Où il est question de la galerie Cordier-Warren. Cordier fut le premier galeriste à montrer Arman aux Etats-Unis.

Après sa rencontre avec Marcel Duchamp, Daniel Cordier a organisé la plus dernière grande exposition Surréaliste à Paris. Marchand de Dubuffet ou Michaux, il a souhaité vendre "ses artistes" sur le sol américain, en association avec Michel Warren et Arne Ekstrom à New York. Ainsi a-t-il permis à Arman d’être vu aux Etats-Unis, un premier pas avant que l’artiste ne s’installe sur place.

En ayant pignon sur rue aux Etats-Unis, à New York, qu'espériez-vous? Pourquoi ouvrir la galerie Cordier-Warren là-bas?

Daniel Cordier : Ma vie n’est pas tellement raisonnable, un peu comme celle de Marcel Duchamp. Les USA, New York ont été pour moi une très très grande découverte. La raison pour laquelle j’ai eu une galerie à New York , c’est simplement parce que il y avait un jeune marchand, Michel Warren . Il est venu me voir en 1958 pour que je lui prête une exposition sur Henri Michaux que je venais de montrer dans ma galerie à Paris. Le jour où il est venu, au mois de juin, on s’ est aperçu que l’on avait un dîner tous les deux à St Germain des Prés, et nous avons pris un fiacre, et en discutant nous nous sommes rendus compte que nous avions la même date anniversaire, le 10 août, à 10 ans près. Voilà pourquoi j’ai été associé à Michel Warren. C’était quelqu’un de très intelligent, très brillant mais qui n’avait pas de culture. C’était quelqu’un de plutôt instable. Il a eu une vie très courte, qui s’est terminée pathétiquement, car il s’est jeté par la fenêtre alors qu’ il avait une quarantaine d’années.

A New York, il était lui-même associé à un suédois américain, Arne Ekstrom, la galerie était à son nom. Ekstrom a pris la succession de Warren et la galerie est devenue Cordier Extrom.

Qu’est ce qu’il s’est passé chez Cordier-Warren ? Qui y avez-vous exposé?

Daniel Cordier : On montrait tous les artistes que j’avais en France ; celui que je considérais comme le plus grand, c’est Dubuffet, mais aussi Michaux, Matta, Réquichot, Dado. J’avais 24 artistes sous contrat à Paris. Gabritchevsky, qui avait été interné à Paris, après la révolution et qui a fait une œuvre extraordinaire, même s’il était fou. J’allais à New York deux fois par mois et puis je revenais à Paris. Ca a très bien marché. La France c’était rien du tout.

Quand j’ai découvert l’Amérique, j’ai compris le bonheur d’être marchand à New York . A New York, il y avait des acheteurs toute la journée dans la galerie, c’était pour moi surprenant.

Parmi les artistes que vous représentiez, il y a eu Arman ? Est-ce que vous vous souvenez de lui ?

Daniel Cordier : Oui c’est quelqu'un que je voulais avoir. Arman avait un contrat à Paris avec une galerie, mais il était libre à New York. J’ai donc fait sa première exposition personnelle. Cela a moyennement intéressé. Je pense que c’était une nouvelle génération d’artistes .

Daniel Cordier avec Ainsi font font font
Daniel Cordier avec Ainsi font font font © Christine Siméone / Christine Siméone

Daniel Cordier - Arman, une relation au centime près:

18 septembre 1961: signature d'un contrat pour une exposition aux Etats-Unis.

La galerie reversera 33% des ventes réalisées et Cordier financera les plexiglas nécessaires pour les pièces qu'Arman doit fabriquer.

Arman proposait de vendre ses oeuvres au tarif de 0,15 Nouveaux Francs le centimètre cube pour les oeuvres allant jusqu'à 10 000 centimètres cube, avec un tarif dégressif ensuite. Par exemple, il a proposé de vendre pour 17920 Nouveaux Francs une accumulation de brocs de 448 000 centimètres cube.

