L'échange de prêts à l'occasion des 500 ans de la mort de Léonard de Vinci et de Raphaël met à mal la diplomatie culturelle entre la France et l'Italie. La restitution des biens culturels est depuis quelques années une vraie problématique, notamment pour les pays africains.

Un visiteur prenant en photo le tableau de Léonard de Vinci "La Vierge et l'enfant avec Sainte Anne" en 2012
Un visiteur prenant en photo le tableau de Léonard de Vinci "La Vierge et l'enfant avec Sainte Anne" en 2012 © AFP / Jacques Demarthon

Franck Riester, le ministre français de la Culture, rencontre ce jeudi son homologue italien Alberto Bonisoli pour faire le point sur l'échange d'œuvres entre la France et l'Italie, à l'occasion des 500 ans de la mort de Léonard de Vinci et de Raphaël. Le musée du Louvre a d'ores et déjà programmé une exposition dédiée à Léonard de Vinci du 24 octobre 2019 au 24 février 2020.

Mais l'exposition est-elle menacée ? La question est légitime au vu des tensions entre l'Italie et la France depuis quelques mois. En Italie, Lucia Borgonzoni, actuelle sous-secrétaire d’État aux Biens et Activités culturelles, et membre de la Ligue, accuse la France d'appropriation culturelle. Elle remet en cause l'accord prévoyant que l'Italie prête à la France les tableaux de Léonard de Vinci, en vue de la grande exposition du musée du Louvre.

À l'origine, les deux pays s'étaient accordés lors du sommet franco-italien en septembre 2017 "sur une aide réciproque pour l'anniversaire de Léonard et celui de Raphaël." En échange des prêts italiens, le Louvre devait également remettre des œuvres de Raphaël (1483-1520) à un musée de Rome pour une prochaine exposition.

Cette brouille entre les deux pays n'est pourtant pas une première. La France est, depuis quelques mois, confrontée aux demandes répétées de certains pays, en particulier africains, pour la restitution de biens culturels.

La moitié des objets d'art africain en France ont été acquis pendant la période coloniale

Le Bénin et le Sénégal sont depuis plusieurs mois très actifs sur la question de la restitution de biens culturels. Les pays européens comme la France, la Belgique, l’Allemagne et le Royaume-Uni, anciens pays coloniaux par définition, restent sollicités par ces pays africains pour la remise d'œuvres d'art. Selon les experts, 85 à 90% du patrimoine africain serait localisé hors du continent, principalement dans les musées européens.

La France, par l’intermédiaire du chef de l’État, a pris fin 2018 une décision forte sur la base d'un rapport portant sur la restitution des œuvres africaines par la France, qui élaborait quelques recommandations. Elle a remis au Bénin des statues royales d’Abomey pillées par l’armée française en 1892 lors de la prise de guerre du général Dodds dans le palais de Béhanzin, détenues jusqu'alors par le musée du quai Branly.

Emmanuel Macron, soucieux des demandes de pays africains, a décidé d'instaurer un dialogue et compte réunir "au premier trimestre 2019 l’ensemble des partenaires africains et européens" à Paris pour délimiter le cadre d’une véritable politique d’échanges d’œuvres d’art.

Pays à bénéficier de cette politique culturelle :  la Côte d'Ivoire. Le pays recevra à la fin 2019, 148 objets d'art sortis du pays, dont un célèbre tambour de l'ethnie des Atchans, qui devrait revenir au Musée des civilisations de Côte d'Ivoire. Maurice Kouakou Bandaman, le ministre de la Culture et de la Francophonie ivoirien avait annoncé la nouvelle lors d'une déclaration le 19 décembre 2018, et salué la décision du président français. 

En novembre dernier, le Sénégal, suivant la logique du Bénin, a aussi affiché sa détermination à récupérer "toutes" ses œuvres d’art. Lors de la présentation du Musée des civilisations noires, voulu par le poète et premier président du pays Léopold Sédar Senghor, le ministre de la Culture sénégalais Abdou Latif Coulibaly a déclaré, devant la presse : "S’ils ont décidé une autre forme de restitution, dépôt ou prêt, nous sommes disposés à trouver des solutions avec la France." 

Aujourd'hui, on estime qu'au moins 90 000 objets d'art africain sont dans les collections françaises, dont 70 000 au Quai Branly. 46 000 ont été acquis durant la période coloniale, précisément entre 1885 et 1960. Les 20 000 autres objets d'art sont répartis dans d'autres musées.

La France refuse de rendre le canon de Baba Merzoug, exposé à Brest

Le canon de Baba Merzoug (aussi appelé "La Consulaire"), cette pièce d'artillerie longue de sept mètres de long actuellement exposé dans la cour de l'arsenal à Brest et surmontée d'un coq, cristallise les tensions entre la France et l'Algérie. La France refuse de le rendre. L'argument avancé ? Ce canon fait partie de son patrimoine militaire. Il "a servi" à tuer des marins, des chrétiens ainsi que le consul français Jean Le Vacher en 1683, puis emmené par l'armée française lors de la prise d'Alger en 1830. 

L'Algérie réclame également d'autres œuvres d'art qui ont été exposées au Musée des Beaux-Arts puis ramenées par la France lors de la guerre d'indépendance. Le Maroc pour sa part, compte aussi porter ses demandes de restitution au gouvernement français. Une commission scientifique chargé du dossier va se constituer afin de lister les objets concernés. Reste que pour certains directeurs de musées européens, l'état actuel de certaines infrastructures africaines sont un frein à la restitution de biens, avant tout constitutifs du patrimoine mondial. 

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