Alors qu’une exposition consacrée à l’influence du roi de la pop sur l’art contemporain s'est ouverte au Grand Palais à Paris, franceinter.fr vous propose de découvrir quelques artistes qui ont trouvé en Michael Jackson une source d’inspiration.

Andy Warhol, Michael Jackson, 1984. © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Licensed by ADAGP, Paris 2018
Andy Warhol, Michael Jackson, 1984. © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Licensed by ADAGP, Paris 2018 ©

Peintres, photographes, vidéastes, plasticiens ou chorégraphes : ils sont tous, à leur façon, tombés sous le charme de Michael Jackson. Ils s’en sont inspiré, ont joué avec son image, ont représenté à travers leur regard le “roi de la pop”. C’est ce que propose d’explorer une exposition consacrée à l’influence de la star internationale sur l’art contemporain, de 1980 à aujourd’hui ; “On The Wall”, en référence à l'album “Off The Wall” de 1979.

Accessible depuis vendredi au Grand Palais et jusqu’au 14 février 2019, elle regroupe une centaine d'œuvres, déjà présentée à la National Portrait Gallery de Londres. Franceinter.fr vous propose de découvrir une sélection de ces 40 artistes que Jackson a marqué d’une façon ou d’une autre (et non, le célèbre Jeff Koons de Jackson avec son Bubbles n’en fait pas partie, il n’a pas été prêté par ses propriétaires).  

Appau Junior Boakye-Yiadom - Michael, reconnaissable parmi tant d’autres 

Qui d’autre que Michael Jackson peut-on évoquer (et reconnaître) seulement avec un simple geste, un simple vêtement ou un simple objet ? C’est le choix de l’artiste britannique Appau Junior Boakye-Yiadom en 2009, à la mort du chanteur. 

Appau Junior Boakye-Yiadom, P.Y.T., 2009 © Adagp, Paris 2018
Appau Junior Boakye-Yiadom, P.Y.T., 2009 © Adagp, Paris 2018

Cette sculpture-installation (P.Y.T. en référence à la chanson Pretty Young Thing) accueille les visiteurs dans la première salle de l’exposition et n’est autre qu’une illustration de la pause emblématique du chanteur. Le “freeze”, ce fameux équilibre : les pieds en pointe sur les orteils, chaussés des mythiques mocassins noirs.  “C’est un geste iconique ! C’est une de ses forces et c’est quelque chose qu’il a très consciemment construit. On le reconnaît, même quand quelqu’un d’autre y fait référence” souligne Vanessa Desclaux, commissaire pour l’exposition au le Grand-Palais.  

Pour la petite histoire, les ballons qui composent et maintiennent l’œuvre sont remplacés  régulièrement faisant référence “aux efforts de celui qui cherche à entretenir l’image qu’attend de lui le public”, explique l’artiste dans le catalogue de l’exposition. 

Andy Wahrol - L’avènement d’une icône pop

Voilà l’union entre le roi du pop art et le roi de la pop. C’est en 1977 que Michael Jackson croise la route d’Andy Wahrol pour la première fois. Déjà connu pour ses célèbres portraits de Marilyn Monroe ou d’Elisabeth Taylor, Wahrol sera l’un des premiers à faire de la figure du chanteur, une œuvre. En mars 1984, le magazine Time sollicite l’artiste pour réaliser la couverture consacrée à Jackson. Cette commande donnera naissance à plusieurs portraits réalisés sur soie et présentés dans l’exposition. 

Michael Jackson avait fait son entrée dans la culture pop bien avant cette rencontre. Mais quand Wahrol en fait le portrait, il va rejoindre une série très fameuse. Ça lui permet peut-être de commencer à accéder à un statut d'icône au sein des arts visuels” commente Vanessa Desclaux. On découvre aussi dans l’exposition une photographie de Wahrol montrant Michael de dos, vêtu de sa veste à paillettes lors de la tournée des Jacksons de 1984. 

