Comment se fait-on des amis ? Pourquoi certains enfants y arrivent facilement et d'autres pas ? Comment on rejoint le "groupe" des autres ?

Comment se fait-on des amis ? Question cruciale que se posent certainement des milliers d'enfants en ce début d'année scolaire...
Comment se fait-on des amis ? Question cruciale que se posent certainement des milliers d'enfants en ce début d'année scolaire... © Getty / mrs

Avez vous remarqué qu'en cette fin d'été nous sommes encore bronzés ? Et le bronzage va à tout le monde... Fut un temps où c'était le contraire, c'était la pâleur qui embellissait un visage. Avons-nous changé de goûts ?

Nous avons plutôt changé de vie, ce ne sont plus les besogneux mais les vacanciers qui sont bronzés.

Le bronzage nous plaît parce qu'il induit la détente, la nature, la joie. Le bronzage humanise les pires. Votre super supérieur dans son costume noir, son bureau gris, qui vous fait signer des contrats cousus d'arnaques : il est bronzé ! Ça veut dire qu'un jour il a rigolé, les fesses dans une flaque d'eau, attendant la marée derrière un château de sable, une pelle en plastique rose à la main. Et l'autre, là, la méchante, l'injuste, la menteuse, la chefaillonne qui fait pleurer ceux qui ne démissionnent pas : elle est bronzée ! Même les jambes ! Elle a ramassé des mirabelles dans un short à franges, elle a fait une tarte pour ses amis... ELLE A DES AMIS !

Mais "Comment on se fait des amis ?" C'est la question que pose Nina, 8 ans, sur le répondeur des P'tits bateaux C'est le neuropsychologue et ethnologue Boris Cyrulnik, ce dimanche, qui répondait à la question de Nina :

C'est une question fondamentale : on ne peut pas vivre sans amis.

Mais comment faire ?...

La déclaration d'amitié

On peut faire une déclaration d'amour, c'est déjà assez difficile à faire, mais on ne fait pas une déclaration d'amitié. Et pourtant on la fait quand même, en dehors…

Les bêtises : l'un des ciments de l'amitié !
Les bêtises : l'un des ciments de l'amitié ! © Getty / Christoffer Askman

On s'approche des gens et on commence à dire des banalités : "Il fait beau". Je le vois bien qu’il fait beau ! Et puis on regarde comment ils sont habillés ; comment ils répondent. Et puis eux, ils nous regardent, comme nous, on les regarde. Et puis petit à petit, on se met à parler de ce qu'on a fait la veille, et ces banalités sont très importantes parce qu'elles permettent de sentir, d'éprouver l'autre. Est-ce que vraiment, j'ai envie d'être ami(e) avec lui ou avec elle, ou est-qu'au bout de deux phrases il va me crisper et je vais être obligé(e) de partir parce que je me rends compte que je n'ai pas envie d'être son ami(e) ?.

Et cette lenteur de l'amitié, avant la parole, fait que même si on ne le dit pas, c'est dit à l'occasion des comportements, des invitations, des échanges, des cadeaux, des rigolades. Et finalement on sent qu'on est ami ou pas alors qu'on a jamais fait une seule déclaration d'amitié.

Il y a ceux qui se font des amis très facilement... et puis il y a les autres

Ceux qui ont du mal à avoir des amis sont souvent ceux qui n'ont pas assez confiance en eux parce que dans leur petite histoire il y a eu des difficultés.

Ça peut venir d'eux, ça peut venir de malheurs familiaux, ça peut venir de difficultés fréquentes, de difficultés sociales, de difficultés affectives chez les parents ou dans la famille et ça fait perdre un peu confiance aux enfants.

Pourquoi certains enfants se font des copains facilement - et pourquoi pour d'autres, c'est plus compliqué ?
Pourquoi certains enfants se font des copains facilement - et pourquoi pour d'autres, c'est plus compliqué ? © Getty

Ces enfants se mettent en périphérie dans une classe / crèche / cour d'école. Ils ne soutiennent pas le regard, ils ne vont pas vers l'autre parce qu'ils n'ont pas assez confiance en eux pour aller vers l'autre. Et les autres les voient en périphérie et se disent : "ils se mettent à distance parce qu'ils ne veulent pas nous parler" - et ils les laissent en périphérie.

Ils ont tort parce que ces enfants ont envie de communiquer mais ils n'osent pas s'affirmer, ils n'osent pas prendre leur place parce que chez eux il y a une petite difficulté affective ou sociale.

Les enfants agressifs sont souvent des enfants où il y a des difficultés dans la famille. Les enfants réagissent à ça, ils sont crispés, tendus. On s'approche d'eux et ils répondent par l'agression alors que nous, peut-être, on avait pas du tout l'intention d'être agressif. Et le résultat c'est que c'est des enfants qui sont difficiles à aimer. Ils restent dans leur coin et deviennent plus agressifs ou encore plus isolés. Ça ne les aide pas.

L'enfant "casque bleu"

Les enfants les plus épanouis sont ceux qui rient, qui sourient, et qui, souvent, apaisent. Par exemple, dans les crèches, il y a souvent un casque bleu qui, quand il y a un bagarre, arrive, raconte une histoire, fait des mimiques, lève la main (mais ne frappe pas), symbolise avec une main, avec un mot et généralement c'est lui qui ramène la paix.

Très souvent, quand il y a un enfant périphérisé, c'est une petite fille qui va le chercher. Qui s'approche et qui lui offre un bout de fruit mâché ou un bout de chocolat, de ficelle. Il y a un échange, et à l'occasion de cet échange, les mots suivent. Il y a un échange et ensuite l'enfant est intégré dans le groupe.

Ces petites filles psychothérapiques ont une fonction d'intégration dans le groupe.

Aller plus loin

  • Retrouvez chaque dimanche à 19h30 Noëlle Bréham dans Les P'tits Bateaux. Et si vous aussi, vous voulez poser une question, laissez-la sur le répondeur de l'émission : 01 56 40 43 57.
  • Boris Cyrulnik est neuropsychiatre ; il a écrit de nombreux ouvrages qui ont souvent été d’immenses succès, notamment : Un merveilleux malheur, Les Vilains Petits Canards, Parler d’amour au bord du gouffre.
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