Jean-Yves Lacroix
Jean-Yves Lacroix © Albin Michel

Haute Époque de Jean-Yves Lacroix (Albin Michel) nous aide à renouer avec Debord. Il romance sa vie astucieusement à travers les recherches d'un libraire qui s'abîme dans l'alcool tout autant que l'auteur de la Société du Spectacle. Enfermé avec lui dans un cellule de dégrisement, il décide après sa mort, de résoudre le mystère de la vie du philosophe. Au fur et à mesure que le puzzle-Debord s'assemble, la vie du narrateur change. Un joli jeu de miroir et une manière adroite d'approcher un mythe, de mesurer sa grandeur et autant que ses petitesses.

Jean-Yves Lacroix signe ici son premier roman.

Jean-Yves Lacroix, que faites-vous de votre vie et de vos journées (ce qui n'est pas la même chose convenez-en) ?

J’occupe mes journées à la recherche de livres et de documents précieux, alors je vois des gens, des lieux, j’écoute des récits, je piste des trésors plus ou moins légendaires, essentiellement je me promène. Au terme de ces promenades, j’établis un catalogue de mes découvertes, je leur donne un prix et je les vends. Avec l’argent, je me mets au vert pour quelque temps et j’écris des livres.

Avez-vous rencontré Debord, (croisé, aperçu, discuté avec) et Alice sa compagne ?

Je n’ai jamais rencontré Guy Debord. En revanche, sa femme Alice, oui, comme le narrateur de Haute Epoque.

Pourquoi ce titre, Haute Époque ?

Le seul sens possible, disait Debord, c’est la totalité des sens possibles. A un moment du récit, le narrateur enterre une douzaine de livres, comme une mesure de défiance à l’égard des temps courants. Il y a du sarcasme dans un tel titre, mais pas seulement.

Reconstituer Debord comme un puzzle, avec un mystère de départ, (était-il encore vivant dans une cellule de dégrisement quand on le croyait mort) était-ce un moyen de nous dire que tout ce qui suit est faux, ou presque ?

Bien au contraire, mon but est de marquer la possibilité d’un récit véridique, même de faits matériellement impossibles, et par là, de rompre avec le naturalisme ambiant.

Aidez-nous à démêler la fiction de la réalité (tout le monde ne connaît pas la vie de Debord, ses amis et ses ennemis sur le bouts des doigts)

Tout est vrai, même quand c’est faux ; sinon rien de tout ça n’aurait de sens.

En général dans le monde de Debord, on trouve des pro-Debord frustrés, des anti-Debord farouches, des jaloux... et vous, dans quelle famille vous situiez-vous avant d'écrire ce livre ?

Celle du renard empaillé.

Vous êtes traducteur et vous écrivez dans la revue Feuilleton, qui compte parmi ses auteurs "Le Saint-Esprit". Est-ce bien raisonnable ?

Ma collaboration à Feuilleton a pris fin, mais pour d’autres raisons : je n’ai jamais entendu parler de ce monsieur Saint-Esprit.

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