Dans ses locaux à la Défense, la Société Générale accueille depuis la semaine dernière une exposition consacrée aux artistes roumains. Mais au matin du vernissage, une intervention de l'artiste Mircea Cantor a été effacée d'une salle d'exposition. Un "malheureux concours de circonstance" pour les organisateurs.

Sur Instagram, Mircea Cantor a protesté contre l'effacement de son oeuvre
Sur Instagram, Mircea Cantor a protesté contre l'effacement de son oeuvre © Capture d'écran Instagram

"Lux, une énergie roumaine" : c'est le nom de l'exposition qu'accueille la Collection d'art Société Générale depuis le 29 novembre et jusqu'au mois d'avril, dans le cadre de la Saison France-Roumanie (dont l'entreprise est mécène). Cette exposition, qui se déroule au siège de la banque à la Défense, montre le travail de sept artistes roumains, dont Mircea Cantor, connu notamment pour avoir remporté le prix Marcel Duchamp, plus haute distinction de l'art contemporain en France, en 2011.

"Ciel Variable"

Mais sur son compte Instagram, l'artiste a posté, vendredi, au lendemain du vernissage, une publication au ton amer. Sur la photo, on le voit en plein travail, écrivant, avec la flamme d'une bougie, les mots "Ciel Variable" sur le plafond de l'une des salles d'exposition. Le message qui accompagne la photo affirme : "Quand votre cadeau est pris pour un acte de vandalisme. Merci à la Collection Société Générale. Cette oeuvre n'est plus dans l'expo". 

En effet, l'intervention de Mircea Cantor a été nettoyée, jeudi avant le vernissage, par les équipes du lieu. Contactée par France Inter, la Société Générale a expliqué ce qu'il s'était passé : "L'artiste avait émis le souhait d'une performance le soir du vernissage, qui consistait en la mise à feu d'un fil de dynamite. Nous avons été contraints de refuser pour des raisons de sécurité" explique un porte-parole de l'entreprise, qui souligne que l'exposition prend place dans un immeuble de 36 étages qui accueille les salariés de la banque. 

"C’est un cadre inhabituel d’exposition : nous avons choisi, comme la Société Générale est très investie dans les relations avec la Roumanie, de faire un pas de côté et de toucher un public qui n’est pas habitué à ce genre d’œuvres", explique Estelle Francès, commissaire de l’exposition. "Nous avions donc les contraintes d’un lieu qui est aussi un lieu de travail, avec de nombreux espaces sécurisés", ajoute-t-elle.

Geste imprévu

Selon ce porte-parole de la Société Générale, Mircea Cantor s'est vu suggérer de proposer une autre performance : "Nous n'avons pas reçu de proposition. Mais la veille du vernissage, il a réalisé cette intervention, sans prévenir qui que ce soit". La veille du vernissage, l’artiste et la commissaire d’exposition étaient dans les lieux de l’expo : "La frustration de n’avoir pas pu réaliser l’œuvre initialement prévue était grande, et Mircea a ressenti le besoin d’accomplir un geste", explique Estelle Francès.

"Le lendemain matin, les services immobiliers du bâtiment l'ont vue et nettoyée", explique la Société Générale. L’inscription a donc été recouverte par les services venus apporter les dernières finitions à l’exposition. "C’est un acte qui nous a particulièrement marqués sur le moment, surtout Mircea et moi", raconte la commissaire de l’exposition, "car même si cette œuvre n‘était pas prévue, _elle montrait que dans son geste, il n’y a pas de frontières_, cela contribuait à la cohérence de l’exposition".

"Nous sommes désolés"

"Nous sommes désolés de ce concours de circonstances malheureux", affirme la Société Générale, qui explique ne pas avoir repris contact avec l'artiste depuis cet incident. De son côté, Mircea Cantor, également contacté par nos soins, a déclaré : 

De ma part, mon geste était tout ce que j'avais à dire dans ce contexte. 

"Ciel Variable" est une intervention que Mircea Cantor a déjà réalisé dans d'autres lieux. Plusieurs de ses œuvres sont par ailleurs toujours visibles dans l'exposition au siège de la Société Générale - dont l'affiche montre notamment l'un de ses travaux. 

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