Académicienne et romancière, Dominique Bona est aussi la biographe de Colette. Pour les besoins de son dernier livre, elle est partie sur les traces de la romancière. Libre et peu conventionnelle, Colette a aimé ses maisons comme les hommes et les femmes de sa vie .

Colette
Colette © Getty

Dans le livre qu'elle vient de publier, Dominique Bona raconte ses rencontres avec les œuvres et les vies de ces grands artistes dont elle écrit les biographies. Ce travail d'investigation l’entraîne souvent sur des lieux qu'ils ont fréquenté. "Je me suis plu à visiter les maisons et les jardins des personnages dont je raconte la vie. Même si le temps a passé, même si les lieux ont changé, ils gardent toujours quelque chose de la présence de ces gens qui ont été là, qui ont été heureux ou malheureux dans ces lieux." 

Dominique Bona a ainsi visité toutes les maisons de Colette qui sont, dit-elle, des lieux enchanteurs. "Colette contrairement à ce que l'on a cru, parce qu'elle décrit surtout les jardins, les arbres, les oiseaux, le ciel, c'est une femme d'intérieur. Elle passait sa vie à écrire. Elle avait sa petite table, son porte plume et elle savait faire de chaque maison un nid."

Écoutez-la parler de sa maison d'enfance à Saint-Sauveur-en-Puisaye, en 1950 :

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Colette raconte sa maison d'enfance

Par France Inter

"Ce que j'aime dans cette voix, c'est son accent bourguignon, très prononcé. Cet accent que tout le monde s'efforce de perdre aujourd'hui au contact de Paris, mais ce que j'aime aussi c'est ce regard émerveillé de Colette. Colette c'est une grande vivante. C'est une femme qui a aimé la vie dans tous ses instants."

► (RÉ)ECOUTER | Boomerang avec Dominique Bona

Suivre Colette d'une de ses maisons à l'autre est révélateur. Ses demeures respirent un certain féminisme, mais aussi une certaine France, celle des villages.

Les maisons de Colette

La maison originelle, où elle naît en 1873, c'est celle de Saint-Sauveur-en-Puisaye (dans l'Yonne) rebaptisé Montigny-les-Fresnois dans la série des Claudine. C'est dans cette maison, qui se visite aujourd'hui (grâce à la persévérance de la Société des amis de Colette), qu'elle a passé les 18 premières années de sa vie. 

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Edwige Feuillère lit la description de la maison dans "Claudine"

Par France Inter
La maison de Saint-Sauveur-en-Puisaye
La maison de Saint-Sauveur-en-Puisaye © AFP

C'est là, au côté de sa mère Sido, qu'elle apprend cet art si particulier de l’observation : apprendre à regarder la réalité dans ce qu'elle a de plus infime, sans jamais juger.

La maison d'enfance de Colette pendant les travaux de restauration en 2016
La maison d'enfance de Colette pendant les travaux de restauration en 2016 © AFP

En 1891, la famille en difficulté financière doit déménager à Châtillon-sur-Loing (près de Besançon). C'est là que la jeune Colette rencontre Willy. C'est un critique musical influent. Il écrit beaucoup d'articles. Et délègue l'écriture de ses romans légers à une équipe de "nègres" dont Colette va faire partie.  En 1900, le couple achète une maison dans le quartier des vignes de Monts-Boucons.

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Colette décrit sa maison bisontine

Par France Inter
La maison de l'écrivaine Colette tombe dans l'oubli à Besançon
La maison de l'écrivaine Colette tombe dans l'oubli à Besançon © Maxppp / Daniel Wambach

Après son divorce, Colette connait plusieurs relations homosexuelles, notamment avec Mathilde de Morny alias Missy. À la fois personnalité mondaine et artiste, elle se fait remarquer par sa conduite jugée à l'époque comme extravagante : Elle porte alors un complet veston (tenue interdite aux femmes). 

La richissime Missy achète la villa Roz Ven à Saint-Coulomb en Bretagne. C'est Colette qui doit signer l'acte de propriété car la propriétaire, la baronne de Crest, refuse de vendre la maison à une femme qui s'habille en homme. 

Malgré leur séparation qui intervient peu après l'achat, Colette reste dans la maison. Elle va passer là, jusqu'en 1927, sans doute la plus belle période de sa vie. C'est une maison qui joue un rôle très important et qu'on retrouve dans Le blé en herbe.

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La maison Roz Ven par Colette

Par France Inter

À la fin des années 1920 Colette abandonne la Bretagne pour la Côte d'Azur. Elle s'installe à La Treille Muscate, tout près de Saint-Tropez, un Saint-Tropez sauvage où elle écrit un de ses plus grand roman : La naissance du jour

Aujourd'hui La Treille Muscate est propriété privée. Elle est parfois ouverte à la visite lors des Journées Européennes du Patrimoine.

Colette n'est restée fidèle qu'à une seule de ses demeures, la première, dont elle devra tout de même se séparer dans les années 1950.

Quand un logis a rendu tout son suc, la simple prudence conseille de le laisser là et d'aller à la rencontre d'un autre abri qu'on n'épuiserait point trop vite

Elle finit sa vie au Palais Royal, 9 rue de Beaujolais. 

Victime d'arthrose, l'écrivain est la plupart du temps immobilisée dans le lit-radeau que lui a offert Winnaretta de Polignac et les fenêtres de ce petit appartement deviennent des portes ouvertes vers le monde. 

Colette dans son lit-radeau
Colette dans son lit-radeau © Getty

Aller plus loin

🎧 (RÉ)ECOUTER | Boomerang avec Keira Knightley. Augustin Trapenard a reçu l'actrice britannique car en ce début d'année, c'est elle qui prête ses traits à Colette. Elle avait découvert l'écrivain grâce à sa maman : "J'ai découvert une pionnière", explique-t-elle. "Elle ne se sentait pas très à l'aise dans le monde où elle vivait, alors elle a adapté ce monde pour s'y trouver bien. Elle a vécu pleinement et elle a vécu tout ce qu'elle avait à vivre sans honte".

Ce qui m'a surprise, c'est qu'il n'y ait pas de film français sur la vie de Colette

🎧 (RÉ)ECOUTER | Ça peut pas faire de mal : Valérie Lemercier lit Colette

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