Un mois après l'incendie de Notre-Dame, les sénateurs et députés étudient le projet de loi sur sa reconstruction. À Paris, dans la perspective des municipales, que pensent les élus et candidats à la mairie, souhaitent-ils une architecture résolument moderne ou un style ancien ?

Le chantier de Notre-Dame de Paris, un mois après l'incendie
Le chantier de Notre-Dame de Paris, un mois après l'incendie © Radio France / Rémi Brancato

Difficile, voire impossible de trouver chez les représentants politiques des partisans d'une solution "100 % innovante" pour la rénovation de la cathédrale. Tous ont bien vu l'attachement général des Français et des Parisiens à la version traditionnelle, il faudrait donc être fou pour réclamer une flèche en verre ou un gigantesque jardin potager sur le toit. Les points de vue affichés sont similaires... Avec quelques subtilités.

Hidalgo, Griveaux, Bournazel, pour le respect du gothique

La maire de Paris Anne Hidalgo a exprimé assez rapidement son sentiment sur la restauration de la cathédrale. "Je suis conservatrice sur la question de Notre-Dame". Elle est très ouverte à l'architecture contemporaine mais pour le cas particulier de la cathédrale : oubliez les roof-tops, serres et autres toits de verre, indique-t-on à la mairie de Paris.

Je suis plutôt conservatrice sur la question de Notre-Dame

Pour la maire, la question de la restauration, c'est avant tout une question de réouverture au public. Réouverture du parvis tout d'abord, pour y permettre l'accueil de fidèles et de touristes. Elle a validé l'idée d'un espace de culte et de visite, qui offrirait aussi une vitrine aux métiers engagés sur ce chantier exceptionnel.

Les équipes d'Anne Hidalgo travaillent déjà sur une exposition sur Notre-Dame, qui serait installée dans le musée archéologique de la crypte, dont l'entrée est à l'extrémité du parvis.

Pour Anne Hidalgo, rendre praticable la cathédrale d'ici 2024, c'est possible, pas besoin d'une flèche sur le toit pour cela : elle pourra être reconstruite dans un deuxième temps, indique-t-on dans son entourage. L'important, c'est de respecter le savoir-faire des compagnons et des bâtisseurs, et de permettre de le transmettre.

Le député de Paris LaRem Benjamin Griveaux est un peu sur la même ligne qu'Anne Hidalgo. "Paris n'est pas une ville musée, mettons un point de modernité sur Notre-Dame tout en respectant l'architecture gothique.  Mais je ne suis pas architecte et je crois que le rôle du politique c'est de choisir à partir de propositions des experts."

Pourquoi ne pas se servir des technologies de réalité virtuelle pour permettre des visites immersives de Notre-Dame avant et après le chantier ?

Benjamin Griveaux a en revanche des idées assez arrêtées sur le site de Notre-Dame. "On ne va pas fermer l'île de la cité. Ce chantier va durer des années, nous allons vivre avec et il faut y associer les gens. Pourquoi ne pas se servir des technologies de réalité virtuelle pour permettre des visites immersives de Notre-Dame avant et après le chantier, comme cela a été fait pour le site de Palmyre ?"

Pierre-Yves Bournazel, député de Paris et porte-Parole du groupe Les Constructifs, plaide pour du classique : “Qu’elle revive telle qu’elle était, pour que souffle l’esprit d’éternité que ses premiers bâtisseurs ont voulu lui confier”, a-t-il plaidé en commission devant ses collègues députés.

"Qu'elle revive telle qu'elle était"

Il plaide pour que le chantier soit “un temps de cohésion et de mise en valeur des métiers et des compétences qui y concourent”.“Ce chantier est une opportunité de mener une réflexion sur l’héritage des savoir-faire indispensable à la préservation de notre patrimoine  et sur notre capacité à assurer leur transmission. C’est dans cette optique que nous souhaitons une académie de formation, l’école internationale des bâtisseurs, pour créer un vivier de ces génies du geste, charpentiers, tailleurs de pierre, et couvreurs.”

Danièle Simonnet, l'inquiète

"Ça ne me choquera pas d'intégrer du moderne à de l'ancien et je ne crois pas que Paris vive dans le chloroforme du passé, mais j'estime qu'on la fige dans les intérêts privés, explique Danièle Simonnet.

La conseillère de Paris, élue France Insoumise, est surtout inquiète des dérogations que la loi apportera pour faciliter le chantier de Notre-Dame. "Va-t-on en profiter pour accélérer les projets de rénovation de l'île de la Cité et y installer un centre commercial ? Tant qu'on nous occupe avec un débat sur la flèche, on ne parle pas du reste. La flèche, ça m'intéressera d'y penser quand tout le reste sera éclairci. Le site des Halles vendu à Unibail, la Gare du Nord sous le contrôle d'une filiale de Mulliez, et bientôt un parvis de verre si l'on suit le projet Perrault-Belaval qui était présenté en 2017. On parle de la flèche ? Mais on se fout de ma gueule !"

Bayou, Gantzer : les dubitatifs

Gaspard Gantzer l'ancien conseiller en communication de François Hollande, et leader du projet "Parisiennes-Parisiens", préfère s'en remettre aux experts : "Moderne ou ancien peu importe, c’est aux experts de décider”. S’il était maire de Paris, il ferait en sorte "que la décision soit prise de manière indépendante par les experts, et les autorités religieuses. Je ferai tout pour garantir un choix d’indépendance. Je me méfie des choix faits par le personnel politique en ce domaine”.

C’est aux experts de décider

Le porte-parole EELV et candidat pour les municipales de 2020 en tandem avec Antoinette Guhl, Julien Bayou ne se situe pas dans une alternative entre architecture ancienne ou moderne, il préfère se poser des questions :

"Faut il vraiment que le XXIe siècle laisse son empreinte sur cet édifice ? Après tout, pourquoi ne pas opter pour une absence de flèche, pour se souvenir de l’incendie ?"

Faut-il vraiment reconstruire la flèche ?

Il insiste sur le besoin de débat et la participation des Parisiens : "L’important en tout cas c’est que la décision ne soit pas accaparée par le président de la République, et si j’étais maire je préférerais une décision co-construite".

Ce drame nous a unis, cherchons une solution qui nous unisse.

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