Avant d’être Bowie, David s’appellait Robert Jones. David Robert Jones . Ce nom claque comme un drapeau pirate, et n’est pas sans rappeler Davy Jones, expression désignant l’esprit de la mer. David n’a pas choisi la vocation de pirate mais celle de chanteur de rock, qui n’en est finalement pas très éloigné. Il ne conserva pas non plus son nom. Comme toute légende a une origine, revenons sur David avant Bowie.

A mes débuts, je ne savais pas vers quelle direction aller sur le plan artistique. Certains voulaient faire de moi un artiste de cabaret, d’autres un compositeur. Je ne voyais pas quelle solution adopter. Il y a, je dois dire, beaucoup de gens qui m’ont influencé : Elvis Presley, Little Richard, Jacques Brel. Des jazzmen comme Charlie Mingus , Eric Dolphy, Charles Lloyd. Et évidemment des musiciens de la décennie suivante : The Rolling Stone, The Beatles, Lou Reed, le Velvet Underground, les Small Faces, Bob Dylan.

David Bowie ,à propos de ses influences et de ses débuts - source "L'âge de la pop music", ed. Ramsay 1982

David Robert Jones avant Bowie, 1965
David Robert Jones avant Bowie, 1965 © corbis / Hulton-Deutsch

Année 1947, David est né un 8 janvier. le même jour qu' Elvis Presley... de quoi interroger les astrologues sur l’importance de cette date dans l'histoire de la musique. L’univers familial de David, celui de son enfance est bercé entre les notes qui s’échappent de la clarinette de son grand-père et les disques de jazz et les livres de la « beat generation » de son demi-frère Terry, à qui il voue une totale admiration.

A l'adolescence, comme une évidence, David apprend à jouer d’un instrument. Il choisit le saxophone et le jazz devient sa passion. Il a 12 ans. Après des études au lycée technique de Bromley et une bagarre qui lui donnera ce regard si mystérieux, David trouve un job de dans une agence de pub et joue la nuit dans les clubs de Londres. Au bout de six mois, et ne pouvant plus cumuler les deux, David Robert Jones décide de se consacrer à la musique.

Nous sommes dans les années 60. Le rock avecles Beatles et les Rolling Stones, emporte tout sur son passage. Le jazz est vieillissant et David Robert Jones s’en détourne pour cette nouvelle musique si intense. Il intègre le groupe des King-Bees , qui signe chez Decca et sort un juin 1964 le titre"Liza Jane" . Le disque est rarissime et attise l’envie des collectionneurs aujourd’hui.

Mais la concurrence est rude dans cette Angleterre qui swingue à chaque coin de rue et ce 45 tours est un échec. David Robert Jones se lance alors dans une autre aventure avec un groupe dont le nom change en fonction de l’envie mais dans lequel on retrouve toujours le nom de David Jones devant le nom de ce "backin' band", histoire de bien faire comprendre, déjà, qui est la vedette.

Les David Jones and The Lower Third ou encoreDavid Jones and the Buzz roulent en ambulance et porte les cheveux mi-longs façon Mod. Lors des concerts, son groupe partage l’affiche des concerts avec le groupe High Numbers d’un certain Pete Townshend , futur The Who.

A ma connaissance, leur guitariste Pete Townshend est, avec moi, un des rares musiciens à écrire des textes de qualités.

David A propos de Pete Townshend - source "L'âge de la pop music", ed. Ramsay 1982

David, accompagné de son groupe, joue au Marquee Club de Londres (où il rencontre une de ses fans les plus fidèles) et se fait remarquer par un publicitaire, Ken Pitt , qui décide de prendre en main la carrière de l’artiste. David vient de signer dans la maison de disque, qui signa également les Kinks : Pye . Nous sommes en 1965 et cela fait seulement deux ans que David Jones s’est lancé. LaBBC lui propose un passage un télé… A condition que le jeune homme veuille bien se couper les cheveux. David refuse et voit l’opportunité lui passer sous le nez. Qu’importent les galères financières, Papa et Maman Jones accueillent leur fiston quand il a besoin de soutien et lui permettent d’aller de l’avant.

Chez Pye, il enregistre son premier single quand Ken Pitt son manager et publicitaire, le prévient qu’un producteur américain s’apprête à lancer un version américaine des Beatles, Les Monkees et qu’un des membres du groupe, un anglais, se nomme Davy Jones

David n’est pas encore assez connu et sent que cet autre rocker de la couronne, passé sous la bannière étoilée, pourrait porter à confusion. Il faut absolument changer de nom, et c’est encore possible puisque son premier single n’est pas encore sorti. David choisi Bowie comme il choisira par la suite sa galerie de personnages qui feront son succès. Le 14 janvier 1966 sort avec son groupe « Can’t help thinking about me » . L’introduction n’est pas sans rappeler une autre chanson deMichel Polnareff sortie le 26 avril de la même année : « La poupée qui fait non ». Mais contrairement à Polnareff, la chanson de David est un échec commercial. Pourtant, la patience de Bowie est aussi aiguisée que le couteau qui aurait inspiré son pseudonyme et son travail finira par payer. Mais tout cela est une autre histoire...

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Dossier spécial David Bowie

Merci à Thierry Dupin, programmateur musical à France Inter et à la Documentaion Musicale de Radio France.

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