Où il est question de la relation entre Daniel et Cordier et Henri Michaux.

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blogcs itw automatique... ou pas © Radio France / C Siméone

Daniel Cordier, après la guerre, commence à acheter des oeuvres d'art, pour son propre plaisir dans un premier temps. Son tout premier achat est une petite encre d'Henri Michaux, trouvée dans une librairie. Plus tard, devenu galeriste, il se risquera à rencontrer le peintre et poète.

S'en suit une relation très particulière.

Comment êtes-vous entré en contact avec Henri Michaux?

Daniel Cordier: Les vrais artistes pour moi c’était Michaux, c’étaient des gens qui rêvaient et qui transformaient leur rêve en dessin, en gouache, en peinture. La plupart de ces gens-là n’avaient pas les moyens de vivre, et Michaux n’était pas un peintre qui vivait de ses œuvres. Il habitait rue Séghier à Paris dans un très bel appartement, et j’étais très intimidé, car évidemment pour moi c’était un immense écrivain.

Daniel Cordier devant un tableau d'Henri Michaux
Daniel Cordier devant un tableau d'Henri Michaux © Christine Siméone / Christine Siméone

Les contacts avec lui étaient difficiles, il parlait peu, il disait toujours quelque chose à côté, à part. Il était très intelligent et très fin mais j’étais très intimidé. Quand il m’a reçu, il y avait des livres partout, il y avait des cartons à dessin, et il m’a dit "regardez, voilà, c’est là ". Il parlait très très peu, et je n’osais pas ouvrir les cartons. Finalement j’ai feuilleté des dessins de toutes les époques, sur les chevalets, je voyais par petits bouts, du jaune, du bleu du vert. Il me regardait, c’est un souvenir effrayant, et je lui dis " ça m’intéresse, quel prix en voulez-vous ". Il me répond "je vais réfléchir ". Le surlendemain, il me téléphone pour me dire "je ne vous vend rien car j’ai signé un contrat avec Facchetti ". Facchetti avait effectivement emporté je ne sais combien d'oeuvres qu'il n'a jamais payées, pour une faire une exposition.

Mais au bout de trois ou quatre semaines Michaux, qui avait absolument besoin d’argent, et n’avait pas reçu un centime de Facchetti, me retéléphone, me disant "si mon œuvre vous intéresse toujours venez me voir ".

Là il m’a fait asseoir, et il m’a dit "que fait on ensemble? ". Moi j’ai dit "tout ce que vous voulez, je peux tout acheter ". Voilà le début de l’histoire, ça a été une très grande amitié, je ne peux pas dire la seule mais la seule que j’ai eue avec un artiste jusqu’à sa mort (j’étais dans le midi au moment de sa mort). Chaque fois que je venais à Paris, on se rencontrait. Pour chaque nouvelle série, il me la montrait et me demandait de lui dire les œuvres sans intéret ; et quand je disais « cela » il se précipitait pour la déchirer, et du coup j’était pétrifié… et je n’osais plus dire.

Ma vie tourne autoure des oeuvres d’art, aujourd’hui encore. Je vais en Chine ou en Russie, pour voir des musées. Regardez, ça c’est une copie que j’ai faite de Pierrot della Francesca en rentrant d’Italie quand j’avais 26 ans.

Là on est à la limite du parler, car l’amour ça ne se parle pas, ça se fait, mais ça ne se parle pas ; et puis les mots qu’on dit, c’est du remplissage, c’est pas ça l’amour.

Daniel Cordier sur le web, avec Annelise Signoret

Lire l'article de Guillaume Blanc sur Daniel Cordier sur le site du Musée des Abattoirs à Toulouse>

La première œuvre d’art achetée par Daniel Cordier fut une aquarelle de Henri Michaux, en 1945A partir de 1956, Daniel Cordier expose les œuvres de Dubuffet. Il inaugure sa galerie avec le groupe «Dewasne-Dubuffet-Matta». A partir de 1960, il devient son marchand pour l’Europe et les Etats-Unis, une exclusivité qui cessera en 1963.

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blogcs signature C Simeone © Radio France / C Siméone

Je rappelle que ce blog est largement consacré à Arman, au Nouveau Réalisme, et à toutes les formes d'art qui incluent l'objet comme matériau de création.

Textes Copyright Christine Siméone.

Photos Copyright Christine Siméone sauf indication autre.

Au sujet d’Arman, le site historique

Remerciements à

Gilles Marsault, et Valeria Emanuele, au web de France Inter twitter.com/valeriae

Annelise Signoret, du service documentation de Radio France __

Sophie Raimbault, assistance du service Culture de la rédaction de France Inter

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