Le neuvième film de la franchise est sorti ce mercredi, avec Vin Diesel en tête d’affiche. Il devrait encore affoler les billetteries des cinémas. Mais comment expliquer un tel succès et une telle longévité ?

L'acteur Vin Diesel incarne Dominic Toretto dans Fast & Furious 9.
L'acteur Vin Diesel incarne Dominic Toretto dans Fast & Furious 9. © AFP / Giles Keyte

L’affiche de "Fast and Furious 9" donne le ton. Des gros bolides, des hélicoptères, des armes, des fumigènes de couleurs, des muscles. En plein milieu, Vin Diesel a les bras croisés, la tête baissée, le regard noir de l’homme pas content. Au fil du temps, "Fast & Furious" est passé d'un film de gangsters fans de voitures, à l’un des blockbusters de référence les plus rentables du cinéma, où la surenchère film après film est de rigueur.

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Homme viril et femme indépendante

Le cahier des charges de la saga a peu évolué. Les hommes sont virils, les femmes sont soit en bikini, soit très indépendantes avec des rôles de premier plan comme Michelle Rodriguez et Charlize Theron. Mais au fur et à mesure, les voitures passent au second plan. L’arrivée de Justin Lin à la réalisation marque un tournant avec le troisième épisode "Tokyo Drift". Puis l’ancien catcheur Dwayne Johnson, alias "The Rock" entre au casting dans un rôle de super agent de sécurité diplomatique, suivi de Jason Statham. Ils sont parmi les acteurs de film d’action les plus populaires et ajoutent une subtile pointe d’humour. La saga entre dans une autre ère, reconnaît le producteur Neal H. Moritz dans le mensuel Première : "Cela a effectivement été le tournant de la série : on était concentré sur une street culture underground et subitement on devenait un film mainstream de dimension internationale."

À l’image de "Mission Impossible" avec Tom Cruise, "Fast & Furious" a évolué vers le "toujours plus" et l’exubérance. Pour le youtubeur Amergame, alias Vincent :

On va au cinéma voir ces films comme dans un parc d’attraction."

Vincent dédie une vidéo au film. Car en allant voir "Fast & Furious", on sait à quoi s’attendre. Des cascades invraisemblables, des scènes surréalistes, la démesure devient la norme. "Il y a une esthétique du carnage", ajoute Camille, 28 ans. Ce Parisien est un grand fan de la saga, il les a tous vus, et plusieurs fois. Il poursuit : "À la différence des autres films d'actions, on en a plein la vue toutes les 10 ou 15 minutes, à la manière d'un film d'horreur." La saga se différencie du maître en la matière Michael Bay ("Transformers", "Bad Boys", "Pearl Harbor"), car "c'est moins vulgaire" juge Camille.

Qaund Dwayne Johnson joue au curling avec une torpille.
Qaund Dwayne Johnson joue au curling avec une torpille. / Fast and Furious

Dans le sixième long-métrage de la série, l’un des personnages saute d’une voiture à une autre juste pour éviter de se faire engloutir par un tank, le tout à pleine vitesse. Dans la salle, le public réagit et en redemande. Il y a aussi Dwayne Johnson qui détourne une torpille sur la banquise à main nue, accroché à la portière d’un pick-up. Le spin-off "Hobbs and Shaw" atteint des sommets dans l'irréel. Jason Statham s’enfuit à bord d’une voiture et se faufile entre les roues de camions, poursuivi par une moto. La bande-annonce du film à l’affiche promet une course poursuite… dans l’espace, avec une voiture transformée en navette spatiale. "Au début, c’était moqué, car les films se prenaient au sérieux", se rappelle Vincent. "C’est à présent décomplexé."

Une poule aux œufs d’or

Le premier "Fast & Furious" a vingt ans. À l’époque, il avait coûté 38 millions de dollars, et engendré 207 millions de recettes. Course poursuite, combat en corps à corps, l’ADN était déjà là et c'est tout un art, estime Camille : "Regardez Overdrive ou Need for speed, ce sont des échecs. Il ne suffit pas de filmer des voitures qui se rentrent dedans pour faire un bon film." À chaque nouveau film, le budget augmente et les recettes explosent. Au bout de 14 ans, la barre du milliard de dollars est franchie, grâce à "Fast & Furious 7". Pour le huitième opus, les producteurs ouvrent les vannes, et dépensent 250 millions de dollars. C’est plus qu’"Avatar", "007 Spectre" et "The Dark Knight Rises". Le film connaîtra le meilleur démarrage de l’histoire du cinéma, avant d’être battu par "Avengers : Infinity War". "Fast & Furious" est "la réponse à la prédominance de Marvel Studio", affirme Frédérick Sigrist. Le producteur de "Blockbusters" sur France Inter définit ces films comme "le Avengers du gros muscle et de la testostérone"

Et comme chez Marvel, des personnages perdus de vue ou décédés dans des films précédents apparaissent plus tard dans la série. Frédérick Sigrist appelle ça une "franchise doudou" : "Il n’y a rien de plus réconfortant que de retrouver des personnages que l’on suit depuis plusieurs films". Car "Fast & Furious", c’est aussi une famille, rassemblée autour de Dominic Toretto, incarné par Vin Diesel, mais aussi Paul Walker, décédé dans un accident de la route en 2013. La famille devient une pièce maitresse de l’intrigue. Dans le huitième opus, Vin Diesel trahit ses proches, dans le suivant, il doit affronter son frère désavoué. Il finit toujours par s'en sortir, grâce à ses amis et quelques dégâts. Le réalisateur Justin Lin confie avoir détruit plus de 250 voitures pour les besoins du tournage du neuvième épisode. Mais pas les amitiés tissées entre les comédiens.