La bande dessinée Cyberfatale sort chez Rue de Sèvres avec un petit parfum de mystère. Dessinée par Clément Oubrerie, elle est scénarisée par un mystérieux collectif dénommé Cépanou. Entretien avec l'officier qui renseigne les auteurs de cette histoire. Découvrez dix pages de l'album.

Cyberfatale sort chez Rue de Sèvres, dessinée par Clément Oubrerie
Cyberfatale sort chez Rue de Sèvres, dessinée par Clément Oubrerie © Oubrerie/Rue de Sèvres

RÉÉCOUTEZ MA VIE CONNECTÉE / CYBERFATALE  (samedi 27 octobre 19h) : 

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Cyberfatale avec La Source

Par Christine Siméone

Le pseudonyme Cépanou donne assez vite l'état d'esprit de cette équipe un peu loufoque. Cyberfatale est l'oeuvre d'un groupe de professionnels plein d'humour, déterminé à nous raconter la vraie vie de ceux, en chair en os, qui prennent en charge la cyberdéfense de la France. C'est bien au cœur de l'armée française que cette histoire plonge le lecteur, auprès de ses hackers et soldats, chargés de veiller sur les sites sensibles, ou de démasquer des ennemis pas si virtuels qu'ils en ont l'air. 

Au crayon, Clément Oubrerie se plaît à dessiner un président de la république en slip léopard, des rafales et des porte-avions, alors qu'on le connaît plutôt pour ses planches sur la vie de Picasso par exemple. 

Un président en slip ? L'image apparaît sur le site de l'Élysée, à l'issue d'une cyberattaque. C'est drôle mais ça cache quelque chose de beaucoup plus grave, des dégâts qui ne seront pas dévoilés au grand public. À moins qu'un journaliste n'arrive à révéler l'affaire. Voilà le pitch

Le lecteur va suivre un amiral et son adjointe, chargés de gérer cette affaire et de démasquer l'ennemi. On comprend assez vite, que la cyberarmée connaît rarement ses véritables ennemis.  Au cœur du Balardgone, le pentagone à la française, on devine les règles de sécurité, les salles totalement confidentielles et les ruses pour détourner le regard des journalistes, des visiteurs, ainsi que les dispositifs de surveillance d'Internet. 

Comment Oubrerie peut-il dessiner tout cela et raconter autant de détails ? C'est La Source, qui dit tout. La source ? Une personne très très bien placée dans la hiérarchie de la quatrième armée française, la cyberdéfense. 

Cette personne ne dit pas son nom. Je l'ai rencontrée physiquement,  alors qu'elle était intervenue lors de la conférence de présentation de la bande dessinée, uniquement en duplex audio, avec une voix maquillée. 

Entretien 

Pourquoi avoir choisi de vous exprimer par la bande dessinée ? 

La Source : Ça m’a semblé la seule voie d’expression réelle, car la cyber c’est virtuel, dans un espace d’acteurs masqués, états ou individus, cybercriminels,  de liaisons et des lignes de code, et là c’était une façon de représenter physiquement des individus qui œuvrent pour protéger leur pays. Nous avons donc conçu un vrai scénario de crise, qui part d’un scoop amusant, le président de la république en slip. Mais au-delà cette histoire loufoque révèle le mécanisme d’une attaque.

Une cyberattaque c’est quelque chose qui est une zone grise, un brouillard, avec des corsaires, des mercenaires ou bien des états.

La Source :  Une cyberattaque c’est quelque chose qui est une zone grise, un brouillard, avec des corsaires, des mercenaires ou bien des états, qui sont aussi nos partenaires et parfois nos concurrents. La représentation physique par le dessin donnent de la chair à cela. En général quand on voit un reportage on voit des gens masqués derrière des ordinateurs et c'est tout. 

C’est une façon de sensibiliser les jeunes, en montrant qu’il y a des hommes, des femmes, des jeunes moins jeunes, qui boivent des coups, sortent du bureau à minuit, et n’ont rien dans leur frigo, c’est ça la vraie vie. 

