Chronique d'hiver est une réflexion personnelle d'un écrivain au soir de sa vie. Paul Auster a déjà fourni beaucoup d'indications dans "L'invention de la solitude", "Le Carnet rouge" et "Le Diable par la queue". Cette fois, Paul Auster écrit "tu", comme s'il s'adressait à lui-même dans une conversation intime.

Paul Auster en écrivain marcheur, on l'avait deviné en lisant son oeuvre, Paul Auster délirant sur l'utilisation de ses mains au cours d'une vie, Paul Auster touchant quand il raconte qu'il est encore honteux de n'avoir pas eu un geste chaleureux envers une connaissance de son père, Paul Auster pris de crise de panique, fils sans larme devant la mort de ses parents.

Il nous fait entrer dans les méandres de ses sentations éternelles. Celle du pied qui se pose sur le sol froid, des muscles tendus ou de la respiration. On se faufile avec lui au milieu de ses chahuts enfantins, des mystères qui le hantent encore, dans le souvenir d'un goût de café et mille autres détails qui ne font pas la vie d'un écrivain mais celle d'un être peu sûr de lui.

Trop de détails serait-on tenté de dire , tellement l'observation est pointilleuse. On oscille entre Nouveau Roman et confessions intimes. Le rythme est lent, celui d'un écrivain qui conduit son histoire en respectant les limitations de vitesse. Les moments les plus intenses sont ceux où la vitesse d'écriture est en décalage avec celle de l'histoire. Les petits emballements de l'histoire, il faut que le stylo arrivent à les suivre. Tout l'art est là, Paul Auster n'y parvient pas tounours.

Les plus belles pages sont probablement celles qu'il consacre à sa mère et le morceau de choix est le récit qu'il fait d'une conversation téléphonique entre lui et une cousine lors de la mort de sa mère. Un torrent de méchanceté vénéneuse relaté tout en souplesse, sur le même rythme et le même ton tranquille que tout le reste des souvenirs.

(Paul Auster, "Chronique d'hiver". Traduit de l'anglais (États-Unis) par Pierre Furlan. Sortie : le 13 mars. Actes Sud. 22,50 euros )

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