"Matilda", "Charlie et la chocolaterie", "Sacrées sorcières", "Le bon gros géant" ou "James et la grosse pêche"... Qui n’a pas tremblé et jubilé à la lecture de ces romans ? Effrayants, mais rassurants et drôles... Et si l’enfermement était le moment propice pour (re)lire l’auteur britannique ?

Image du film d'animation "Fantastic Mr Fox" (2009) de Wes Anderson d'après le livre de Roald Dahl
Image du film d'animation "Fantastic Mr Fox" (2009) de Wes Anderson d'après le livre de Roald Dahl © AFP / Archives du 7eme Art / Photo12

Julien Bisson, journaliste au magazine Le Un, qui participe à l’édition de l’œuvre de Roald Dahl chez Quarto, Christilla Pellé-Douël cheffe du service littérature à Psychologies magazine et l’autrice Pénélope Bagieu qui vient de faire paraître Sacrées sorcières en BD étaient les invités de l’émission Grand bien vous fasse d’Ali Rebeihi. Ils ont donné cinq raisons qui rendent la lecture de Roald Dahl particulièrement indiquée en période de confinement.

Roald Dahl est toujours du côté des enfants 

Avec Roald Dahl, il n'y a pas de situation désespérée : il y a toujours une solution, ou un ticket d’or comme dans Charlie et la Chocolaterie. Et les héros s'en tirent immanquablement. Pour Christilla Pellé-Douël : " Matilda est une petite fille plongée dans une situation épouvantable avec des parents atroces. Mais on va découvrir qu'elle est extrêmement talentueuse, et dotée de ressources qu’elle ignorait. C’est toujours réconfortant pour les enfants."

Julien Bisson souligne que l’auteur gallois "élevé dans des écoles sévères où l’on battait les enfants a grandi dans un monde d'adultes cruels. De cette expérience traumatisante, il a conservé un ressentiment contre leur violence. Dans ses livres, les enfants s’en sortent grâce au merveilleux et à l’imaginaire, qui les vengent. Et c’est jubilatoire. Il sait rappeler aux enfants qu’ils sont spéciaux, qu’ils ont ce quelque chose qui les distinguent du reste du monde, et qu’ils méritent leur place."

Les livres de Roald Dahl sont prenants

Roald Dahl sait distiller de la magie et du merveilleux, et jouer avec le suspense. Il a d'ailleurs écrit pour Alfred Hitchcock des épisodes de sa série Alfred Hitchcock présente.

C’est une bibliothécaire qui a fait découvrir Charlie et la Chocolaterie et Sacrées Sorcières à Pénélope Bagieu (de son aveu, pas une grande lectrice alors), en lui promettant que cela allait lui plaire : "Elle ne m'avait pas menti. Sacrées sorcières, c’est mon premier souvenir fort de lecture. J’ai découvert qu’on pouvait avoir très peur en lisant un livre, qu’il pouvait y avoir un suspense tel qu’on pouvait ne pas le reposer avant de l’avoir terminé."

L'oeuvre de Roald Dahl fait grandir

"Parce que ce n’est pas mièvre : on ne prend jamais les enfants pour des idiots" souligne Christilla Pellé-Douël. 

Pénélope Bagieu explique que la lecture de son premier livre de Roald Dahl a été un choc. Jusque-là biberonnée à Walt Disney et aux dessins animés bienveillants, elle a découvert des adultes qui ont des projets diaboliques, et qui s’en prennent aux enfants. Le message : on dit plutôt aux enfants de se faire confiance et de se méfier des adultes.

La vie de Roald Dahl est un roman

Julien Bisson : « Il n’était pas destiné à devenir écrivain. Après avoir perdu, jeune, sa sœur puis son père d’une pneumonie, il est élevé dans des collèges anglais stricts. Excellent en photo, il abandonne l’école, et en septembre 1938, il embarque sur bateau pour devenir marchand de pétrole. Puis la guerre venue, il devient pilote de chasse.

C’est un crash qui va changer sa vie, et le pousser à écrire. Mais il sera aussi espion, et star à Hollywood. Il ne s’imagine pas auteur pour enfants, mais l’échec de ses premiers livres pour adultes le fait se tourner vers la littérature jeunesse. Sa vie est émaillée de drames : son fils reste handicapé après un accident, sa fille Olivia meurt en quelques jours… »

L’humour de Roal Dahl irrigue son œuvre

Roald Dahl estime que ses livres doivent apporter joie et consolation aux enfants. Mais son humour, précise Julien Bisson, n’est jamais cynique, il est satirique. Il met l’accent sur tous les petits défauts. C’est une façon de braver les interdits, de s’amuser de la morale, des bonnes manières de la famille… »

« On ne peut pas lire un texte de Roald Dahl sans rire ! Son sens de l’humour est colossal, merveilleux ». Christilla Pellé-Douël pense « à la scène de Sacrées sorcières où le petit garçon se fait expliquer par sa grand-mère comment reconnaître les sorcières. Et là, c’est un festival ! La description des pieds carrés qui rentrent dans des chaussures pointues, l'évocation des sorcières qui ont la langue bleue, ce qui leur permet d’écrire… ». Un sens de l’humour que l’on retrouve dans ses livres pour adultes. Comme dans Mon Oncle Oswald, un livre grivois et moqueur.

Sur l'adaptation de Sacrées sorcières par Pénélope Bagieu : 

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