L’exposition "Le Modèle noir, de Géricault à Matisse", se tiendra au musée d’Orsay à Paris, à partir du 26 mars 2019. Une occasion d’en savoir un peu plus sur la représentation des personnes de couleur noire dans la peinture européenne du XVIIIe au XXe siècle.

Edouard Manet (1832-1883) Olympia - 1863  Paris, musée d'Orsay
Edouard Manet (1832-1883) Olympia - 1863 Paris, musée d'Orsay © ©RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

Exposée à New-York, Le modèle noir, de Géricault à Matisse posera ses valises en France, au musée d’Orsay à Paris, du 26 mars au 21 juillet 2019, avant de s’exporter en Guadeloupe au Mémoriel de Pointe-à-Pitre. "Que la France s’attribue cette exposition était important", assure Naïl Ver-Ndoye, auteur du livre Noirs, entre peinture et histoire

Déjà peint au Moyen-Âge, la représentation physique et symbolique du sujet noir a évolué au fil des siècles. "La couleur noire ne reflétait pas les couleurs et le pigment coûtait relativement cher. D’ailleurs, les Noirs étaient tous représentés de la même façon, sans distinctions et avec les mêmes faciès", indique Naïl Ver-Ndoye. Il faudra attendre le XVIIIe siècle pour que de nouveaux pigments permettent de mieux travailler les couleurs et les reliefs des visages. 

Peinture de Jean-Léon Gérôme, Le barde noir, sur la couverture du livre de Naïl Ver-Ndoye et Grégoire Fauconnier
Peinture de Jean-Léon Gérôme, Le barde noir, sur la couverture du livre de Naïl Ver-Ndoye et Grégoire Fauconnier / Omniscience éditions

Symbole de richesse 

Au XVIIIe siècle, les œuvres d’art représentant des Noirs apparaissent notamment sur les tableaux de l’aristocratie française. "Cette période est marquée par la fin de l’esclavage. Malgré tout, posséder un jeune noir, dit négrillon, était considéré comme un symbole de richesse", précise Naïl Ver-Ndoye. Ce n'est qu'en 1817 que la traite des esclaves est interdite, l'esclavage perdurera jusqu’en 1848 donc  au XVIIIe siècle plusieurs tableaux mettent en scène des domestiques dans les portraits de famille. Ceux-ci sont souvent agrémentés d’une tasse de café ou de thé afin de souligner l’aisance familiale. La personne noire était alors considérée comme un élément de valeur. À noter que les Noirs étaient souvent représentés afin de situer l’endroit où la scène se déroulait : sur un bateau avec des Blancs, cela signifiait que l’on était dans les Caraïbes. 

Esclavage et émancipation

Étonnamment, l’esclavage n’a constitué qu’une petite partie de la représentation des Noirs sur les toiles, car finalement, peu de peintures figurant l’esclavage ou la colonisation ont été retrouvées.

À partir de 1848, date de l’abolition de l’esclavage, certains artistes vont commencer à dénoncer la maltraitance des Noirs, comme Marcel Verdier dans Le châtiment des quatre piquets représentant une scène de châtiment corporel en 1838.  

"C’est l’une des seules œuvres où l’on voit réellement ce qui se passe dans les colonies", affirme Naïl Ver-Ndoye. D’un côté du tableau, se trouvent les maîtres blancs. De l’autre, un homme noir est attaché et fouetté par un autre noir. "Il y a très peu de scènes de ce type en peinture car ce n’était pas vendeur. Peu de peintres sont partis dans les Antilles et je ne pense pas que les maîtres de plantation les auraient laissé faire", ajoute-t-il. 

Le châtiment des quatre piquets, peint par Verdier (Menil Foundation)
Le châtiment des quatre piquets, peint par Verdier (Menil Foundation) / .

Le portrait d'une négresse, en 1800, rebaptisé aujourd'hui Portrait d'une femme noire, par Marie-Guillemine Benoist est considéré comme une célébration de l'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises. Cette oeuvre est aujourd'hui au Louvre. La peintre a réalisé ce portrait de femme noire à l'égale d'une femme blanche, en témoigne sa posture fière. Elle n'est pas en position de dominée ou d'esclave, mais peinte pour elle-même. Ce tableau a été appelé aussi la "Fornarina noire" en référence au portrait de "la Fornarina" par Raphaël, grand classique de la peinture de la Renaissance italienne. 

Portrait d'une femme noire par Marie-Guillemine Benoist en 1800
Portrait d'une femme noire par Marie-Guillemine Benoist en 1800 / Domaine Public

Quant au célèbre tableau Le radeau de la méduse de Géricault, où le personnage principal est un métisse que l’on voit de dos, il est le symbole d’un désir de liberté et une critique de la traite négrière. Ce métisse s'appelle Joseph, dit Joseph l'Africain. Il venait de Saint-Domingue, un modèle bien connu par les peintres qui le faisait poser pour leurs portraits d'hommes noirs.

Le radeau de la Méduse -Géricault - 1818
Le radeau de la Méduse -Géricault - 1818 / Domaine Public

Considéré comme précurseur de l'impressionnisme, le peintre Frédéric Bazille a peint notamment deux femmes noires en 1869 et 1870, deux domestiques noires, l'une en portrait devant un bouquet de fleurs, l'autre au service de sa maîtresse lors de la toilette. 

En 1870, Frédéric Bazille peint une Jeune femme aux pivoines (Musée Fabre à Montpellier)
En 1870, Frédéric Bazille peint une Jeune femme aux pivoines (Musée Fabre à Montpellier) / Domaine Public
Frédéric Bazille, La toilette, 1869 (Musée Fabre- Montpellier)
Frédéric Bazille, La toilette, 1869 (Musée Fabre- Montpellier) / Domaine Public

De hiérarchie raciale à stéréotype 

Au début du XXe siècle, la hiérarchie raciale va se transformer en stéréotype. Il est ainsi question de remettre la personne noire dans un décor fait de fruits et de feuilles, comme si le sujet était dans son environnement naturel. Puis, arrive des peintres comme Picasso et Matisse. À titre d’exemple, Pablo Picasso va insérer dans ses toiles des caractéristiques propres à l’art africain. Quant à Henri Matisse, l’artiste peint "Aïcha et Lorette", célèbre tableau mettant en scène Aïcha, une martiniquaise connue des spectacles parisiens et considérée comme la première Joséphine Baker.

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