D’Hitchcock à Woody Allen en passant par les séries, dont la toute nouvelle "En thérapie" signée Nakache et Toledano, les réalisateurs ne cessent d’interroger ce qui se passe sur le divan. Névroses du patient, transfert et contre transfert, psy tout puissant ou débordé, Psycho-killer, thérapeute admirable ou moqué...

Le Dr Dayan (F. Pierrot) en séance avec sa patiente Ariane (Mélanie Thierry)
Le Dr Dayan (F. Pierrot) en séance avec sa patiente Ariane (Mélanie Thierry) © C Bethuel Arte

Quoi de mieux que le cinéma pour pénétrer l’inconscient, donner à voir les fantasmes, les passions, les névroses, les rêves ? Les emprunts du cinéma à la psychanalyse sont nombreux et le septième Art nourrit aussi l'inconscient des psy. 

Et l’analyste, comment apparaît-il sur nos écrans ? Objet de tous les fantasmes, il est  à la fois admiré, redouté et tourné en dérision.

Le père de la psychanalyse (S. Freud) à son bureau viennois (1930)
Le père de la psychanalyse (S. Freud) à son bureau viennois (1930) © Getty / Bettmann

Filmer le processus analytique sans recourir aux flash-back ni illustrer rêves et fantasmes… un sacré défi ! Comment dévoiler ce qui se trame dans le secret de la psyché et rendre visible l’invisible ? Comment captiver les spectateurs en demeurant dans le huis clos d’un cabinet ? Tout repose sur l'écriture au cordeau, une mise en scène soignée et le jeu vibrant des acteurs. Défi relevé par la palpitante série En Thérapie.

Les psys en séries

  • En thérapie

Une série diffusée chaque jeudi dès le 4 février sur Arte et sur arte.tv en intégralité

A l’origine de cette série, BeTipul, une production israélienne signée Hagai Levy, adaptée aux Etats-Unis sous le titre In Treatment (En analyse) avec l'élégant Gabriel Byrne dans le rôle du psy. Le concept de la série est d’aller de l’intime au collectif, chaque adaptation (il en existe presque une vingtaine) vient donc plonger au cœur des maux de sa société. La version américaine interrogeait les conséquences de la guerre du Golfe sur ses citoyens, la version française débute le lendemain des attentats du 13 novembre 2015 et met en scène, entre autres personnages, une chirurgienne (Mélanie Thierry) et un policier de la Brigade d’Intervention (Réda Kateb), mobilisés le jour des attentats du Bataclan.

Le Dr Dayan (Frédéric Pierrot),  plein d'empathie pour ses patients
Le Dr Dayan (Frédéric Pierrot), plein d'empathie pour ses patients / C Bethel- arte

Jouer un psy force la modestie

Invité de La Bande Originale, Frédéric Pierrot se dit frappé par "l’extraordinaire bienveillance des psychanalystes."  Flatté par l’enthousiasme que son personnage suscite, il reste lucide : 

Il y a une sacrée différence entre jouer un psy et faire ce métier. Sur le plan de l’engagement, c’est autre chose… 

Filmer la psychanalyse, sans tomber dans les clichés, suppose un traitement subtil des interactions qui se jouent entre patient et psy. "Dans la série, on devine l’impact de chaque phrase des patients à un simple clignement d’œil du psy…" souligne Nagui.

Frédéric Pierrot : "Au cinéma, on dit souvent qu’il faut plutôt filmer celui qui écoute que celui qui parle, ici c’est du gâteau !"

Il y a un lien majeur entre le travail d’acteur et celui du psy, c’est l’écoute.

Mélanie Thierry incarne une patiente qui fait un "transfert amoureux" sur son thérapeute. "Il y a une sorte de vertige à jouer un épisode qui fait la durée d’une séance… En jouant on est parfois soi-même débordé par un vrai lapsus ou une émotion inattendue qui surgit."  Epatée par la puissance de jeu de la comédienne, Nagui souligne "la manière quasi chorégraphique avec laquelle elle s’assoit sur le divan. A chaque séance, vous êtes bouleversante et vous nous embarquez… c’est une leçon de jeu".

Le psy du psy

Mais que fait le psy de tout ce qu’il entend ? Un thérapeute peut aussi avoir besoin de consulter un(e) spécialiste pour échanger sur sa manière d'accompagner ses patients. Il n'est pas insensible à ce qui se joue lors des séances et sa position, décrite comme une neutralité bienveillante par le psychothérapeute Gonzague Masquelier, se défend au prix d'un "travail intérieur complexe".

Paul Weston, le psy face à sa psy dans In treatment :

Il faudrait être un roc pour ne pas réagir…

Dans In treatment, comme dans En thérapie, le thérapeute en pleine crise de la cinquantaine a bien du mal à rester de marbre face aux avances de sa patiente. C’est là qu’entre en scène le superviseur, analyste lui-même. Dans la version américaine, c’est Gina (Dianne Wiest), qui fait office de "garde-fou" face à Paul (Gabriel Byrne), le psy au bord de l’implosion… "Le transfert amoureux flambe et Paul Weston est débordé car il pense, à tort, que cet amour s'adresse à son égo" explique la psychanalyste Clothilde Leguil, invitée de N'est pas fou qui veut.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Dans En thérapie, Esther, la psy du psy jouée par Carole Bouquet, n’est pas dupe de son patient. Même les psys sont capables de déni comme elle l’explique très justement : 

Il y a ce que l’on vient dire, ce que l’on ne veut pas dire et ce que l’on ne veut surtout pas dire. 