Andy Warhol, Michael Jackson, vers 1984. © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Licensed by ADAGP, Paris 2018
Andy Warhol, Michael Jackson, vers 1984. © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Licensed by ADAGP, Paris 2018

Yan Pei-Ming - À chacun son Michael Jackson

La toile de Yann Pei-Ming a été réalisée récemment, en 2017, pour l’exposition. Ici, l’artiste franco-chinois - connu pour ses représentations de Mao Zedong, Barack Obama, Alexander McQueen, etc. -, revisite un portrait réalisé juste après la mort du chanteur en 2009. Mais il ne représente par Jackson avec son dernier visage. Non, il lui donne celui qu’il a découvert en arrivant en France, dans les années 80.  

C’est de ce Michael dont il se souvient. On se souvient tous d’un Michael Jackson différent. Les artistes, et en particuliers ceux qui ont décidé de le représenter après sa mort, l’ont tous peint à l’instant T qui est celui qui incarne le plus pour eux le moment d’affection qu’ils ont pour lui”, précise la commissaire de l’exposition. 

Yan Pei-Ming, In Memory of Michael Jackson, 1958–2009, 2017. © Adagp, Paris 2018
Yan Pei-Ming, In Memory of Michael Jackson, 1958–2009, 2017. © Adagp, Paris 2018

Dawn Mellor - Vous avez dit monstrueux ?

Avec ses clips, Jackson a créé, souvent fasciné. Des univers visuels, de véritables objets cinématographiques comme celui de Thriller, réalisé par John Landis en 1983 ; révolutionnaire. Dans la deuxième salle de l’exposition, une toile de Dawn Mellor réalisée en 2007 - à droite sur la photo - s’arrête sur cette fascinante transformation du chanteur en zombie, ce rapport au corps, au maquillage, à la métamorphose. On reconnaît les yeux rouges, la veste. “Un portrait terrifiant mais qui rend très bien compte du statut iconique de ce clip là” souligne Vanessa Desclaux. 

Vue de l’exposition Michael Jackson : On the Wall. Scénographie Agence Clémence Farrell © Rmn-Grand Palais.
Vue de l’exposition Michael Jackson : On the Wall. Scénographie Agence Clémence Farrell © Rmn-Grand Palais. / Didier Plowy

Il y a des images extrêmement frappantes pour les artistes et ce clip continue à les inspirer” explique-t-elle, montrant également le tableau de Jean-Luc Blanc, Le Cri - au centre - dans lequel il revisite le graphisme du clip. 

Todd Gray - Questionner la négritude

Premier musicien noir à acquérir une célébrité internationale et à transcender les barrières, stéréotypes et préjugés, Jackson n’est pas exempté de contradictions. C’est peut-être ce que questionnent les montages photos de Todd Grey. L’artiste afro-américain, ancien photographe attitré de Michael Jackson dans les années 80, a sélectionné dans ses archives une série de clichés du chanteur (pris entre 1979 et 1983). Et il interroge les origines du chanteur en superposant à chaque fois sur son visage d’autres photos réalisées bien plus tard. Des portraits d’hommes noirs anonymes, notamment, réalisés au Ghana. 

Todd Gray, Exquisite Terribleness in the Mangrove, 2014 © Adagp, Paris 2018
Todd Gray, Exquisite Terribleness in the Mangrove, 2014 © Adagp, Paris 2018

J'essaye de présenter Michael comme un sujet africain, parce qu'il n'est jamais présenté comme ça.

Au micro d’Isabel Pasquier, Todd Gray explique son oeuvre à France Inter : “J'essaye de présenter Michael comme un sujet africain, parce qu'il n'est jamais présenté comme ça, quand on parle de lui. Pour moi c'est très important de le situer dans le cadre de la diaspora africaine. Il n'est pas seulement un noir américain, pas seulement un afro-américain, il est un africain. Donc je mélange des photos de Michael avec des images prises au Ghana. Je sais qu'il s'identifiait comme afro-américain et qu'il parlait beaucoup des inégalités qui existent aux États-Unis à cause du racisme. Donc dans mon esprit, et avec les conversations que j'ai eu avec lui, je l'ai considéré comme un homme noir. Jackson pouvait apparaître moins fier de sa négritude parce qu'il ne se sentait pas valorisé dans une société occidentale, blanche, et donc j'espère que mes œuvres feront réfléchir sur ce que l'on appelle la colonisation mentale.” 

