A Toulouse, le caravagisme du Nord

Une révolution dans la peinture du XVIIe s.

Caravage n’a pas eu d’atelier et n’a pas cherché à faire école. Il a pourtant influencé durablement nombre de peintres majeurs, du sud au nord de l’Europe. Sa manière et ses sujets - diseuses de bonne aventure, concerts, joueurs de cartes, scènes religieuses - ont été imités par des peintres venus de toute l’Europe se former à Rome à partir de 1615. Les traits dominants du caravagisme, contrastes d’ombre et de lumière, cadrage à mi-corps de modèles issus de la rue et impression de vie étonnante, confèrent aux œuvres des disciples de Caravage une grande contemporanéité.

Le caravagisme du Nord : une première en France

Le caravagisme nordique n’a jamais été étudié en tant que telen France, le rassemblement des chefs-d’œuvre des principaux maîtres de ce mouvement est un événement. Depuis le XVIème siècle, de nombreux artistes néerlandais entreprennent un voyage de formation à Rome pour découvrir l’art antique. À leur retour aux Pays-Bas, entre 1614 et 1620, les artistes établiront des centres de production caravagesques à Utrecht, Gand ou Bruges. Leurs réactions face à ce choc esthétique ont été diverses. Il était difficile pour des peintres formés dans l’idéal classique d’accepter une nouvelle conception de la beauté et l’intrusion du monde de la rue dans l’art. Pourtant, beaucoup vont adopter, même brièvement, ses sujets, son clair-obscur ou la présence presque physique des corps. Gerrit van HONTHORST (Utrecht 1592 – 1656) Samson et Dalila , vers 1615 Huile sur toile ; 1,29 x 0,94 CMA 1968.23 © The Cleveland Museum of Art. Mr. and Mrs. William H. Marlatt Fund 1968.23

A Utrecht un foyer caravagesque foisonnant

Notre exposition fait la part belle à l’Ecole d’Utrecht qui fut le principal foyer caravagesque en Hollande. L’atelier d’Abraham Bloemaert était le plus fréquenté de la ville. C’est là que se formèrent la plupart des peintres qui devaient partir à Rome pour y découvrir l’art du Caravage et à leur retour importer son univers dans leur ville natale. Une dizaine d’artistes composent ce que l’on a coutume d’appeler l’école d’Utrecht. Les trois plus célèbre furent ter Brugghen, le plus radical, le pittoresque Baburen et Honthorst le virtuose qui connut une véritable gloire de son vivant, en Italie comme en Hollande. Dans les années 1620, le caravagisme fut le style dominant à Utrecht. Après les disparitions précoces de Baburen et ter Brugghen, il s’effaça au profit d’un style classique international, plus lisse, plaisant au public, que Honthorst pratiqua pendant les vingt dernières années de sa carrière. Une salle est aussi consacrée à Mathias Stom, un peintre caravagesque méconnu, brillant coloriste, qui fut probablement formé à Utrecht mais dont la carrière se déroula en Italie et en Sicile.

A Amsterdam dans le sillage de Rembrandt

Rembrandt domine la peinture d’histoire hollandaise de tout son génie. Il a formé toute une génération de peintres à Amsterdam. Toutefois, du vivant même de l’artiste, un certain nombre de ses élèves s’est éloigné de son style tout en effets de matières et en clair-obscur pour adopter une manière internationale, moins radicale et contrastée, alors à la mode.. On parle aujourd’hui d’un classicisme hollandais. Des peintres comme van Everdingen ou Blommendael exploitent néanmoins certaines solutions narratives du Caravage pour traiter les sujets de manière efficace pour le spectateur.

Les flamands entre Rubens et Caravage

En Flandres les peintres se répartissent entre Gand, Bruges, Bruxelles ou Anvers. Rubens règne en maître à Anvers et la plupart des peintres flamands, même séduits par Caravage, vont à un moment ou un autre être influencés par le style baroque. L’exposition permet de découvrir l’art de deux de ses plus grands représentants à Anvers, Seghers et Rombouts, tous deux actifs en Italie dans les années 1610-1620 ; mais aussi des personnalités atypiques comme Cossiers, Wolffort, Janssens ou encore Sweerts. En résumé, le panorama du caravagisme flamand témoigne d’une belle vitalité et d’influences mêlées du maniérisme anversois, de Rubens et de Caravage.

Atelier de Theodoor ROMBOUTS, L’arracheur de dents , huile sur toile, 1,22 x 2,20 m © Musée d'art Roger-Quilliot [MARQ], Ville de Clermont-Ferrand, cliché Jacques-Henri Bayle

Insolite : un cabinet de dessins caravagesques

Caravage peignait directement sur ses toiles après avoir pratiqué des incisions pour souligner les contours. La plupart des caravagesques du Nord ont en revanche eu une activité graphique. Dessin de création, ou copies de chefs-d’œuvre de Caravage mais aussi tentatives d’interpréter le clair-obscur en dessin à l’aide des lavis d’encre, cette section est tout à fait originale dans une exposition caravagesque.

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