Connaissez-vous les auteurs-adaptateurs de doublage et sous-titrage ? Ils traduisent les répliques des films. Il leur faut parfois être inventifs pour faire passer certaines expressions d'une langue à l'autre. La Sacem leur consacre une exposition en ligne très fouillée. On a relevé quelques anecdotes.

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. © Sacem

Le doublage, ce n'est pas seulement le travail d'un comédien ou d'une comédienne qui énonce le texte, traduit, des acteurs d'un film étranger. C'est une longue chaine de travail, qui implique entre autres directeurs artistiques, traducteurs-adaptateurs, et comédiens. Certains de ces comédiens sont célèbres, comme Roger Carel, inimitable Hercule Poirot, Serge Sauvion, le Columbo des Français, ou Michel Roux, tellement doué que Tony Curtis refusait que quelqu'un d'autre ne le double dans "Amicalement Vôtre". Et que dire de Patrick Poivey, notre Bruce Willis à nous, le vrai, celui qui nous parlait directement.

Ce que ces personnages prononcent en français, ce sont des virtuoses du doublage qui le composent. Car il faut des auteurs pour réécrire en français les dialogues des films étrangers. Ils sont encore moins connus que les comédiens qui doublent. Voici quelques noms, visages inconnus et anecdotes glanés dans l'exposition en ligne que la Sacem propose en ce moment, "Devine qui vient doubler ce soir ?"

À l'origine du doublage, le maître du suspens

Avant l'invention du doublage, on tournait les scènes autant de fois que nécessaire pour les filmer en plusieurs langues. Les mêmes techniciens voyaient défiler sur le plateau des acteurs différents selon les langues interprétées. Cette solution adoptée dans les années 1930 a été peu à peu abandonnée, car trop coûteuse. Laurel et Hardy ont bien essayé de dire leurs textes dans différentes langues, mais le résultat était peu probant.

Alfred Hitchcock fut le premier à avoir l'idée de substituer une voix d'une comédienne par celle d'une autre. Dans le film "Chantage", c'est la voix de Joan Barry, anglophone, qu'on entend dans la bouche l'actrice principale, Anny Ondra, ex-star slave du cinéma muet. Hitchcock a filmé en direct Ondra avec la prise de son live de Barry. Plus tard, quand Jean Marais jouera Fantômas, c'est la voix de Raymond Pellegrin qu'on entendra.

Les Simpson, avec ou sans gros mots ? 

Les Simpson
Les Simpson / Capture

Dans le milieu de l'adaptation cinématographique ou de séries télé, un couple s'impose dans le paysage. Il s'agit de Juliette Vigouroux et Alain Cassard. Ils sont derrière les versions françaises de "La Leçon de Piano" et des films "Harry Potter". Rien que ça. La série "Les Simpson" leur a été confiée comme si c'était un dessin animé pour enfants, avec interdiction d'utiliser des mots grossiers. La série était diffusée sur Canal + au début, et c'est un superviseur de la Fox qui vérifiait les traductions des Cassard/Vigouroux. Avec le temps, tout le monde s'est détendu, et ils ont pu donner à Homer et Marge, ainsi qu'à leur famille, la liberté de ton qui fait le sel de la série.

Toutefois, parler de liberté en matière de doublage relève aussi du casse-tête chinois. Chez les Simpson, il est souvent question de marques, de personnalités américaines, et il faut adapter tout cela avec des références internationales que les Français comprendraient, sans être franchouillards. Si vous avez entendu parler de Danièle Gilbert ou Mamie Nova dans les Simpson, il semble que ce ne soit pas du fait des Cassard/Vigouroux, mais de modifications apportées par les comédiens au moment de l'enregistrement.

"Il est tellement idiot qu’il croit que Pearl Harbor est une actrice de cinéma"

"Un poisson nommé Wanda"
"Un poisson nommé Wanda" / Capture

Si vous êtes fan du film "Un poisson nommé Wanda", vous avez peut-être en tête cette réplique : "Il est tellement idiot qu’il croit que Pearl Harbor est une actrice de cinéma". Ces mots sont prononcés par le personnage Otto West (joué par Kevin Kline) pour qualifier la bêtise de l'avocat Archie Leach (joué par John Cleese). La réplique initiale en anglais était : "He is so dumb that he thinks the Gettysburg Adress is the place where Lincoln lives", et faisait référence via un jeu de mot au célèbre discours ("adress" en anglais) de Lincoln.

On doit cette traduction imagée, avec la comparaison entre Pearl Harbor et un nom d'actrice, à Philippe Videcoq, l'une des légende du métier. Philippe Videcoq est responsable des adaptations françaises de "L.A. Confidential", "The Matrix", "Le Temps des Gitans", et de beaucoup d'autres films marquants. Il a beaucoup travaillé pour des films Disney, et adapté "Pocahontas", "Aladdin" ou "Peter Pan". Si Buzz l'éclair a pour maxime "Vers l'infini et au-delà !" et non pas "Vers l'infini et bien plus loin encore" comme au Québec, c'est à son sens de la formule, acquis dans le monde de la publicité où il a travaillé étant jeune, qu'on le doit. 

Goldorak, c'est lui

Goldorak
Goldorak / Capture (épisode 76)

Vous savez peut-être que Michel Gatineau est la voix de l'inspecteur Derrick en France. Il est la voix française de Horst Tappert et de Michael Landon. Mais ce ne sont pas là ses plus grands mérites. Certains se souviennent peut-être de Goldorak, l'un des tous premiers robots arrivés sur les écrans par le biais de l'animation japonaise.

À la fin des années 1970, Michel Gatineau a en effet pris en charge non pas le doublage, mais l'adaptation d'une série nippone qui s'appelait "UFO Robo Grendizer". Grendizer est devenu Goldorak grâce à lui, et il a aussi renommé, pour les besoins de l'adaptation, les personnages autour du super robot.

Jacqueline Cohen, entre Woody Allen et Kenneth Branagh

Elle fait partie des historiques du métiers, et elle est un exemple parmi d'autres. Jacqueline Cohen a commencé à faire du doublage en tant que comédienne. Elle a été par exemple Gloria Foster, dans "Matrix". C'est un personnage mystérieux, voyante, qui cache bien son jeu, puisqu'elle est en fait l'Oracle, un logiciel tapi au sein de la Matrice. Elle a ensuite pris en charge l'adaptation des films de Woody Allen, de "September" (1987) à "To Rome With Love" (2012). Elle s'est spécialisée dans les films tirés des œuvres de Shakespeare par Kenneth Branagh. Elle a à son actif une quarantaine de films traduits entre 1972 et 2012. Jacqueline Cohen est ainsi passé de "Crimes et Délits" de Woody Allen à "Hamlet" de Franco Zeffirelli en 1990. Pour l'année 2002, par exemple, elle a travaillé sur quatre films, "Le Pianiste" de Roman Polanski, "Frères du désert" de Shekhar Kapur, "Apartment 5C" de Raphaël Nadjari et "Hollywood Ending" de Woody Allen.

À chaque fois, il faut se glisser dans des univers différents. Les textes, le sens, leur musicalité, le rythme, les niveaux de langages ne sont jamais les mêmes. Le doublage, c'est tout ça.

>> Pour visiter l'exposition de la SACEM Devine qui vient doubler ?