Vouliez-vous montrer  que les conséquences les plus graves ne sont jamais révélées par les autorités ?

La Source :  Non bien sûr d’abord car nous avons une agence nationale qui vieille sur les infrastructures vitales, les sites nucléaires et les transports. Demain une attaque sur les feux rouges paralyse le pays pendant des heures.

Souvenez-vous des hôpitaux britanniques qui ont du payer une rançon après avoir été hackés. La BD est une façon de faire de la pédagogie et de montrer qu'une attaque peut avoir des conséquences immédiate sur la vie des gens. 

Cette armée de  3500 personnes est-elle une armée qui ne connaît pas son ennemi ? 

La Source : En réalité, on dit la 4e armée mais c’est une composante d’armées qui travaille pour toutes les autres. 

Elle n'est pas confrontée à ses ennemis comme les autres. Le cyber combattant n’est pas face à un adversaire physique et il ne peut pas le voir, mais il le connaît à travers la pénétration des réseaux.  On connaît notre adversaires par ses modes opératoires, on connaît ses forces et vulnérabilités mais il n’a pas de visage. 

Notre adversaire n'a ni corps ni visages. On le connaît à travers sa structure et ses modes opératoires.

Cyberfatale montre que les alliés peuvent être des traîtres non ? 

La Source : Dans la cyber tout le monde avance masqué , même nos alliés peuvent, pour des raisons de concurrence économique et industrielle, ne pas hésiter à mettre un petit grain de sable dans la machine pour entraver l’obtention d’un contrat. 

Ces dernières années, les contrats Rafale, Tgv, Nuclaire dans le Golf, ont représentés des enjeux de plusieurs milliards. Un partenaire peut vouloir obtenir des intérêts en plus pour sa propre nation. 

La France fait pareil, on est dans une concurrence mondiale impitoyable.

En revanche, il n'y a pas de méfiance ni défiance quand nous sommes engagés contre des adversaires tels que les fondamentalistes islamiques, ou tout adversaire portant atteinte aux démocraties occidentales.

Snowden a montré que la NSA se servait des données des citoyens à des fins économiques, pourquoi pas la France ? 

La Source :  Bien sûr, les citoyens français espèrent que l’on défend nos intérêts avec la même force que les États-Unis. Les États-Unis écrivent noir sur blanc qu’ils veulent dominer le monde. Nous aussi nous souhaitons la victoire sur les marchés, sur le plan des idées, sur la langue française. Nous ne sommes pas une NSA mais nous sommes des équipes au service du succès de la France partout dans le monde. 

Comment considérez-vous la protection que la Russie accorde à Edward Snowden ? 

La Source :  C’est une question sensible et délicate. Je ne me prononce pas sur son accueil en Russie. Paradoxalement, ses révélations nous ont beaucoup apporté à nous, la France, ça a donné une impulsion étatique pour que la France se donne des moyens dignes de notre nation. Il nous a beaucoup servi d’une certaine manière. 

Pour ce qui est de la Russie, vous avez noté que beaucoup de pays de l’Otan la soupçonnent d’attaques dont ils sont victimes, voir l’Estonie en 2007 et elle est attaquée tous les jours encore.

C’est un équilibre de la terreur cyber. 

Nous sommes en 2018, mais l’histoire se répète avec d’autres moyens et d’autres technologies. Le rapport de puissance entre états s’établit toujours, bizarrement, de la même façon. 

On a un outil impalpable, invisible,  indolore dans l'immédiat, mais qui fait des ravages. Quand on le découvre il est trop tard. 

Derrière une intrusion de réseaux quand on combat sur des théâtres cyber, au bout, il y a des équipes, des terroristes par exemple, qui peuvent être anéantis physiquement. 

On peut détruire un barrage ou mettre un aéroport dans le noir. Oui la cyberguerre peut faire des morts.  

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