Ce week-end, le Palais de Tokyo accueille pour la cinquième année consécutive le festival de performances Do Disturb. Un événement survolté, où les performances les plus barrées côtoient des propositions artistiques extrêmement pointues, avec beaucoup de références à la culture populaire et aux artistes pop.

Dans un des espaces du Palais de Tokyo, une plage géante a été reconstituée pour l'une des performances
Dans un des espaces du Palais de Tokyo, une plage géante a été reconstituée pour l'une des performances © Radio France / Julien Baldacchino

Là, une plage géante sur laquelle, pendant six heures, des performeur.se.s jouent l’histoire d’un journaliste échoué sur une plage après avoir sabordé un paquebot. Plus loin, l’artiste Yoan Sorin, pour enlever la haine en lui, devient Yoa Sori et se balade avec un N géant sous le bras. Et à quelques pas de là, un bar où verres de gin et d’eau se mélangent sans distinction. Vous y croiserez peut-être un yéti orange féru d’art contemporain. 

Vous n’êtes pas dans un trip sous une substance plus ou moins licite, mais au cœur du festival Do Disturb, l’événement annuel consacré à l’art de la performance artistique organisé au Palais de Tokyo. Comme chaque année, plusieurs dizaines d’artistes plasticien.nes performeur.se.s ou chorégraphes se rassemblent dans ce lieu d’art de Paris le temps d’un week-end. 

"La performance, c'est un instantané de l'époque à laquelle on vit"

Mais ne vous y méprenez pas : la performance n’est pas la forme d’art la plus difficile d’accès, bien au contraire. Quelque part à mi-chemin entre la danse, le théâtre et l’art contemporain, Do Disturb est un événement survolté, où les performances les plus barrées côtoient des propositions artistiques extrêmement pointues. “Je fais le choix chaque année de présenter des pièces très exigeantes et d’autres très faciles d’accès”, explique la commissaire du festival, Vittoria Matarrese. “Ainsi, le public se retrouve parfois fasciné par des installations pointues qu’ils ne seraient jamais venus voir autrement”.  

Et cette année, parmi les lignes directrices du festival, on retrouve de nombreux clins d’œil à la culture pop. Des chanteurs et chanteuses pop aux icônes du cinéma ou de la télé, les jeunes artistes qui participent à Do Disturb se retrouvent autour de ces références. “Ce n’est même pas quelque chose que j’ai recherché en faisant la programmation. Ce qui est beau dans les performances, c’est que ça donne une idée de la température du moment”, se félicite Vittoria Matarrese.  

Beyoncé en tarot et en bulgare 

Parmi les icônes de la pop, la chanteuse Beyoncé apparaît comme une source d’inspiration pour de nombreux artistes. Queen B devient tour à tour oracle dans un jeu de tarot conçu par l’artiste Jimmy Beauquesne, aux côtés d’autres figures de la culture populaire comme Miley Cyrus, Lady Gaga ou Rihanna. Et Gery Georgiva interprète les chansons de la reine de la pop dans sa langue natale, le bulgare, et en costume traditionnel.  

Beyoncé n’est pas la seule à avoir les honneurs des jeunes artistes contemporains : l’artiste Ophélie Demurger se glisse dans la peau de Céline Dion et prend sa place dans un clip - ou du moins, elle se superpose à l’image de Céline. Une façon d’interroger les stéréotypes féminins... tout en faisant fredonner “Je sais pas” au public.  

Bisous, pogos et festivals 

Dans sa performance “Allô le bled”, l’artiste Sara Sadik imagine un univers, La Puenta, dont le président s’appelle “Jul Saint-Jean". Une référence au rappeur Jul, dont l’autre pseudonyme est Saint-Jean-La-Puenta. Quant à l’américain Harley Swedler, il rejoue, à sa façon, les clips des stars de la pop, avec une synchronisation des lèvres la plus parfaite possible, de "Copacabana" à "Kung-fu fighting". À Do Disturb, cet artiste, aussi designer, sera également perché sur un XO géant, pour faire des bisous au public.  

Le collectif (La)Horde, connu notamment pour son travail avec Christine and the Queens, propose une œuvre autour de l’atmosphère des festivals de musique, nommée Cultes - et présentée en avant-première dans le cadre de Do Disturb. Devant un écran géant présentant un film tourné par les artistes du collectif, un mini-microcosme de festival se déploie, avec danseurs, spotlights... et stand de tatouage.  

Le cinéma et la télé en ligne de mire 

La musique n'est pas le seul univers à passer à la moulinette des artistes. Mehdi Besnainou s'inspire pour sa part de la télévision, et en particulier des late-shows américains, comme ceux de Jimmy Fallon ou James Corden, pour créer sa propre émission de télé... faite maison. Dans cette émission qu'il "jouera" au Palais de Tokyo à plusieurs reprises ce week-end, il mixe pratiques artistiques (dessin, chant) et morceaux de show télévisuel, sur une sorte de plateau qu'il a conçu.

Vue de l'une des installations de Mehdi Besnainou
Vue de l'une des installations de Mehdi Besnainou / © Alexandre Zimmermann

Enfin, du petit au grand écran, dans son installation Blonde-demand, Lacey Dorn se glisse dans la peau de dizaines d'actrices mythiques du cinéma pour rejouer leurs scènes mythiques à la demande du public. Elle-même actrice à Hollywood, elle défend aussi cette démarche artistique. Une nouvelle fois, ce sont les stérétotypes culturels qui sont interrogés, et en particulier ceux du cinéma : de Sharon Stone à Marylin Monroe, toutes les actrices qu'elle interprète sont blondes. C'est l'une des performances qui s'annoncent les plus impressionnantes, tant la comédienne a réussi à maîtriser et à reproduire le rythme, l'humeur et les mimiques des scènes qu'elle reproduit. 

Vue de l'installation "Blonde-demand" de Lacey Dorn
Vue de l'installation "Blonde-demand" de Lacey Dorn / © Christopher Stach (Paul Kasmin Gallery)
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