À l'occasion des cinquièmes journées du Matrimoine organisées par le collectif HF Île-de-France, l'architecte Édith Girard est mise à l'honneur. Portrait d'une femme engagée pour une architecture au profit du bien-être des habitants et inconnue du grand public.

Les 5e journées du matrimoine en Ile-de-France mettent en avant l'architecte Edith Girard
Les 5e journées du matrimoine en Ile-de-France mettent en avant l'architecte Edith Girard © Gitty Darugar

C'est la mission des journées du Matrimoine, et du collectif HF Île-de-France pour l'égalité femmes-hommes, que de mettre en lumière les créatrices et professionnelles. Après la cinéaste Alice Guy, cette année c'est l'architecte Édith Girard, pionnière du renouveau architectural des années 80, qui est mise à l'honneur. C'est sur le conseil et la participation des femmes architectes et urbanistes du groupe Memo, que le choix d'Édith Girard s'est fait. 

Ce qu'être chez soi veut dire

Morte en 2014 à Paris, Édith Girard a défendu pour les logements sociaux notamment, une architecture qui laisse place à l’émotion de ses occupants. 

"L’émotion que provoquent l’espace et l’architecture n’est pas la même que celle proposée par les arts plastiques ou la musique. C’est plus intime, au sens où c’est l’émotion de l’habitant. Tout d’un coup on a le sentiment d’être bien au monde, bien dans une société, dans les rapports avec ceux avec qui on partage un lieu."

"Elle a vraiment redonné de l'importance à l'utilisateur de ses bâtiments", explique Teresa Scotto Di Vettimo, membre de Memo. "Il n'y a qu'un livre aujourd'hui qui explore son engagement, alors qu'elle a contribué à repenser ce que veut dire être chez soi, être en relation avec les voisins, et être dans le contexte d'un quartier ou d'un environnement."

Ses logements sont ouverts sur l'extérieur, contrairement à ce qu'avait pu faire le baron Hausmann avec ses immeubles parisiens. Pour preuve le parcours qui aura lieu les 20 et 21 septembre pour découvrir les logements HLM au 55 rue des Vignoles dans le XXe arrondissement de Paris.

Vue d'ensemble des logements rue des Vignoles
Vue d'ensemble des logements rue des Vignoles / Memo

Dans ces ensembles on trouve souvent une faille, une ouverture visuelle qui permet aux passants dans la rue d'avoir vue sur la cour intérieure. Cour intérieure qui joue un rôle important dans la circulation et la communication entre habitants. "Jamais de pignon aveugle, et le paysage, l'environnement, sont intégrés dans son architecture", précise Teresa Scotto Di Vettimo. Édith Girard, en femme de gauche,  défendait une organisation solidaire et humaine des villes. Elle regrettait que "la conception de logements [ne soit] malheureusement plus au centre des préoccupations des architectes les plus médiatisés".

En 1985 on ne lui a pas décerné le prix de l’Équerre d'argent, plus haute distinction en France dans le domaine de l'architecture. Il a été attribué à Roland Simounet pour le musée Picasso à Paris (4e), mais elle a obtenu une mention, tout comme Renzo Piano et Alexandre Chemetoff. Les 111 HLM du 64, quai de Loire à Paris avaient été commandés à Édith Girard par la Régie immobilière de la ville de Paris.  Elle a également conçu des logements dans plusieurs villes de la banlieue parisienne, ainsi que le Théâtre Dunois.

Rassemblement organisé par H/F Ile-de-France et Mémo pour la découverte de l'immeuble du 64 quai de Loire à Paris, conçu par Edith Girard
Rassemblement organisé par H/F Ile-de-France et Mémo pour la découverte de l'immeuble du 64 quai de Loire à Paris, conçu par Edith Girard / Ariane Mestre

Transmettre "les implications humaines et sociales" de l'architecture

Édith Girard a consacré une grande part de sa vie professionnelle à l'enseignement. Dès le début de sa carrière, avec le groupe UNO, directement inspiré des idées des architectes du Mouvement Moderne comme Le Corbusier, elle a été enseignante à l'École Nationale Supérieure d'architecture, puis a été professeur invitée dans diverses universités, en Hollande, États-Unis, Liban, Japon ou Colombie. 

Pour elle, "les étudiants doivent être particulièrement conscients des implications humaines et sociales de leurs créations". Dans chaque lieu sont rassemblées l'architecture, l’histoire et la géographie ; il y a une dimension temporelle, pas seulement spatiale. Il fallait donc enseigner aux étudiants le moyen d'accompagner la transformation qui allait se produire dans un lieu, du fait d'un projet architectural.

Elle a ainsi contribué à renouveler l'enseignement de l'architecture. 

► ALLER PLUS LOIN | Pour suivre la découverte de l'architecte Édith Girard rue des Vignoles, le 21 et le 22 septembre à Paris avec HF Île-de-France, consultez le programme

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.