Après Tom Wesselmann, ce blog se penche sur le cas de Claes Oldenburg, autre grand artiste américain dont la carrière a commencé au tout début des années 60 et qui lui aussi fut représenté dans l'exposition The New Realist de la galerie Sidney Janis. Des objets Claes Oldenburg s'est servi comme modèles pour les reconstituer ou les représenter à sa manière.

Le musée Guggenheim de Bilbao expose Claes Oldenburg en se concentrant sur les années 60, l'exposition nous plonge dans une période charnière de la vie artistique à New York.

Claes Oldenburg
Claes Oldenburg © Claes Oldenburg

Claes Oldenburg est connu aujourd'hui pour ses sculptures géantes et l'on pourrait se demander de quelle planète arrivent la paire de jumelles géantes ou les Donald Duck immenses, le baton de rouge à lèvres monté sur un Caterpillar, installé en place publique. Ces sculptures ne viennent ni de Mars ni de Saturne, elles sont nées dans l'imagination de Claes Oldenburg (avec la complicité de sa compagne Coosje van Bruggen) et ont été puisées dans le bouillonnement des années 60 à New York. New York, à l'époque ville en mutation, extrêmement violente, extrêmement raciste, soumise à la pression immobilière. J'ai déjà parlé dans ce blog de l'expérience de George Maciunas, fondateur de Fluxus, qui s'est fait "agent immobilier" pour que les artistes puissent rester dans leurs quartiers ( ce qui lui a valu des représailles musclées).

Claes Oldenburg, Two Cheeseburgers, 1962
Claes Oldenburg, Two Cheeseburgers, 1962 © Claes Oldenburg

Claes Oldenburg, comme Tom Wesselman, était exposés par Sidney Janis parmi les "New Realists". Dès le début des années 60, l'Amérique d'Oldenburg dégouline et se ramollit . Les frites s'échappent de leur cornet de toile, les lavabos s'affaissent, glaces et hamburgers sont déjà saisis d'obésité, toiles et tissus se débinent et n'osent plus soutenir le regard.

Les objets d'Oldenburg, comme ceux d'Arman, sortent des usines, sont les fruits de la production industrielle et appartiennent au monde domestique. Ces métamorphoses sont une métaphore de la société qu'ils habitent.

Claes Oldenburg, prises électriques
Claes Oldenburg, prises électriques © Claes Oldenburg

De ce peuple sculptural et mollasson existe le fantôme rigide. Les moules subsistent, pré existant plutôt que survivant. Normalement quand les sculpteurs font des moules c'est pour que les oeuvres tiennent bon.Oldenburg lui, s'arrange pour assurer leur déconfiture. les couleurs bavent, les contours hésitent.

Rutilants chez Warhol, les objets d'Oldenburg sont peu vaillants, l'ironie ne se cachent meme pas dans les plis de la couleur.

L'exposition de Bilbao reconstitue l'installation "La Rue" (1960) qui relève de ce que Oldenburg a qualifié d'art pop urbain. Grandes pièces pendantes depuis le plafond directement inspirées des scènes de rue de Lower East Side à New York.

Claes Oldenburg, la rue
Claes Oldenburg, la rue © Christine Siméone - 2012

C'est dans ce quartier qu'Oldenburg installe ensuite un atelier -magasin où vont apparaître la Veste d'Homme avec chemise et cravate ou la Tarte de Plancher par exemple.

Claes Oldenburg, Big White Shirt with Blue Tie 1961
Claes Oldenburg, Big White Shirt with Blue Tie 1961 © Claes Oldenburg

Travail qui nous amène tout droit dans le foyer américain typique, dans la penderie et le placard et de cuisine puis enfin au milieu des prises électriques, scies et autres outils. Sa fascination pour les interrputeurs et les prises électriques ressemblent plutôt à mon avis à des symboles sexuels, et le nombre de phallus présentss dans sa collection personnelle d'objets (installées dans le Mouse musee) me conforte dans cette idée.

Claes Oldenburg, Floor Cake 1962
Claes Oldenburg, Floor Cake 1962 © Claes Oldenburg

L'expo se termine avec ce Mouse Musee, un mini bâtiment en forme de tête de souris pour abriter 381 objets collectionnés par l'artiste. Fausses glaces, chaussures miniatures, arachides, brosses à dents géantes, outils en plastique pour enfants, tissu, faux appareil photo, bananes en plastique, balles de golf, les limes à bois agglutinées les unes aux autres. Le Mouse Musee comprend aussi une aile entièrement consacrées aux Pistolets laser. Petits revolver jouets ou bien morceaux de bois en forme de pistolets que l'on imagine dans les mains d'un enfant.

Claes Oldenburg, le Mouse Musee
Claes Oldenburg, le Mouse Musee © Christine Siméone

Arman, Claes Oldenburg, le rapport

Claes Oldenburg était en relation avec Pierre Restany, l'homme orchestre du mouvement Nouveau Réaliste, c'est lui qui aurait déniché son atelier dans l'East Village, le Ray Gun Store. "Nous avons vécu des moments intenses", dit Arman, dans "L'Album d'Arman, Il y a lieu (Edition Hazar, sous le plume de Tita Reut). On y lit Arman s'étonnant de voir que la seconde épouse de Claes Oldenburg co-signe ses projets: "il est difficile de démêler la part de création et celle de l'intendance. J'ignore.... si c'est un palliatif pour prolonger la vie de l'oeuvre et l'activité de l'épouse, après la disparition de l'auteur". Il y a du vrai dans ce que dit Arman, mais tout de même, oui les femmes ça aide.... cher Arman. On se dit aussi qu'Arman disant cela devait peut-être penser à sa propre épouse du moment, Corice.

Claes Oldenburg, les années 60, Guggenheim Bilbao, jusqu'au 17 février 2013>

blogcs signature C Simeone
blogcs signature C Simeone © Radio France / C Siméone

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