Le spectacle "Hit Parade", qui a commencé jeudi soir au Palais des Congrès de Paris, ne remplit pas toutes ses promesses. En vingt ans, c'est loin d'être le seul.

De gauche à droite, Hit Parade, Cindy Cendrillon 2002 et Dracula
De gauche à droite, Hit Parade, Cindy Cendrillon 2002 et Dracula © Christophe Archambault - AFP // BEP Ouest France - MAXPPP // PhotoPQR - MAXPPP

Dalida, Claude François, Mike Brant et Sacha Distel de retour sur scène : c’est la promesse du spectacle Hit Parade, dont la première a eu lieu jeudi soir au Palais des Congrès de Paris. Conçu par le producteur David Michel, ce spectacle plonge le spectateur dans les coulisses d’un show télévisé des années 70, façon Maritie et Gilbert Carpentier.

La présence d’hologrammes sur scène pour intégrer les artistes disparus au spectacle pouvait inquiéter, pourtant elle est réussie. Passées les premières minutes, où l’on comprend que les personnages virtuels seront cantonnés au fond de scène, le procédé se révèle efficace et parvient à recréer sur scène des saynètes agréables à regarder, et à écouter, portées par des nouveaux arrangements joués en partie en direct par trois musiciens sur scène. Les apparitions de Dalida et Mike Brant (qui “improvisent” un duo inattendu sur Paroles Paroles) sont les plus convaincantes.

L’impression que donne ce spectacle est étrange : pendant près de deux heures, on ne s’ennuie pas, et pourtant... la magie ne prend pas. La faute, certainement, aux scènes de comédie, systématiques (il y en a forcément une entre deux chansons), répétitives (il s’agit à chaque fois d’une pause entre deux répétitions sur le plateau télé) et poussives, qui plombent le rythme du spectacle après chaque tableau musical. Il aurait fallu au contraire une énergie folle sur scène pour combler la froideur des hologrammes, si réussis soient-ils.

Pourquoi ce spectacle qui, sur le papier, a tout pour cartonner (les chansons, la prouesse technologique, un concept original), finit par décevoir ? Nous avons cherché dans les archives des comédies musicales qui n’ont pas trouvé leur public pour trouver ce qui peut miner une comédie musicale.

Tout miser sur un aspect (et oublier le reste)

C’est le plus gros écueil dans lequel Hit Parade tombe : les moments musicaux sont réussis, mais le spectateur peut se retrouver avec l’impression que tout le reste a été bâclé. Avant lui, d'autres avaient fait la même erreur :

Dracula, l'amour plus fort que la mort : quel est le risque de confier toute la réalisation d’un spectacle à un chorégraphe ? Des chorégraphies réussies et… c’est tout. Dans Dracula, Kamel Ouali pris le parti de donner une place très large à la danse… au dépens de tout le reste. Des chansons faibles (avec même une réutilisation de Eteins la lumière d’Axel Bauer), un personnage principal, Dracula donc, muet, et un trop-plein d’effets spéciaux (un passage à voir avec lunettes 3D notamment) ont fait de ce spectacle colossal un échec commercial cuisant, l’un des rares à n’être même pas allés jusqu’à l’étape de la sortie en DVD.

Spartacus le Gladiateur : Même problème que pour Dracula, avec un réalisateur aux manettes. Dans ce spectacle inspiré du célèbre péplum, Elie Chouraqui a fait le choix d’une mise en scène cinématographique, faite de scènes muettes et de tableaux parfois très sombres (dont une scène de flagellation et une autre de crucifixion). Et les bonnes chansons de Maxime Le Forestier n’y ont rien fait, le spectacle a fait un four au Palais des Sports de Paris.

Le contre-exemple : les contes musicaux, comme Emilie Jolie et Le Soldat Rose, avec une construction très formatée (en général, une scène = une chanson = un personnage) mais qui marchent et séduisent les plus petits (mais pas que).

Reléguer Shakespeare et Hugo aux oubliettes et inventer un scénario

C’est dommage, mais c’est un fait : lorsqu’une comédie musicale s’éloigne d’une grande fresque mythologique, historique ou littéraire, c’est l’échec quasi-assuré. De Notre Dame de Paris aux Trois mousquetaires en passant par Le Roi Soleil, s’inspirer de l’Histoire ou de la littérature est une manne fructueuse. Au milieu de ces dizaines d’adaptations, les histoires originales ont du mal à se frayer un chemin.

