Comment le génial scénariste d’Astérix et Obélix, de Lucky Luke, du Petit Nicolas, d’Iznogoud, et d’Oumpah Pah..., et le créateur de la revue Pilote est-il venu au 9e art ?

René Goscinny en 1973
René Goscinny en 1973 © Getty / ullstein bild

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Qu’est-ce qui, dans la culture de Goscinny, son enfance et son éducation l’ont amené à jouer avec les textes et les images ? Récit à partir d'une rencontre avec Anne Hélène Hoog, co-commissaire de l'exposition René Goscinny, au-delà du rire au Musée d'Art et d'Histoire du judaïsme à partir 27 septembre.

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Un descendant d’imprimeurs

La famille Goscinny, avec sur les genoux de la mère René Goscinny, bébé
La famille Goscinny, avec sur les genoux de la mère René Goscinny, bébé / Musée d'Art et d'histoire du judaïsme

Le milieu du livre et de l’édition n’est pas inconnu à Goscinny. Ses ancêtres maternels étaient des imprimeurs. Propriétaires de leur imprimerie, les Beresniack éditaient de très nombreux ouvrages, dont des journaux en yiddish, et des livres en rapport avec l’actualité.

Un grand voyageur

Goscinny est né à Paris, mais il a vécu son enfance (de 1928 à 1945) en Argentine. Son père travaillait pour une organisation juive d'aide à l'immigration de juifs d'Europe orientale. Quelque temps après la mort de son père en 1943, il s’installe avec sa mère aux Etats-Unis (en 1945, puis de 1947 à 1951). C’est là qu’il rencontre Jijé (Joseph Gillain) puis Morris pour lequel il écrira de nombreuses aventures de Lucky Luke.

Goscinny parle aussi plusieurs langues : le polonais, le russe, l’allemand. Et il comprend le yiddish, le polonais, le russe, l'espagnol, l'italien, l'anglais…

Cette accumulation de langues, c'est aussi l'accumulation d'images mentales, de types d'humour, de références très différentes. Par cette ouverture, il a aussi acquis l’habitude de jouer avec les mots, les sous-entendus, et les argots. Cette souplesse culturelle a joué dans son envie de s'amuser avec les formes narratives et visuelles.

Grace à ces séjours à l’étranger, il a pu apporter de la nouveauté au 9e art. La BD franco-belge avait alors ses thèmes, ses codes, et quelqu'un comme Goscinny, à l'instar de Morris ou Franquin, apporte du neuf. Ces créateurs vont pousser à un renouvellement des histoires proposées aux jeunes lecteurs, et faire entrer la BD dans la modernité.

Un animateur frustré

Goscinny à sa table à dessin dans l'exposition Goscinny au delà du rire au Musée d'Art et d'histoire du judaïsme
Goscinny à sa table à dessin dans l'exposition Goscinny au delà du rire au Musée d'Art et d'histoire du judaïsme / Musée du Mahj

Goscinny a choisi le métier de la BD à défaut d'avoir pu faire de l'animation. Contrairement à son frère qui suit des études d’ingénieur, Goscinny fait très tôt le choix de l'image, et du dessin.

En 1943, suite au décès brutal de son père, il est obligé, à 17 ans, de gagner sa vie. Comme il a publié des dessins et des textes dans un journal à l’école, il commence par travailler chez un imprimeur publiciste. Il part à New York en 1945 avec l'objectif de percer dans le cinéma d'animation.

C’est un grand amateur de dessins animés : son père l’emmenait au cinéma voir des films de Mickey pour le récompenser après une bonne note... mais aussi pour le consoler d’une mauvaise note !

► LIRE I Goscinny et le cinéma, la véritable passion, sur l'exposition à la Cinémathèque française

A New-York, après avoir travaillé chez un vendeur de cartes postales, il va illustrer des livres pour enfants. C’est là qu’il rencontre des dessinateurs américains comme Harvey kurtzman, Jack davis, Will Elder ou Jon Severin qui travaillent pour Tagly comics, IC comics, ou DC comics. À leur contact, il apprend son futur métier : écrire une BD

Un auteur débutant en Belgique

Planche de Lucky Luke de Morris et Goscinny présentée dans l'exposition Goscinny au delà du rire au MAHJ
Planche de Lucky Luke de Morris et Goscinny présentée dans l'exposition Goscinny au delà du rire au MAHJ / Musée d'art et d'histoire du judaïsme

En 1947/48, après son service militaire, Goscinny accepte des travaux de BD. La demande est forte dans le secteur et, depuis son expérience américaine, il sait faire. Sa première création est Dick Dicks, une série dont on a perdu les premières planches. C’est grâce à elle qu’il va être repéré par J.M. Charlier de la World Press (une grosse agence qui fournit les journaux de jeunesse et les féminins du groupe Dupuis). Charlier trouve ses histoires très bien tournées, même si les dessins ne l'enthousiasment pas.

Petit à petit, Goscinny va être amené à écrire de plus en plus de textes sous différents pseudonymes pour des revues féminines. C'est donc bien en tant que scénariste et non pas comme dessinateur qu'il va faire son chemin entre 1951 et 1959 (date de la fondation de Pilote). Après des débuts très difficiles, on va lui proposer de travailler de plus en plus avec des artistes différents. C'est à ce moment qu'il va devenir un véritable connaisseur de la BD. Et qu'il va développer une réelle expertise en écriture de scénarios propre à chaque type d'histoire.

Un amuseur infatigable

J'ai toujours voulu faire de l'humour. [...] C'est glandulaire. A l'âge où les enfants veulent être aviateurs ou pompiers, moi, je voulais faire rire. Quand j'étais petit, je voulais faire le guignol au double sens du terme. C'était un boulot de tous les instants.

Rien n’aurait toutefois été possible sans l’envie de faire rire. Goscinny l'a dit à plusieurs reprises : il considère l’humour comme une véritable cure de jouvence et se définit lui-même comme une turbine à gags.

Aller + loin :

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