Pourquoi les films du cinéaste restent-ils d'actualité ? Pourquoi ses films nous font-ils du bien ?... Laurent Bourdon, qui publie un nouveau livre sur le réalisateur, et Guillemette Odicino, journaliste à Télérama étaient les invités de Grand bien vous fasse, l'émission d'Ali Rebeihi.

Claude Chabrol en mai 1990
Claude Chabrol en mai 1990 © Getty / Jansch/ullstein bild

Ensemble, ils ont donné des raisons de revoir l'un ou plusieurs de ses 57 films. 

Féministe, gourmand, lucide, dénonciateur de la bêtise, et mettant en valeur les comédiens d'une façon exceptionnelle, le cinéma d'un des réalisateurs français emblématique de la Nouvelle vague reste très pertinent aujourd'hui.

Un regard lucide sur la société 

Entre Violette Nozière et Le Tigre se parfume à la dynamite, difficile de trouver un véritable fil rouge dans la filmographie chabrolienne. Sa particularité réside dans sa façon d'aborder le cinéma. Et un mot revient : la lucidité.

Claude Chabrol : "Le bonheur c'est d'être bien dans la lucidité. Ce n'est pas à la portée de tout le monde à l'heure actuelle. De gros efforts sont faits pour l'empêcher cette lucidité. Et plus ça va, et plus les efforts s'intensifient. On a réussi à arriver à ce paradoxe que au fur et à mesure que l'on donne du confort et du bien-être aux gens, on réussit à les abrutir davantage à l'intérieur de ce qu'on appelle la fameuse société de consommation qui donne du bonheur dans l'abrutissement,

"Moi je suis pour le bonheur dans la lucidité."

Guillemette Odicino : "Cette quête d'honnêteté par rapport au monde et par rapport à soi est passionnante. Chabrol avait des problèmes de vue. Il avait des "culs de bouteille" en guise de lunettes. 

On a l'impression qu'il a voulu compenser ses problèmes de vue par une 'vista' : il fallait absolument qu'il voit particulièrement bien la société et ses rouages. 

A travers la famille, la première cellule sociétale, il observait cette bourgeoisie, cette province dont il était issu, avec tous ses secrets. Des zones d'ombre cachées qu'il aimait traquer, révéler. Il montrait aux spectateurs que plus il y en a, plus il y a d'ennuis ! 

La plupart du temps, chez Chabrol, quand les personnages s'illusionnent, s'aveuglent, se cachent, ou quand ils n'assument pas la vérité, cela mène au meurtre, à la mort. C'est pour ça que le réalisateur adorait les polars. 

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Laurent Bourdon ajoute : "Le film La Cérémonie est tiré d'un livre de Ruth Rendell que Claude Chabrol n'avait pas lu avait lu lors de sa parution, mais qu’il n’avait eu aucune envie d’adapter. Il ne trouvait pas intéressante la façon dont étaient présentés les personnages… Puis il a vu dans un journal que depuis la chute du mur il n'y avait plus de lutte des classes. Claude Chabrol avait trouvé ça tellement idiot qu'il s'est à nouveau intéressé au roman et se l'ait réapproprié et il l'a un peu bouleversé puisque le roman commence par le meurtre. 

Il avait un regard sur la société et sur le monde incroyable alors qu'il ne sortait jamais de chez lui et qu'il regardait la télévision en permanence."

Un réalisateur féministe

GO : "Claude Chabrol ne prononçait pas le mot féminisme, mais il l'était naturellement.

Ses plus beaux héros sont des héroïnes qui jouent des coudes, et même empoisonnent leurs ennemis, pour s'émanciper. 

Laurent Bourdon précise que ces personnages féminins puissants sont présents dès le début comme celui de Bernadette Lafont dans Le beau Serge.

A L'époque du film, Les bonnes femmes, Claude Chabrol a été accusé de misogynie. Ce film a fait couler beaucoup d'encre et a été détesté par la critique en général. Un critique l'a même traité de débile mental.