Transfert et contre transfert

Lors d’un échange entre Esther (la psy du psy jouée par Carole Bouquet) et le psychiatre qui la consulte le Dr Dayan (Frédéric Pierrot), il est précisément question du transfert et du contre transfert et de cette fameuse limite à ne pas franchir…

Les psy aussi ont besoin d'être écoutés...
Les psy aussi ont besoin d'être écoutés... / Carole Bethuel /arte

Le Dr Philippe Dayan (F. Pierrot) : "Pourquoi est-ce que je devrais me protéger du désir de mes patientes ? Tu ne vas pas me dire que tu ne crois plus au transfert ? 

Evidemment que les patientes ont du désir pour leur analyste. On ne le diabolise pas, au contraire, on s’en sert pour comprendre comment elles articulent leurs relations affectives. 

Esther la superviseuse (C. Bouquet) : "C’est pas de leurs sentiments que je parle, c’est des tiens ! Le problème, ce n'est pas qu’Arianne veuille faire tomber la muraille… c’est que toi tu en aies envie !"

La psychanalyste et cinéphile Clothilde Leguil invitée sur France Inter pour parler des liens entre cinéma et psychanalyse décrypte ce phénomène : "Il y a quelque chose de très curieux dans le processus analytique, du fait même que l'autre nous écoute, quelque chose naît pour lui qui est de l'ordre de l'amour, c'est l'amour de transfert."

  • Les Sopranos : Même les mafieux ont des angoisses !

James Gandolfini incarne Tony Soprano, un caïd de la mafia subitement submergé par des crises d'angoisse qui le poussent à consulter. Bien entendu, il n’a pas les codes et ses séances avec le Dr Jennifer Melfi (Lorraine Bracco) valent leur pesant de cacahuètes… Mais elles produisent des effets inattendus, autant sur ce mastodonte que sur sa thérapeute.

Tony un patient qui bouscule le cadre...
Tony un patient qui bouscule le cadre... / Brad Grey, HBO

Cette excellente série créée par David Chase fut diffusée entre 1999 et 2007 sur HBO. On peut la voir sur Canal + 

  • Gipsy : Naomi Watts en thérapeute transgressive

Peu orthodoxe, le Dr Jean Holloway décide de confronter le réel au récit de ses patients et part à leur rencontre sous une fausse identité. En enfreignant les règles déontologiques de son métier, elle s’expose et expose ses patients de manière dangereuse… Sans grandes nuances, la série vient agiter le fantasme du psy déséquilibré et intrusif venu vampiriser la vie de ses patients. Et l'on assiste au suicide professionnel d'une thérapeute plus névrosée que ces derniers. Ecrite par Lisa Rubin et diffusée aux Etats-Unis en 2017, elle n'a connu qu’une seule saison. Elle est proposée en France sur Netflix.

Le cinéma américain d'après-guerre ou l'apologie de la cure analytique 

Pour le critique cinéma Bernard Benoliel qui s'est intéressé de près aux liens entre cinéma et psychanalyse, c’est au lendemain de la seconde guerre mondiale que la figure du psy fait son apparition dans le cinéma américain. Il s’impose en pleine crise, une première fois en 1945, la seconde fois à l’orée des années 70, à l’heure de toutes les agitations sociales. "La représentation hollywoodienne du psy tient en deux mots : bon et persévérant, le psy ne se décourage jamais, porté par la foi en la science qui l'anime."

Hitchcock substitue le psy au détective

Parmi les cinéastes pionniers, il y a l’incontournable Alfred Hitchcock qui se plaît à enquêter sur les traumas refoulés de ses personnages névrosés.

  • La Maison du Dr Edwardes (1945)

Avec ce film, Hitchcock invente le suspens psychanalytique.

Censé succéder à son ainé le Dr Murchison, le nouveau directeur d'un hôpital psychiatrique, Anthony Edwardes (Gregory Peck), s'avère être un usurpateur amnésique. Tombée amoureuse de lui, le Dr Constance Petersen (Ingrid Bergmann) l'aide à découvrir la vérité sur son histoire et son identité en sondant ses rêves.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

  • Pas de printemps pour Marnie (1964) 

Un film également très inspiré par les théories freudiennes. Mythomane et cleptomane, Marnie (Tippie Hedren) est en proie à d’incontrôlables mouvements de panique qui émeuvent Mark (Sean Connery), féru de théorie psychanalytique. Jouant à l'apprenti sorcier, Mark l'épouse et entreprend de la sauver d'elle-même en élucidant l'origine de ses névroses. Ici, la figure du psy et du mari se télescopent dangereusement, ce qui est tout à fait contraire au cadre défini par Freud.

  • Freud passions secrètes (1962) de John Huston, avec Montgomery Clift dans le rôle de Freud.

