Lycée, procès, ours en peluche, rose fluo, manga, rires, exécutions... Si vous trouvez un ou plusieurs intrus dans cette liste, c'est que vous ne connaissez pas encore Danganronpa.

Danganronpa V3, un jeu à la folie rarement atteinte
Danganronpa V3, un jeu à la folie rarement atteinte © NIS America

Et on ne peut vraiment vous en vouloir. La série est restée relativement confidentielle dans le monde du jeu vidéo (en tout cas en Occident), avec tout de même un beau succès d'estime chez les amateurs (quelques centaines de milliers d'exemplaires vendus). Elle reste toutefois totalement inconnue du grand public : une injustice qu'on se devait de réparer avec ce troisième épisode jouable par tous, même sans jamais avoir entendu parler des précédents.

De justice, justement, il va en être beaucoup question dans Danganronpa V3, jeu foutraque mélangeant joyeusement les genres. C'est à la fois un jeu d'aventure (plus précisément un "visual novel", concept typiquement japonais consistant à dérouler une histoire en texte et en images avec des choix réguliers faisant progresser l'histoire), un simulateur de procès (dans l'esprit de la série Phoenix Wright), et une compilation de petits jeux d'action simples. Ça vous semble trop compliqué ? Étrangement, ce n'est pas le cas : la prise en main est relativement simple et le jeu vous prend par la main régulièrement. Impossible de toute façon de perdre : en cas d'échec, on pourra rejouer la séquence à l'infini.

Ours psychopathes et mots qui tuent

Jeu accessible donc, mais polymorphe. Danganronpa V3 est un exemple rare d'adaptation aux besoins de son histoire. Les séquences de jeu ne sont dictées que par un impératif : que se passe-t-il dans le scénario et que doit ressentir le joueur en face de cette situation ? Un jeu d'action va par exemple servir à faire grimper le niveau de stress, une phase d'exploration à montrer vos talents de détective.

Tout le scénario est décliné autour d'un simple et cruel concept. Dans une immense école abandonnée et isolée du monde extérieur, une bande de 16 lycéens a été rassemblée : tous sont surdoués dans un domaine particulier (classique comme le piano ou les arts martiaux, ou plus ésotérique avec l'ultime gouvernante, l'ultime astronaute ou l'ultime... despote, jeune leader d'une organisation criminelle) et semblent tout droit découpés d'un manga. Littéralement : les personnages et la plupart des objets ressemblent à des morceaux de papier posés sur un décor.

Sous la houlette d'un ours en peluche robotisé bicolore au penchant malsain pour le meurtre (aussi ridicule qu'effrayant), ils doivent se plier à un jeu sadique digne du film Battle Royale : pour retrouver leur liberté, ils doivent s'entretuer jusqu'à ce qu'il n'en reste que deux. À chaque mort suspecte, un "procès de classe" est organisé pour démasquer l'assassin, dans des séquences épiques où les mots deviennent littéralement des armes. Si le coupable est découvert, il est exécuté. S'il parvient à faire accuser quelqu'un d'autre, il peut partir... Et tous les autres élèves sont exécutés à sa place.

Un grand huit émotionnel

Malsain ? Sans aucun doute. D'autant plus que le jeu est aussi capable, malgré l'horreur et la pression permanente (il est légitimement réservé aux plus de 16 ans), de régulièrement faire rire, en exagérant les traits de caractères de chacun ou en multipliant les interventions décalées. Tout le génie de la série Danganronpa tient dans cet équilibre difficile à décrire entre la folie furieuse de ses séquences et la véritable émotion que son scénario retors parvient à distiller. On peut sourire devant un échange savoureux (la traduction française est presque parfaite) et, l'instant d'après, trembler pour un personnage auquel on s'est attaché et dont on sent venir la fin. De quoi autant adorer le jeu pour le plaisir qu'il propose, en particulier dans ses phases de procès jubilatoires, que le détester pour sa cruauté envers ses personnages.

L'aventure se déroule donc suivant un rythme immuable : on explore l'école, de plus en plus étendue, on discute avec les autres élèves pour comprendre leurs motivations (et tenter de découvrir leurs plus sombres secrets), l'un d'eux est assassiné, on enquête, on juge, on exécute et ainsi de suite. Chaque fois, la tension va crescendo, fait monter le niveau d'adrénaline jusqu'à un final toujours déchirant (le tout premier procès assène au joueur une belle gifle émotionnelle). Danganronpa V3 est un jeu qui sait parfaitement faire ressortir le Sherlock Holmes qui est en chacun de nous : une manette en guise de loupe, l'esprit en l'effervescence, comme physiquement accro à sa quête de vérité et de noirceur.

► DANGANRONPA V3 - Disponible sur PC, PS4 et PS Vita

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.