Auteur de la fameuse "Saga Malaussène", lauréat du prix Renaudot en 2017 pour "Chagrin d'école", Daniel Pennac vient de publier "La loi du rêveur". Au micro de "Grand Bien Vous Fasse", il est venu partager sa conception de la vie, du rêve, du bonheur, et ce sentiment de fraternité qui a tant inspiré son oeuvre.

L'auteur Daniel Pennac lors de la présentation au festival de Rome du film "Au Bonheur des Ogres"
L'auteur Daniel Pennac lors de la présentation au festival de Rome du film "Au Bonheur des Ogres" © Getty / Alessandra Benedetti

Dans son dernier livre, "La loi des rêveurs", Daniel Pennac commence par cette citation de Federico Fellini : 

Lorsque j'avais six ou sept ans, j'étais convaincu qu'il existait deux vies, l'une où l'on vivait les yeux ouverts et l'autre les yeux fermés.

Dans un entretien qu'il a accordé à Ali Rebeihi, Daniel Pennac nous raconte l'importance du rêve pour lui, en quoi il est un moteur de sa littérature. Il nous révèle également qu'il n'accorde que peu d'importance à son interprétation. 

Enfin il nous livre un de ses grands secrets pour lutter contre la mélancolie. Éternel enthousiaste, l'auteur dévoile ce que la littérature a fait pour lui, et peut faire pour vous. 

Le rêve comme "matière première pour les romans"

"Fellini, avant d'être cinéaste, était dessinateur" raconte Daniel Pennac. "Il rêvait énormément et, un jour, il a rencontré un psy qui lui a recommandé de les noter et les dessiner. Alors on a ces pages magnifiques que vous trouverez dans "Le livre de mes rêves". Il rend parfaitement compte de ce que sont nos rêves. 

L'écrivain dit aussi : "Les rêves sont des images qui créent des sensations et en dehors de ça, quand nous rêvons, il n'y a de place pour rien. Nos rêves sont pleins comme des œufs". 

S'il y a un endroit qui est impropre à la rêverie, c'est le rêve. Dans un rêve, on ne rêvasse pas. Dans un rêve, on bosse, on produit de l'image et on ressent, c'est de l'énergie à l'état pur.

" Et quand je me réveille, cette énergie - et c'est pour ça que je tiens le journal de mes rêves - je l'utilise à des fins de récit. C'est un garde d'images et un garde sensations, c'est de la matière première pour les romans".

"Si on ne rêve pas, on meurt" 

"Je crois que le rêve est une fonction vitale" note Daniel Pennac. "Quelque chose me dit que si on nous empêchait de rêver, nous mourrions. J'ai longtemps cru que c'était une vérité scientifique et là, je viens de rencontrer une neuro physicienne qui m'a montré l'inverse : aujourd'hui, du point de vue des neurosciences, on n'a aucun moyen de mesurer le lieu du cerveau où le rêve se déclenche et l'exactitude de son utilité réelle". 

Moi, je prétends que si on ne rêve pas, on meurt, mais ce n'est qu'une intuition

"Ce qui m'intéresse" ajoute-t-il, "c'est l'exploitation éhontée du potentiel narratif d'un rêve, c'est un potentiel de récit absolument incroyable [...] La psychanalyse m'intéresse en tant que fait culturel et il ne faut jamais la négliger non plus parce que c'est quelque chose qui a manifestement fait beaucoup de bien à énormément de gens, mais en tant que thérapie, je n'en avais pas besoin."

Son remède à la mélancolie

"Je sais d'où je viens et je viens d'un tempérament familial plutôt mélancolique, avec des gens assez solitaires de tempérament, avec une propension au sentiment de culpabilité fort, de dépréciation de soi. 

Pour m'en sortir, pour prendre de la distance avec ce moi-là, je n'ai pas trouvé de meilleure solution que de fréquenter les autres.

Enfant, j'ai été pensionnaire, j'ai été parmi les autres. Ensuite, j'ai été professeur pensionnaire avec des enfants et des ados qui avaient de gros problèmes donc j'ai toujours vécu en collectivité et ça m'a fait le plus grand bien parce que ça m'a évité de mener une vie mélancolique et râleuse". Pour l'auteur, un ami idéal est : 

Il est optimiste, il est entreprenant, il est marrant, il est réfléchi, il est apaisant

L'amitié n'est pas exclusive, elle est pleine et à la fois ouverte, pas comme l'amour, où dans notre civilisation, il est à la fois entier et exclusif."

Réconcilier les gens avec la lecture

"Vous avez les gens qui vous disent qu'ils n'ont pas le temps de lire. Ce sont tout simplement des gens qui ont perdu l'habitude, la faculté du choix de pouvoir lire. Mais c'est exactement comme si on vous disait : "Je n'ai pas le temps d'aimer". Quand tu tombes amoureux, tu tombes amoureux, ce n'est plus une question de temps ! Avec la lecture, c'est exactement le même rapport mais il faut juste réconcilier ces gens-là avec la lecture. 

On lit toujours contre le temps social

On lit dans le métro, on lit contre la pluie, on lit en douce au boulot, on lit au lieu de faire ses devoirs, au lieu de corriger ses copies, on lit toujours contre le temps". 

Le livre qui vous a réellement aidé à vivre ? 

"Le livre de l'intranquillité" de Fernando Pessoa, j'ai un amour infini pour cet auteur parce que c'est une œuvre de sensations. Dans ce livre, il décrit indéfiniment la nature de cette sensation d'être au monde. 

Chez Fernando Pessoa, il y a cette sensation permanente d'être là chez lui. La description qu'il fait de la sensation vous englobe complètement

J'ai la sensation d'être né par curiosité et j'aimerais bien mourir par curiosité aussi

Aller plus loin 

🎧 RÉÉCOUTER - Grand Bien Vous Fasse, Le bonheur selon l'écrivain Daniel Pennac

📖 LIRE - Daniel Pennac, La loi du rêveur (éditions de Gallimard)

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