L’Ombre d’un géant : François Valéry, qui nous invitait dans les années 80 à nous aimer vivants, signe en 2002 ce spectacle qui raconte l’histoire d’un chanteur porté pour mort, qui réapparait incognito dix ans plus tard dans un piano-bar. Mais L’Ombre d’un géant reste dans l’ombre des mastodontes de l’époque, Roméo et Juliette et les Dix Commandements. Le théâtre Mogador se remplit difficilement, et manque de chance pour François Valéry, le rideau tombe pour de bon après 42 représentations, et débouche sur des ennuis judiciaires entre l’auteur et sa maison de disques.

La légende de Jimmy : La deuxième collaboration entre Luc Plamondon et Michel Berger, en 1990, est un spectacle mis en scène par Jérôme Savary, qui se déroule sur la tombe de James Dean. Le disque se vend bien (et la chanson-titre, interprétée par Diane Tell, a marqué les mémoires), mais sur scène, cette histoire sombre d’amour et de fantômes n’a jamais rencontré son public, d'autant plus qu'il a démarré au moment de la guerre du Golfe, où la France craignait des attaques terroristes. Le spectacle a quitté la scène du théâtre Mogador (encore lui) au bout de cinq mois.

Le contre-exemple : Starmania, la comédie musicale par laquelle on a miraculeusement appris que oui, les francophones savent faire de beaux spectacles musicaux. L’histoire, bien qu’inspirée d’un fait réel d’actualité (l’enlèvement de l’Américaine Patricia Hearst en 1974), est une histoire originale.

Croire que c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleurs spectacles

Enchaîner des tubes, c’est bien. Quand ce sont des tubes qui ont derrière eux 30 ans de succès, c’est mieux. Mais ça ne suffit pas. Et malhereusement, beaucoup de ces spectacles se contentent d’enchaîner ces titres bien connus sans porter suffisamment d’attention sur ce qu’il se passe entre deux chansons.

Belles belles belles et Attention mesdames et messieurs : On les appelle “jukebox musicaux”, ces comédies musicales qui lient entre elles des chansons d’artistes connus dans un scénario plus ou moins réussi, en tentant de rencontrer le succès de Mamma Mia. La première est créée en 2003 sur les chansons de Claude François, la seconde en 2005 avec les succès de Michel Fugain. Dans les deux cas l’action se déroule dans une école de chanteurs. Et dans les deux cas, la mauvaise qualité du livret ET des arrangements musicaux a conduit le spectacle à sa faillite.

Les demoiselles de Rochefort et Les aventures deRabbi Jacob : Autre cas d’école, celui d’adaptations de films cultes. Et à moins de s’appeler Disney, adapter un film qui a marqué des générations, c’est risqué, très risqué. Michel Legrand en a fait les frais avec des Demoiselles de Rochefort modernisées qui n’ont jamais franchi le cap de la tournée, et Les nouvelles aventures de Rabbi Jacob, malgré des chansons signées MC Solaar, est étrillé par la critique et connaît un échec commercial cuisant.

Le contre-exemple : Résiste. Le spectacle basé sur les chansons de Michel Berger et France Gall a comblé les faiblesses de son scénario par un jeu d'acteurs plutôt bon, un orchestre live et surtout une énergie rafraîchissante.

Transposer une histoire d’époque aujourd’hui

Adam et Eve : Prenez le mythe biblique d'Adam et Eve. Transposez-les dans un monde futuriste où Adam est un fils à papa et Eve une marginale. Ajoutez-y une touche de Pascal Obispo et vous obtenez cet OVNI musical, pas un immense four, mais pas un grand succès non plus. Le spectacle tient ses dates à Paris, mais ne passe pas le cap de la Tournée, faute d’un “climat économique” suffisamment bon selon le producteur. Le spectacle a fait les frais de la crise.

Ali Baba : Assurément l’un des plus injustes échecs de l’histoire de la comédie musicale en France. Le spectacle monté en 1999 au Zénith de Paris réunit tout ce qui fera plus tard le succès d’autres spectacles : musique live, vraies scènes de comédie pleines d’humour… mais voir Ali Baba dans une ville moderne où les voleurs sont à moto, ça ne passe pas pour le public.

Cindy, Cendrillon 2002 : Après Notre-Dame de Paris, Luc Plamondon remet ça en adaptant Cendrillon à la sauce urbaine. Le disque (avec Lââm) rencontre un succès certain, mais le spectacle, au décor ultra minimaliste et aux textes intermédiaires bancals (la saynète Rave Party est devenue un classique des Internets), perd son metteur en scène avant même la première, et se plante au bout de quelques mois.

Le contre-exemple : non, désolé, vraiment on ne voit pas.

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