La mobilisation des "gilets jaunes" contre la hausse des taxes a suscité l'invention de plusieurs chansons de ralliement et de contestation. Mais bien avant ce mouvement, les impôts ont déjà fait grogner de nombreux artistes, il y a plusieurs dizaines d'années.

Le clip des "Rap-tout" par les Inconnus
Le clip des "Rap-tout" par les Inconnus © Capture d'écran

"Macron ciao", "La chanson des gilets", "La Marseillaise des Gilets jaunes" : avec la mobilisation des "gilets jaunes", qui s'est installée en France depuis près d'un mois, les parodies et autres chansons de soutien se sont multipliées, souvent reprises sur les manifestations et au bord des rond-points et des blocages. 

Mais protester contre le fisc et les impôts, ou tourner en dérision la pression fiscale, ça ne date pas d'hier. Presque d'aussi loin que la chanson populaire est un moyen d'expression et permet de faire passer des messages, les impôts et l'Etat sont des cibles fréquentes des chansonniers et des auteurs et compositeurs, en France comme ailleurs. 

1861 : "Les impôts" (interprétée ici par Robert Rocca)

Dans les années 70, le chansonnier Robert Rocca reprend cette chanson créée plus d'un siècle plus tôt, en 1861, par Gustave Nadaud. "Je n'aime pas qu'on plaisante des impôts, je le défends. D'enrichir notre patrie nous devons être contents, augmentez-les je vous prie, messieurs les représentants", chante-t-il, avant de demander une augmentation... pour tous les autres

1910 : Paul Lack, "La polka de pauvres contribuables"

Aussi connu sous son vrai nom, Lucien Callamand, Paul Lack était avant tout acteur de cinéma muet au début du siècle. Comme le fera Boris Vian quelques années plus tard,il fait des "pauvres contribuables" de "pauvres cons" taillables et corvéables. Déjà, à l'époque, on parle de "vaches à lait" que l'on trait régulièrement "pour faire le beurre du gouvernement"

Années 30 : Marty et Montéhus, "L'impôt sur les feignants"

Surnommé "Le chansonnier humanitaire", Montéhus était un chansonnier connu pour ses engagements politiques en faveur du peuple. Montéhus en appelle au gouvernement : "La loi qu'il fallait faire, j'vous l'dis, messieurs du Parlement, c'est pas l'impôt sur les salaires, mais c'est l'impôt sur les feignants". Il s'engage en faveur des travailleurs et affirme qu'il faudrait moins les taxer, et taxer plutôt "les feignants" ou "les noceurs". 

1951 : Ralph Willis, "Income Tax Blues"

"Income tax", c'est en anglais l'impôt sur le revenu. Et dans ce blues pur jus, Ralph Willis commence par chanter "I've got my income tax this morning, and it's gotta be paid", comprenez "J'ai reçu mes impôts sur le revenu ce matin, et il faut les payer". Et s'en suit une énumération de taxes sur à peu près tout. De quoi avoir le blues, c'est certain. 

1966 : Jacques Michel, "Les percepteurs"

Sur ce disque à la pochette parfaitement psychédélique, le chanteur québécois Jacques Michel (de son vrai nom Jacques Rodrigue, parce que Michel c'était plus original) évoque, sur une musique dans l'air du temps, les percepteurs qui lui ont tout pris, son gilet, son chapeau, sa cravate, son manteau, "bref tout son attirail qui le gardait bien au chaud (...) C'est avec le sourire qu'ils nous prennent les impôts". Cet album, sorti très tôt dans sa carrière, arrive bien avant son succès outre-Atlantique, au début des années 70.

(La chanson est à 7'20'' sur cette vidéo)

1966 : Les Beatles, "Taxman"

Quand ils publient leur album "Revolver" en 1966, les Beatles sortent tout juste de leur image de groupe à midinettes tout juste capable de faire de jolies chansons d'amour. Quelle surprise, alors, quand cet album s'ouvre sur une chanson ouvertement dirigée contre les politiciens britanniques (le Premier ministre de l'époque, Wilson, et le chef de l'opposition, Heath), et qui parle avant tout... des impôts. "Si tu conduis une voiture je taxe la rue, si tu veux t'asseoir je taxe ton siège, si tu as trop froid je taxe la chaleur et si tu vas faire un tour je taxe tes pieds", dit, en substance, la chanson. 

1978 : Johnny Cash, "After Taxes"

Dans sa riche discographie, Johnny Cash a lui aussi évoqué les impôts dans cette chanson où il fait l'inventaire de ce qu'il reste une fois que les impôts sont passés. "Tu peux rêver d'une lune de miel pour deux (...) mais c'est tout ce que tu peux faire, parce qu'une fois qu'Oncle Sam en a fini avec toi, tu peux lui acheter une paire de bas, un peu de poudre pour le nez"... et c'est tout, dit l'un des refrains de la chanson. 

1992 : Les Inconnus, "Rap tout vampire"

Le clip de ce tube des Inconnus commence par une vue de l'Elysée sous un ciel rouge. Les trois humoristes se mettent dans la peau de trois vampires, Urssaf, Camcras et Carbalas, et se moquent des impôts français. "Quoi que tu fasses, faut que tu craches, faut que tu paies", rappent-ils. Charles Pasqua, Edith Cresson et même le Président de l'époque François Mitterrand s'y retrouvent eux aussi grimés en vampires

1997 : Michel Sardou, "Mon dernier rêve sera pour toi"

Dans cette chanson, Michel Sardou se met dans la peau d'un homme qui reçoit, au petit matin, la visite du fisc et des huissiers. Et ceux-ci ne lui épargnent rien... et ne lui laissent qu'une chose : "son dernier rêve". Pour l'anecdote, sur la version enregistrée en studio, Michel Sardou se paie deux choristes grand luxe : Johnny Hallyday (avant sa petite virée fiscale en Suisse) et Eddy Mitchell. 

2011 : Sharon Jones "What if we all stopped paying taxes ?"

La chanteuse soul Sharon Jones, en 2011, évoque elle aussi la place des impôts mais leur donne une dimension beaucoup plus politique : "Ils fabriquent des bombes alors que nos écoles s'écroulent, dites-moi pourquoi nous payons des taxes... Et si on arrêtait tous de payer des taxes ?", se demande-t-elle, sur un rythme soul endiablé. 

Sélection réalisée avec le concours de la documentation musicale de Radio France

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