Après un premier film Que la lumière soit, réalisé au sortir de la guerre (1945), sur le traitement par l’hypnose des GI’s traumatisés, John Huston décide de raconter l’invention de la psychanalyse et demande à Jean-Paul Sartre (qui ne croit pas à l’inconscient) d’en écrire  le scénario. Contre toute attente, Sartre accepte et se passionne pour le sujet mais lui livre une matière trop longue, Huston réécrit le scénario et Sartre demande à ce que son nom soit effacé du générique. Très inspiré par le travail du philosophe existentialiste, Huston filme les tâtonnements de cette science toute neuve, l’auto-analyse, le recours à l’hypnose et l’élaboration de l’interprétation des rêves…

Le jeune Freud  (Montgomery clift) et sa patiente (Susannah York), par John Huston
Le jeune Freud (Montgomery clift) et sa patiente (Susannah York), par John Huston © Getty / Sunset Boulevard

Quand la psychanalyse est tournée en dérision 

Devenu une figure familière du cinéma américain, le psy en prend pour son grade dans les comédies où il apparait vénal, inefficace et dépourvu d'empathie

Une caricature sous-tendue par la crainte de la vie psychique et sa part d'inconnu ?

  • Woody Allen, l’éternel névrosé

Si le psy est omniprésent dans le discours, sa présence à l'image se réduit souvent à une silhouette. La plupart du temps, Woody Allen campe un personnage qui n’en finit pas de ressasser ses névroses, sans grande révolution intérieure… Si son regard sur l'analyse est teinté d'ironie, il y a sans conteste une admiration manifeste pour cette grille de lecture des passions et des névroses.

Le critique Bernard Benoliel : 

Chacune des œuvres de ce cinéaste narcissique est une auto-analyse. 

Annie Hall et Alvy Singer (1977)
Annie Hall et Alvy Singer (1977) © Getty / Bettmann

Je vois mon psy depuis 15 ans. Je lui donne encore un an et je pars à Lourdes.

  • Mafia Blues (1999) de Harold Ramis

Tout comme la série Soprano, mais avec moins de piquant et de grâce, Mafia blues se révèle une comédie efficace, même si elle ne rechigne pas à utiliser de bons vieux stéréotypes sur les psys. On y découvre Robert de Niro en parrain de la mafia dépressif décidé à consulter pour la première fois de sa vie "un docteur de la caboche".

Si je vous raconte tout et que vous faites de moi une fiotte, je vous bute ! 

  • Habemus papam de Nanni Moretti (2011)

Le réalisateur italien se donne le rôle du psy chargé de soulager la conscience du pontife, inquiet de ses nouvelles responsabilités. Il campe avec beaucoup d’humour cette consultation insolite au Vatican… Une séance où l’évocation de la mère, du sexe ou de l’enfance sont évidemment proscrites.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Psy et frissons : l'ère des Profilers

Loin de l’atmosphère feutrée du cabinet du psy, le profiler, s’intéresse à la psychologie des tueurs en série.

  • Mindhunters (Netflix) 

La série raconte l’avènement de cette technique à la fin des années 70 aux États-Unis, où comment l’enquête policière tire profit de l’analyse psychologique pour faire avancer la criminologie.

Comment lutter contre les fous si on ne sait pas comment ils fonctionnent ? 

  • Le silence des agneaux de Jonathan Demme (1991)

Dans ce terrifiant thriller inspiré de la trilogie de Thomas Harris, Hannibal Lecter (Anthony Hopkins) est un criminel psychiatre de métier qui dévore le foie ou le cerveau de ses victimes. 

Un psy cannibale ou la crainte du psy dévorant la psyché de ses patients ? 

Jodie Foster et Anthony Hopkins, Le silence des agneaux 1991
Jodie Foster et Anthony Hopkins, Le silence des agneaux 1991 © Getty / Michael Ochs Archives

Face au tueur en série, une inspectrice du FBI ultra performante (Jodie Foster) capable d'entrer dans la tête du meurtrier pour mieux déjouer ses pièges.

Aller plus loin  

🎧 ÉCOUTER | La bande originale avec Frédéric Pierrot et Mélanie Thierry

🎧 ÉCOUTER | Boomerang avec Carole Bouquet 

🎧 ÉCOUTER | Éric Toledano et Olivier Nakache, invités du 7/9

🎧 ÉCOUTER | Une heure en séries autour de En thérapie 

🎧 ÉCOUTER | N'est pas fou qui veut, le cinéma à la lumière de la psychanalyse par Ophélie Vivier avec Clothilde Leguil

📖 LIRE | Les psychanalystes dans le cinéma américain, Bernard Benoliel, la Revue du Cinéma, mars 1992

📖 LIRE | Le scénario Freud, Jean-Paul Sartre, Gallimard, 1959

📖 LIRE | Cinéma et psychanalyse, Revue Cinéma 71, Lise Frenkel

👀 VOIR | L’analyse d’un extrait de Freud passion secrète par Bernard Benoliel (La Cinémathèque) 

👀 VOIR | L'intégrale d'En thérapie sur Arte TV