Quand on lui demandait s'il y avait la parité dans son équipe, il disait qu'il s'en fichait. Mais il avait un beau regard sur les femmes, et ses personnages féminins sont toujours très forts"

Un cinéma gourmand

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Les tournages de Claude Chabrol avaient la réputation d'être la meilleure cantine du cinéma français.  

"On ne ment pas la bouche pleine". 

Laurent Bourdon : "Dans tous les films de Claude Chabrol, il y a une scène avec de la nourriture. Même dans son documentaire sur l’Occupation allemande (L’œil de Vichy) !...Avec Claude Chabrol nous nous sommes rencontrés devant une côte de bœuf !

"Le réalisateur pensait qu'on ne ment pas la bouche pleine, mais surtout que la nourriture permettait beaucoup de choses, dont les échanges."

On associe souvent Claude Chabrol à la cuisine bourgeoise. Mais Chabrol disait à ce propos "Si on parle de plats en sauce, je ne suis pas contre, à condition que la sauce ne soit pas là pour masquer un produit quelconque. Mais mon truc, c'est bien plus la nudité des saveurs. L'absence de maquillage. Je suis fou de cuisine vietnamienne qui est précise, pure, sans fard. Elle ne fait pas de cinéma."

Le réalisateur avait un goût très raffiné. Avec Aurore, sa femme, une cuisinière hors pair, la cuisson des poissons, était la perfection. Son amour de la bonne nourriture se retrouve dans ses films."

Un dénonciateur acharné de la bêtise

Comme Flaubert, le réalisateur était fasciné par la bêtise 

"La bêtise humaine a ça de supérieur à l'intelligence c'est qu'elle est sans fond."

GO : "Claude Chabrol filme des hommes politiques véreux, ou des femmes adultères qui ont bien raison de l'être. Il montre aussi ces gens derrière les fenêtres qui surveillent. Il filme le pire de l'âme humaine, à la fois pour nous faire plaisir : c'est toujours bon de regarder le mal, et pour nous alerter. 

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Le plus grand tueur de bêtise, c'est l'inspecteur Lavardin, interprété par Jean Poiret. Dans Poulet au vinaigre ou dans la suite Inspecteur Lavardin. Les films sont centrés sur une enquête policière. L'inspecteur a un œil d'une méchanceté absolue et met du paprika sur ses œufs aux plats ! Il qui passe son temps à chercher un coupable, mais surtout à se moquer de tous les autres personnages qui ont tous une bonne couche de bêtise. 

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Laurent Bourdon : "François Cluzet dans Rien ne va plus est le prototype de l'imbécile. Mais il y a toujours un peu de gentillesse dans le regard de Chabrol. Il ne se moque pas méchamment des gens. Pour lui : "Même quand les gens bêtes veulent être bons, ils sont méchants. Car la bêtise et la méchanceté sont en définitive synonymes."

GO : "De l'autre côté de la bêtise, il y a des gens qui essaient de casser les stéréotypes. Souvent à coup de poison ou de carabine. Et la plupart du temps ce sont des femmes. Il avait cette phrase magnifique : 

"L'arsenic dans le potage, je n'excuse pas, mais je comprends."

Un directeur d'acteur exceptionnel

Claude Chabrol ne croyait pas beaucoup à la direction d'acteur. Pourtant, il a su les magnifier à l'écran.

Laurent Bourdon : "Il a donné des rôles exceptionnels à des acteurs qui ont su saisir le moment : Jean Yanne dans Que La bête meure est exceptionnel alors que Chabrol avait d'abord pensé à Philippe Noiret, qui l'a refusé. Michel Bouquet qui a tourné six fois avec le réalisateur a déclaré que le plus beau rôle de sa vie avait été dans Juste avant la nuit."

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ECOUTER | Grand bien vous fasse sur Claude Chabrol

avec : 

  • Laurent Bourdon journaliste et homme de radio, il publie Tout Chabrol - Editions Lettmotif, 2020
  • Guillemette Odicino journaliste cinéma à Télérama

Aller plus loin

Par où commencer ? La cérémonie, Les bonnes femmes, Le boucher, Que la bête meure, Juste avant la nuit, La femme infidèle, La fille coupée en deux...

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