Bedos enseigne la solitude. Ça se passe au Conservatoire d'art dramatique national, à Paris.

Depuis septembre, l'humoriste est venu à sept reprises prendre en charge un groupe d'une dizaine d'étudiants. Daniel Mesguich, le directeur, qui a recruté aussi pour d'autres cours des acteurs en vue, Torréton, Gallienne, le clown Howard Buten, a proposé à Bedos de donner "un cours de solitude". Bel intitulé. Il s'agit de demander à l'élève de monter seul en scène, de dire un sketch ou un monologue, bref, de jouer sans partenaire. Martin, 21 ans, est le premier à se lancer. Blond, un physique à la Jérémy Rénier, il a appris un sketch de Dabadie joué par Bedos, "la Correction", où comment ne pas perdre la face quand on s'est fait démolir par un plus fort que soi. Martin a le texte en mains, il se lance, doué mais tendu. Pourtant Bedos est tout miel, ému sans doute de se souvenir de lui, dans les années 50, quand il fréquentait les cours de la rue Blanche. "Tu joues trop cinéma! dit le maître. Marque le texte, plante-toi sur scène!" Et c'est assez touchant de voir l'agile septuagénaire s'animer comme un sportif, un boxeur même, sur le ring. Belle image : on comprend que le corps d'un comique doit être pareil à celui d'un félin prêt à bondir. On perçoit l'énergie qu'il faut soudain, pour attraper le public. Martin a du boulot, encore, évidemment. C'est autre chose que le jeu, une technique nouvelle à acquérir, une compréhension du texte qui doit passer par le corps. Un étudiant de 28 ans venu de Rome enchaîne avec un sketch dont il est l'auteur, sur Berlusconi. Il a imaginé ce qui se passait dans la tête du leader italien au moment d'écrire un discours. Il y a des maladresses, des longueurs, mais le jeune homme dégage une vraie présence et fait preuve d'imagination. Bedos sourit, surpris et donc conquis par ce choix politique. Il félicite l'élève.Une jeune bulgare joue "les méfaits du tabac" de Tchékhov, avec une marionnette. C'est assez drôle. Bedos salue sa prestation. Puis Marie, jolie brune aux yeux bleus joue, assise, un texte en vers qu'elle vient d'écrire sur une célibataire fraîchement quittée. Elle entend elle aussi une critique bienveillante.Bedos n'est pas un pédagogue! A l'évidence, ses étudiants sont frustrés de retours, de critiques. Ils l'expriment tendrement à Bedos qui rétorque qu'il n'est pas professeur, mais "parrain". Dans sa carrière, il a toujours joué les parrains. Ecouter, entraîner, encourager, conseiller, oui, enseigner, non. Desproges a été son filleul, Djamel aussi. Aujourd'hui, c'est Stéphane Guillon! A l'écouter, on n'enseigne pas la solitude, on partage son expérience avec elle. Comment vivre avec elle, comment la dominer, comment faire alliance avec elle?Bedos et la solitude expliquée à ses élèves, c'est en avril, dans "Esprit critique".

Bernard Gaudin
Bernard Gaudin © Radio France
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