Ce samedi a lieu la finale du concours Eurovision de la chanson. Les 26 candidats vont rivaliser d’inventivité… sans toutefois laisser tomber les bonnes vieilles recettes.

Une partie des finalistes de l'Eurovision 2017
Une partie des finalistes de l'Eurovision 2017 © AFP

Ils seront vingt-six (dont la Française Alma), ce samedi soir, à s’affronter sur la scène du centre d’expositions international de Kiev, en Ukraine, pour la finale de l’Eurovision. Soit presque autant de genres musicaux différents, de la ballade piano-voix du Portugal au gros son techno de la Grèce, en passant par les accents orientaux de l’Arménie.

Mais une chanson qui gagne l’Eurovision n’est pas exactement un tube comme les autres. Le succès à ce concours plus que sexagénaire est un savant mélange de facteurs quasi-indémodables, tout particulièrement depuis le début des années 2000 où les chansonnettes populaires ont fait place aux rouleaux compresseurs faits pour marcher.

1 - Occuper l’espace

Depuis 2000, les candidats à l’Eurovision n’ont plus le droit d’utiliser de musique “live” sur scène. Faute d’orchestre ou de musiciens sur scène, une chanteuse ou un chanteur seul peut vite donner l’impression d’un plateau vide - et en général, la scène de l’Eurovision est grande.

La première des stratégies consiste à apporter sur scène des instruments factices. Et là, vous pouvez vous lâcher. Vous avez toujours rêvé d’un piano transparent à double clavier dont les touches lumineuses lancent des flammes ? A l’Eurovision, c’est possible.

L’autre stratégie, c’est de jouer avec le décor, en faisant son entrée sur une voiturette de golf comme le Français Sébastien Tellier ou, encore plus fort, en utilisant les écrans vidéo, comme pour la prestation épatante du candidat russe l’an dernier.

Et cette année ? Incontestablement, la chorégraphie du candidat suédois à base de tapis roulants devrait faire fureur.

2 - Ne pas lésiner sur le look

C’est l’une des grandes règles (implicites) du concours. Sans costume de scène approprié, point de salut. Sans aller jusqu’à vous grimer en monstre de la tête aux pieds comme le groupe de métal finlandais Lordi en 2006, une participation réussie à l’Eurovision ne va pas sans un style qui fait mouche. Dans ce domaine, la prestation de Conchita Wurst, robe majestueuse, chevelure apprêtée et barbe finement taillée, a fait date.

On se souviendra aussi de l’Ukrainienne Ruslana et de ses danses tribales en 2003. Mais la mention spéciale va à Verka Serducha, drag queen ukrainienne et son costume “boule disco”.

Au milieu de ces costumes, la simplicité de la robe noire de l’Allemande Lena, lauréate en 2010, fait figure d’OVNI. Mais donne à la française Alma, qui portera sur scène une robe tout aussi simple, des chances d’y croire.

3 - Ressembler (mais pas trop) à un tube

Il fut un temps où le concours de l’Eurovision créait des tubes : entre 1974 et 1978 par exemple, Waterloo, puis Ding-a-dong,Save your kisses for me et L’Enfant et l’oiseau ont marqué l’histoire du concours.

Aujourd’hui c’est en quelque sorte l’inverse : pour tenter de briller, certains candidats s’inspirent de façon plus ou moins discrète de chansons à succès de l’année écoulée. Alors que le titre “Moustache” de Twin Twin accusé de ressembler un peu trop à “Papaoutai” de Stromae en 2014, l’an dernier, la candidate belge Laura Tesoro semblait directement inspiré du tube “Sax” de Fleur East, sorti à peine quelques mois plus tôt.

Et cette année ? C’est le grand festival des “sound-alike”, ces chansons qui ressemblent à d’autres sans en être trop proches. Difficile de ne pas voir l’inspiration de la chanteuse Sia dans la prestation (y compris visuelle) de la candidate de l'Azerbaïdjan, Dihaj.

L’Allemagne semble avoir louché du côté du duo David Guetta - Sia (encore elle) pour composer la chanson qui la représente, “Perfect Life”

Quant à la Belgique avec son titre “City Lights” interprété par Blanche, il a même été directement accusé de plagiat par une chanteuse québecoise, Alexe Gauderault. Si le plagiat n’est pas certain, il y a clairement une inspiration située quelque part entre Adele et Rihanna.

4 - Mettre une touche de tradition

Parce que l’Eurovision est avant tout un concours entre des nations qui s’affrontent, il est en général bien vu de faire un petit clin d’oeil à la culture de son pays dans sa prestation. Mettons de côté la France qui privilégie l’exception culturelle, seul pays à utiliser presque chaque année sa langue nationale - et qui cette année utilisera même la Tour Eiffel en fond de scène, et intéressons nous par exemple à la Roumanie qui mettra cette année du chant yodel dans sa chanson éminemment pop.

Cet hommage aux traditions est fait avec plus ou moins bon goût. En 2014, la chanteuse Cléo a interprété “We are slavic” dans une prestation mêlant rap, accordéon, tenues traditionnelles et mouvements suggestifs.

Et quand, comme l’Irlande, on a une star de la télévision qui prend les traits d’une marionnette en forme de dindon ? Envoyons-la à l’Eurovision et faisons-lui chanter “Irelande Douze Pointe” !

5 - Un brin de stratégie

Parce que derrière les prestations de l’Eurovision, il est difficile d’oublier qu’il y a une forme de géopolitique européenne, les votes respectent souvent une règle géographique : il est rare que l’Estonie n’attribue pas des points à ses voisins baltes, la Lettonie et la Lituanie. L’Espagne vote pour le Portugal, et vice-versa. Et en France, vous entendrez chaque année les commentateurs râler faute de points belges.

Pour maximiser ses chances, il faut donc faire campagne à travers toute l’Europe avant même les demi-finales du concours, en essayant de faire connaître l’artiste et sa chanson le plus en amont possible. C’est ce qu’a initié la délégation française l’an dernier avec Amir, et cette année avec Alma.

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