurais jamais pensé pouvoir un jour réaliser ce rêve. Ce monument est la star de la Place de l’Étoile, avec une perspective incroyable au-dessus des Champs-Élysées. C'est une structure qui est magnifique pour être réinterprétée comme objet d'art."

La dimension symbolique de ce monument aussi vous a inspiré ?

"J'étais très conscient de cette dimension symbolique. Ce monument est au cœur de l'Histoire extraordinaire de la France. Il symbolise le courage d'hommes qui ont donné leur vie pour l'indépendance du pays."

Comment va se dérouler cet empaquetage ? 

"Ce sera une toile différente et plus lourde que celle que nous avions utilisée pour le Pont Neuf. Et comme pour tous nos projets, nous travaillons avec des ouvriers professionnels qui construisent des ponts, des buildings et nous allons engager 30, voire 40 alpinistes. Et tout le monde pourra regarder ça ! Ce sera un très beau spectacle."

Quel est le sens de votre démarche artistique?

"Pourquoi Claude Monet a-t-il peint la Cathédrale de Rouen ? Parce qu'il veut réinterpréter la Cathédrale de Rouen avec son style, comme il la voit : bleue, jaune... C'est la même chose pour nos interventions : nous réinterprétons un objet architectural construit par l'homme, pour qu'il devienne aussi une œuvre d'art. Et ça ne sera pas une œuvre statique : la toile est deux fois plus grande que la surface du monument, avec beaucoup de plis. Ce sera comme un objet vivant qui va bouger dans le vent, refléter la lumière et avec ces plis qui vont bouger, la surface du monument va devenir sensuelle, les gens auront envie de toucher l'Arc de Triomphe."

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