Ce mardi, Augustin Trapenard recevait "la" chanteuse belge du moment… Angèle ! Quatre titres et quatre tubes ! Mais des titres qui sont aussi devenus aussi viraux grâce à la force de leurs clips. Et pour les deux premiers Angèle s'est entouré d'une de ses camarades belges, la talentueuse Charlotte Abramow...

Charlotte Abramow, dans son clip "La Loi de Murphy" qu'elle a réalisé pour Angèle.
Charlotte Abramow, dans son clip "La Loi de Murphy" qu'elle a réalisé pour Angèle. © Capture d'écran Youtube

Jeune prodige belge, Charlotte Abramow gagne à être connue ! Elle a commencé la photo très jeune, dès l’âge de sept ans, quand ses parents lui ont offert un appareil photo jetable. Elle s’amusait à prendre en photo ses amies dans la cour de récré, des chats, des gens... 

À 13 ans elle ne faisait pratiquement plus que des portraits et, chemin faisant, la photographie est devenu une véritable passion. Et à 17 ans elle parvient même à signer une couverture du magazine Elle Belgique. Aujourd'hui elle croule sous les demandes de collaborations, elle photographie Juliette Armanet, Roméo Elvis, fait des shootings pour Claudie Pierlot, signe des couvertures pour Les Inrocks... Et tout a décollé le 23 octobre 2017...

Cette date charnière dans la courte, mais d'ores et déjà épatante, carrière de Charlotte Abramow, est celle de la sortie du tout premier clip d'Angèle « La Loi de Murphy », signé de son nom. Le clip devient viral sur Internet et les réseaux sociaux avec à l'heure actuelle plus de 11 millions de vues !

Un clip très léché, où l'on retrouvait son œil de photographe puisqu'il alternait des plans très réfléchis, très travaillés de petites merdes du quotidien : mouiller sa chaussette en sortant de la douche, la tartine qui tombe du mauvais côté, marcher dans une crotte de chien, faire déborder sa casserole d'eau en ébullition, casser son talon, terminer le PQ... avec des plans de visages en train de craquer et de pleurer, sur fond pastel. Quelques mois plus tard elle réalisait encore le clip de son second single « Je veux tes yeux ».

Surréalisme et humanité

L'univers graphique de Charlotte Abramow est un univers décalé et absurde, poétique et métaphorique, très inspiré par le monde du rêve et de l'inconscient, et les mouvements surréalistes. Elle est aussi passionnée par le rapport au corps et la diversité des corps féminins, mais le tout, toujours avec un regard très bienveillant.

Elle travaille la désexualisation de la femme et de son corps par ses mises en scènes, comme si le corps ne devenait plus qu'une chose malléable avec laquelle on pourrait s'amuser à créer.

Parmi ses séries, on peut citer :

  • Metamorphosis, sur la puberté féminine
  • Claudette, où elle photographie le corps âgé et nu d'une femme de 74 ans (que l'on retrouve d'ailleurs dans le clip « La Loi de Murphy »
  • The Real Boobs, où elle représente avec humour la diversité des formes de seins
  • Find Your Clitoris, dédié à la découverte et à l'exploration du plaisir sexuel féminin

Dernièrement Charlotte Abramow travaillait sur le Projet Maurice, consacré à son père qui a vécu un cancer. Elle a voulu documenter la maladie, la vieillesse et la résilience. Un projet plein d'humanité et de tendresse, sur son petit bonhomme de père, proprement hors-norme et épatant, qui a vécu des complications suites aux opérations, est tombé dans le coma, et ensuite a perdu un grand nombre de ses capacités cognitives à son réveil.

Charlotte Abramow a documenté ses trois ans de dépendance et de mutisme, jusqu'à son réapprentissage de la langue, mais surtout le tout avec ce ton tendre, léger et décalé qui lui est propre, et qu'elle a probablement hérité de son père à en juger par la quantité astronomique de grimaces et de détournements avec son propre corps,qu'il pouvait faire face à l'objectif.

C'est avec toute la peine du monde qu'elle a annoncé la perte de son père au début du mois de septembre. Mais elle continue de mener à bien ce projet pour lui rendre hommage, et un livre réunissant toutes ses photos doit sortir avant la fin de l'année.

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Une ode à la féminité censurée par Youtube

Les clips pour Angèle représentaient sa toute première expérience en tant que réalisatrice. Une expérience qui lui a plu puisqu’elle a réalisé ensuite un clip pour « Les Passantes » de Georges Brassens

Problème, son clip a été censuré par la plateforme Youtube pour avoir représenté des vagins, des vulves et des menstruations... jugées « offensantes »… Et pourtant Charlotte Abramow s’en est défendue : elle n’a jamais photographié de vrais organes génitaux, ni n'en a donné de représentations trop crues ou réalistes. Ses représentations étaient toujours très imagées, fabriquées à base d’épluchures de carottes, de porte-monnaie, de pain de savon, de chewing-gum… 

Il s’agissait d’une commande de Christophe Coffre, du groupe Havas, en partenariat avec la maison de disques Mercury, pour redonner vie à de vieilles chansons françaises en les confiant à de jeunes réalisateurs. Mais comble de tout, ce clip censuré avait aussi été choisi pour illustrer la Journée internationale des femmes 2018... Alors quand bien même elle aurait représenté des corps féminins de manière plus frontales :

Je ne vois pas en quoi la nature et le corps de la femme peuvent être offensants. C'est quand même hallucinant de censurer une ode à la Femme pour la Journée Internationale des Droits des Femmes.

– avait-elle écrit sur sa page Facebook.

Grâce au tollé des internautes et au relais des médias, Youtube a fini par lever sa censure. Mais comme un malheur n'arrive jamais seul, quelque temps plus tard, Charlotte Abramow a appelé au plagiat contre Maître Gims et Vianney, qui reprennent et imitent étrangement son esthétique dans leur clip « La même ».

Un mois après la sortie des « Passantes », le clip de Maître Gims et Vianney s’inspirait un peu trop lourdement de ses plans. La jeune belge a réagi avec beaucoup de calme et une pointe d’ironie dans un tweet postant « Bah c’est la même du coup non ? » avec une mosaïque de captures d’écrans qui comparent les deux clips.

Deux clips très épurés, avec une série de portraits représentant la diversité et des couleurs pastels : dans les fonds ou dans les costumes des personnages. Une accusation de plagiat à laquelle ni l'un, ni l'autre, ni leurs labels, n’ont daigné répondre.

Triptyque et Belgique : Angèle, Charlotte Abramow, Claire Laffut

Abramow est aussi proche d’une autre jeune femme montante de la scène musicale belge francophone : Claire Laffut. Elles se sont rencontrées par Facebook il y a une dizaine d'années pour faire des photos et depuis Claire Laffut est restée sa plus grande muse (NB : elle apparaît d'ailleurs dans le clip « Les Passantes »).

Entre-temps son amie est devenue mannequin (peut-être que le regard de Charlotte Abramow y a été pour quelque chose qui sait ?), mais c'est aussi une artiste protéiforme qui pratique le dessin, la peinture et depuis peu la chanson.

Elle a inspiré de nombreuses séries photo à son amie Charlotte Abramow, notamment la série « First Loves » : un projet où se mêlent les talents des deux belges, les peintures de Laffut et les photographies d'Abramow, autour de sujets amoureux.

Claire Laffut a également sorti deux singles Vérité et Mojo et son nouvel EP sortira le 09 novembre. Claire Laffut qu’Angèle prédit comme la relève de la scène belge, dans une interview de Jack. La boucle est bouclée.

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