Il y a trente ans, un 11 juin, le facétieux Jean-Louis Bory posait un révolver sur son coeur et se tirait une balle. Déprimé, il avait écrit une lettre bouleversante à son ami du Masque et la Plume, François-Régis Bastide, que Jérôme Garcin reproduit dans un de ses derniers livres, le fort beau "Son excellence monsieur mon ami", chez Gallimard. Le même Garcin signe ce matin un édito énervé et justifié dans son journal, "le Nouvel Observateur". Il a honte que les romans de Jean-Louis Bory soient introuvables. Or Bory avait une plume, un talent d'historien et de conteur ("Eugène Sue, dandy et socialiste"). Il savait peindre sa douleur, évoquer son homosexualité avec courage ("Ma moitié d'orange", "le Pied") et avait reçu le Goncourt en 1945 pour son premier roman ("Mon village à l'heure allemande"), soutenu par Colette. Critique de cinéma à "Arts" puis au "Nouvel Observateur", il défend Godard, Robbe-Grillet, Resnais, Pasolini, les Frères Taviani et s'insurge contre ce qu'il appelle la facilité et la bourgeoisie du cinéma d'Audiard, Bourvil, de Funès. Ses empoignades avec Georges Charensol sont régulièrement rediffusées à la radio. On aimerait découvrir ou relire ses livres. C'est impossible, pour l'heure.

JL Bory peint par Antoine Martinez
JL Bory peint par Antoine Martinez © Radio France
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