Difficile, au tournant des années 70, d'échapper aux oeuvres de Victor Vasarely : cette figure de l'"'Optical Art", ces jours-ci au centre d'une exposition organisée par le centre Pompidou, était alors aussi populaire qu'omniprésent, au point d'envahir, voire de saturer l'espace visuel du grand public au quotidien.

Victor Vasarely lors de l'inauguration de la fondation qui porte son nom, en 1976, à Aix-en-Provence.
Victor Vasarely lors de l'inauguration de la fondation qui porte son nom, en 1976, à Aix-en-Provence. © AFP

Notre journaliste Isabel Pasquier, du service culture de France Inter a, elle aussi, subi, à l'époque, la "Vasarélysation" de ses journées et elle se souvient : 

"Les moins de 50 ans ne peuvent pas imaginer que, dans les années 60 et 70, la France vivait dans un décor signé Vasarely. Dans ma chambre à la moquette orange, au-dessus de mon lit, comme dans toutes les chambres d'étudiants : un poster psychédélique signé Vasarely."

Arny" (1967-1968) l'un des tableaux de Victor Vasarely
Arny" (1967-1968) l'un des tableaux de Victor Vasarely © AFP / François GUILLOT

"Pour commencer une journée zen, j'écoute "Space Oddity" : sur la pochette de ce cultissime vinyle, le visage de David Bowie avec ses boucles blondes... sur les géométries illusionnistes bleues de Vasarely."

"Et si je préfère écouter Mendelssohn, Bach ou Strauss... Là encore, les pochettes des 33 tours de Deutsche Grammophon sont signées par le pape de "l'op-art", "l'optical art". Sur mon bureau, un livre de Michel Foucault avec une couverture graphique signée... Vasarely. Je le retourne."

Invasion d'"Optical Art"

"Dehors, l'invasion "vasarélyenne" continue. Un rendez-vous amoureux gare Montparnasse ? Il se fait sous une immense fresque, déclinaison de cubes verts et bleus de Vasarely."

Grand hall de départ de la gare Montparnasse à Paris
Grand hall de départ de la gare Montparnasse à Paris © Radio France / Sncf - Médiathèque- Adagp
Un mannequin de mode pose sur un décor de toile de Vasarely
Un mannequin de mode pose sur un décor de toile de Vasarely © Getty / Horst P. Horst/Condé Nast

"Dans les cafés, des affiches Vasarely et sur les tables, des revues de mode : Françoise Hardy pose... devant des toiles de Vasarely. Dans la rue, des pubs pour Renault avec son logo, un losange noir et blanc sur fond jaune  : c'est encore lui."

Logo Renault dessiné par Victor Vasarely et Yvaral, autre artiste du courant "Optical Art"
Logo Renault dessiné par Victor Vasarely et Yvaral, autre artiste du courant "Optical Art" © Radio France / Fabrice Lepeltier, Adagp

"À l'entrée du centre Pompidou, à Beaubourg, ce portrait en 3D de Georges Pompidou : c'est à Vasarely qu'on l'a commandé. À la télé, le décor d'un jeune animateur nommé Michel Drucker est bien sûr signé Vasarely. Et quand le même Drucker demande à Michel Polnareff, qui avait les cheveux noir corbeau, quel artiste il voulait aller interviewer dans son atelier : c'est encore Victor Vasarely."

"Barbara chante Toi devant des toiles de Vasarely. En fin de soirée, séquence cinéma : dans La prisonnière de Henri-Georges Clouzot, et dans Peur sur la ville de Henri Verneuil, les décors, là encore, sont des toiles et des reproductions de Vasarely. Difficile, ensuite, de ne pas rêver "en mode Vasarely"."

"L'art partout et pour tous"

"C'est un fait, Vasarely a trop bien réussi à atteindre son objectif : créer un langage artistique populaire, "un espéranto visuel", introduire l'art dans le quotidien, le sortir des musées. Et il a d'ailleurs tellement réussi sa mission que les institutions, trouvant son art sans doute trop populaire et trop "décoratif", l'ont largement boudé.

Mais aujourd'hui avec cette rétrospective et plus de 300 œuvres, dont 75 toiles, le Centre Pompidou nous donne à renouveler notre regard sur son art."

"Et l'on se dit que cet artiste avait déjà initié la 3D, que ces illusions optiques étaient réalisées sans l'aide d'algorithmes et qu'il avait une pensée "pré-cybernétique" et des visions poético-cosmiques. Dans l'exposition, je me surprends à ressentir d'étranges vibrations devant ces toiles de la série des "Vega"."

Devant l'une des toiles de la série Vega 222 (1969 -1970) de l'exposition Vasarely du centre Pompidou, à Paris.
Devant l'une des toiles de la série Vega 222 (1969 -1970) de l'exposition Vasarely du centre Pompidou, à Paris. © AFP / François Guillot

"Vasarely disait que c'était les mêmes vibrations que celles de l'univers. Hier ma chambre, la rue, aujourd’hui l’univers : overdose "vasarélyenne" certes, mais cette esthétique raconte toute une époque."

Victor Vasarely devant l'une de ses toiles, circa 1978 à New York
Victor Vasarely devant l'une de ses toiles, circa 1978 à New York © Getty
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