15 mars 1962: Arman reprend 5 pièces de l'exposition chez Cordier-Warren et suspend son accord de représentation aux Etats-Unis avec Daniel Cordier.

Daniel Cordier : Arman, au bout de quelques mois il est allé chez Sidney Janis, qui était un galeriste beaucoup plus connu. Il faut vous dire que j’ai assez vite abandonné la galerie de New York. Mon associé avait d’autres goûts, et il envisageait ça d’une manière différente.

Comment cela s'est-il passé avec Arman?

Daniel Cordier : Arman était un homme d’affaires. Arman était un remarquable artiste mais il était un homme d’affaires et il organisait tout. Ill aurait dû faire une "Oeuvre", comme Marcel Duchamp

Est-ce que vous voulez dire qu’Arman aurait dû s’arrêter comme Marcel Duchamp ?

Daniel Cordier : Arman a fait une poubelle, c’était extraordinaire, s'il avait été Duchamp il se serait arrêté là.

Aujourd’hui c’est un peu ce qui se passe autour des œuvres d’Arman, le danger c’est une œuvre qui tournait autour de la même idée . Il aurait dû s’arrêter là.

Arman a inventé quelque chose et il en a fait une affaire. Il a gagné sa vie avec ça.

Marcel Duchamp, lui, tout abandonné, mais cette œuvre là est le résumé de tout ce qu’il peut

faire. C’est son intérêt unique et si l’on veut voir une œuvre majeure du XXe siècle il faut aller

à Philadelphie et se trouver en face du Grand Verre il n’y a pas d’autres moyens.

Epilogue et commentaire : Daniel Cordier et Michel Warren n’ont pas vraiment cru en Arman.

Aux Etats-Unis, Warren a été effaré de voir Arman s'extasier devant des poubelles remplies de canettes de bière, "les Joconde de demain", comme il disait.

Au moment de faire les comptes, Arman s’est fâché avec Cordier et Warren.

Rétrospectivement Daniel Cordier véhicule sur Arman un discours proche de ceux qui pensent qu'Arman a tout inventé avant 1970, sans voir comme sa grammaire a investi de nouveaux territoires dans les années 90.

Arman, Ainsi font font font
Arman, Ainsi font font font © Christine Siméone / Christine Siméone

Daniel Cordier a fait don au Centre Pompidou d’un Cachet d’Arman de 1958. Il n’ a pas donné parce qu’il y tient l’accumulation de mains de poupées, Ainsi font font font, qu’il a placée parmi les objets qu’il côtoie au quotidien.

Sur le net, avec Annelise Signoret

Daniel Cordier & Michel Warren 978 Madison 1960Affiche (Sérigraphie, estampe, 65 x 50 cm) réalisée par Jean Dubuffet pour la galerie Cordier-Warren de New York

Cordier a également étét le galeriste de Louise Nevelson. 1964 : long entretien avec Louise Nevelson : transcription et fichier son (seulement un extrait en ligne, l’intw fait plus de 4 heures) Elle y évoque Daniel Cordier, qui a contribué à faire découvrir son œuvre en France3 lettres adressées à Daniel Cordier par l’agent de Louise Nevelson (années 1960-1962)

blogcs signature C Simeone
blogcs signature C Simeone © Radio France / C Siméone

Je rappelle que ce blog est largement consacré à Arman, au Nouveau Réalisme, et à toutes les formes d'art qui incluent l'objet comme matériau de création.

Textes Copyright Christine Siméone.

Photos Copyright Christine Siméone sauf indication autre.

Au sujet d’Arman, le site historique

Remerciements à

Gilles Marsault, et Valeria Emanuele, au web de France Inter twitter.com/valeriae

Annelise Signoret, du service documentation de Radio France __

Sophie Raimbault, assistance du service Culture de la rédaction de France Int

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.