Deux chercheurs ont révélé la semaine dernière avoir déterminé avec quasi-certitude qui de John Lennon ou Paul McCartney a écrit le titre "In My Life" des Beatles, dont ils se disputaient la paternité. Pour ce faire, ils ont utilisé un modèle mathématique basé sur 149 facteurs caractéristiques des chansons.

Les Beatles, sur le tournage du film Help ! en 1965.
Les Beatles, sur le tournage du film Help ! en 1965. © AFP / United Artists / Walter Shenson / Collection ChristopheL

Dès le début de la carrière des Beatles, John Lennon et Paul McCarntney avaient décidé, d'un commun accord, que les chansons du groupe (sauf celles écrites par George Harrisson ou Ringo Starr) porteraient toutes la même mention : Lennon/McCartney. Une signature qui reste sur tous les albums du groupe jusqu'à Let It Be, bien qu'il soit acquis que certaines chansons ont été écrites soit par l'un, soit par l'autre des deux géniaux auteurs-compositeurs. 

Par exemple, l'un des diptyques les plus connus est Strawberry Fields Forever et Penny Lane, sorties sur un même 45 tours mais dont la première est typiquement "lennonienne" là où la seconde porte clairement la trace de la "patte" McCartney. 

Des désaccords sur plusieurs chansons

Seulement voilà : si globalement Lennon et McCartney ont toujours été d'accord sur le "qui a écrit quoi" et sur leur apport respectif à chaque chanson, il y a des exceptions. Et l'une des plus connues est In My Life, titre paru en 1965 sur l'album "Rubber Soul" et reconnaissable à son petit air de piano baroque joué par le producteur George Martin. Après la séparation du groupe, chacun des deux musiciens s'est attribué la paternité du titre. 

Comment, alors, faire la part des choses ? La semaine dernière, deux chercheurs fans des Beatles, l'Américain Mark Glickman, maître de conférences en statistiques à Harvard et le Canadien Jason Brown, professeur de mathématiques à l'université de Dalhousie, ont annoncé avoir conçu un modèle mathématique permettant d'attribuer avec quasi-certitude cette chanson à l'un ou l'autre des membres du groupe. 

Stylométrie

Pour ce faire, ils se sont inspirés des techniques de la stylométrie, une science qui permet de déterminer l'auteur d'un texte par une analyse statistique et identifier des motifs caractéristiques de l'écriture de telle ou telle personne. Et ils ont adapté cette mesure à la musique, en décomposant 70 chansons des Beatles créées entre 1962 et 1966 selon cinq critères, eux-mêmes divisés en sous-catégories, pour obtenir au total 149 indicateurs permettant de réaliser l'analyse. 

Ces indicateurs sont, pour certains, très précis : le modèle analyse non seulement les notes, mais aussi les enchaînements de notes (les séquences) ou encore les "contours" mélodiques, c'est-à-dire les passages où les notes "montent", "descendent" ou "restent les mêmes", un critère particulièrement différenciant selon que la chanson ait été composée par Lennon ou par McCartney. 

"Si vous prenez la chanson Help de Lennon, ça commence par "When I was younger, so much younger than today", où la hauteur des notes change peu. C'est la même note répétée, et ça ne change que légèrement. Alors qu'avec McCartney, si vous prenez une chanson comme Michelle qui commence par "Michelle, ma belle, sont les mots qui vont très bien ensemble", en terme de hauteur des notes, ça part dans tous les sens", explique Mark Glickman. 

"In my life" serait donc de Lennon

En utilisant ces 149 critères et en comparant In my life aux chansons dont on sait qu'elles ont été écrites par l'un ou par l'autre, les deux chercheurs ont obtenu un résultat sans appel : "La probabilité que cette chanson ait été écrite par McCartney est de 1,8%, on peut donc dire avec conviction que la chanson est de Lennon". Seul bémol : une autre chanson "The Word", qui semblait jusqu'à présent mettre tout le monde d'accord sur le fait qu'elle était de Lennon, apparaît en fait plus proches des caractéristiques musicales de Paul McCartney. 

Restent d'autres chansons pour lesquelles le modèle élaboré pourrait faire ses preuves. Les deux artistes se sont aussi longtemps disputé la paternité de l'un des standards du groupe, Eleanor Rigby, ou encore de Ticket to Ride, dont Lennon assurait que McCartney n'avait trouvé que le rythme de batterie. 

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