58 sec

"Dans mon esprit, je l'ai toujours considéré comme un homme noir" - Todd Gray

Par Isabel Pasquier

Plusieurs artistes afro-américains ont représenté Michael Jackson, détaille Vanessa Desclaux. Leurs œuvres évoquent des enjeux politiques assez forts, même si le chanteur lui même n’avait pas une position politique très claire là dessus et, à côté des enjeux liés construction sociale et politique de la race, préférait mettre en avant d’autres questions comme l’environnement, la faim dans le monde, la guerre.” 

David LaChapelle - Michael, “un ange”  

Que dire de l’oeuvre du photographe américain David LaChapelle tant elle est réaliste et quasi mystique. Ultra-réaliste, trois portraits de Michael Jackson ornent le mur de l’une des salles de l’exposition. Des sujets empruntés à la religion, un triptyque réalisé en 2009, là aussi, en réaction à la mort du chanteur. David LaChapelle qui dit vouloir montrer la figure angélique du chanteur, “le vrai Michael”. Son but ? Faire contrepoids face aux accusations qui ont pesé sur Jackson à la fin de sa vie.  “Nous avons choisi de le persécuter et de le crucifier” raconte David LaChapelle dans le catalogue de l’exposition. 

David LaChapelle, American Jesus: Hold Me, Carry Me Boldly, et The Beatification: I’ll Never Let You Part For You’re Always In My Heart 2009. © Adagp, Paris 2018
David LaChapelle, American Jesus: Hold Me, Carry Me Boldly, et The Beatification: I’ll Never Let You Part For You’re Always In My Heart 2009. © Adagp, Paris 2018 /

Lorraine O’Grady - Jackson = Baudelaire ?

Le premier et le dernier des modernistes”, c’est ainsi que Lorraine O’Grady s’essaie à comparer Jackson au poète Charles Baudelaire, dans quatre diptyques de portraits réalisés en 2010. Leur passion identique pour la perfection, leur dévotion pour leur art, leurs trajectoires de vies : “Ils sont tellement semblable” constate l’artiste pour expliquer son parti pris. 

Lorraine O’Grady The First and Last of the Modernists, Diptych 4 Gray (Charles and Michael), 2010. © Adagp, Paris 2018
Lorraine O’Grady The First and Last of the Modernists, Diptych 4 Gray (Charles and Michael), 2010. © Adagp, Paris 2018 /

Et aussi… Kehinde Wiley et Mark Ryden

Vivement conseillé aussi : ne pas louper l’impressionnante toile de Kehinde Wiley, portrait équestre de Jackson, en Philippe II d’Espagne. Une commande du chanteur, terminée après sa mort et traduisant la passion de Jackson pour Michel-Ange et le kitch, référence littérale à une peinture de Rubens. On découvre enfin la peinture originale de la couverture de l’album Dangerous, King Of Pop, réalisé par Mark Ryden en 1991. 

Kehinde Wiley Equestrian Portrait of King Philip II (Michael Jackson), 2010. © Adagp, Paris 2018
Kehinde Wiley Equestrian Portrait of King Philip II (Michael Jackson), 2010. © Adagp, Paris 2018 /
Mark Ryden « The King of Pop » (#135), 1991-2018. © Adagp, Paris 2018
Mark Ryden « The King of Pop » (#135), 1991-2018. © Adagp, Paris 2018 /

BONUS VIDÉO - Candice Breitz - Des millions de fans

Connue pour ses installations d’images en mouvement, l’artiste sud-africaine Candice Breitz a réuni en 2005 un groupe de fans européens de Michael Jackson. Elle les a ensuite filmés les uns après les autres, en les faisant chanter chacun des titres de l’album Thriller de 1982. Dans l’une des dernières salles de l’exposition, les enregistrements filmés sont donc regroupés et diffusés sur 16 écrans verticaux. Des fans qui chantent a cappella les titres de leur idole. Qui vivent, plutôt, la musique de Jackson. Chacun à leur façon

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