Le metteur en scène allemand Thomas Ostermeier invite les "gilets jaunes" sur une scène de théâtre. Il a inclus des images des dernières manifestations dans sa pièce documentaire, "Retour à Reims" qui s'inspire du livre du philosophe Didier Eribon. Le spectacle se joue en ce moment à l'Espace Cardin.

Irène Jacob dans Retour à Reims
Irène Jacob dans Retour à Reims © Mathilde Olmi - théâtre Vidy Lausanne

Didier Eribon a écrit Retour à Reims il y a 10 ans. Un récit autobiographique qui aussi une radiographie de la France oubliée par la classe politique. Après la mort de son père, le philosophe retourne à Reims, sa ville natale, et retrouve son milieu d’origine, le milieu qui l’a vu naître et avec lequel il a coupé les ponts pendant trente ans, sans donner de nouvelles. La mort du père est l’occasion de livrer ses vérités à sa mère. Il raconte les humiliations dont il a été victime et la violence d’un père autoritaire et homophobe. 

Le texte est aussi une analyse du basculement des classes populaires et ouvrières du vote communiste vers le vote Front National. Irène Jacob incarne une actrice qui enregistre la voix off d'un film documentaire. Thomas Ostermeier a choisi d'inclure des images des "gilets jaunes" tournées sur les Champs-Élysées.  Il voit dans le texte de Didier Eribon comme une explication à ce mouvement : 

C’est assez bouleversant car le texte qui date de 2009 peut être vu comme une sorte d’explication de ce qui arrive avec les "gilets jaunes". 

"C’est un mouvement qui ne veut pas de leader à la tête de ses manifestations, expliqueDidier Eribon, qui en a marre de la condescendance, du cynisme et qui se méfie beaucoup du pouvoir et des politiques. Et cela a beaucoup à voir avec tout ce que Didier écrit dans le texte."

Thomas Ostermeier s’arrête un instant pour s’interroger sur le rôle de l’artiste dans cette époque. Sur son inaction, sur son silence. 

Irène Jacob pointe la peur de voir, dans trois ans, la France gouvernée par une alliance populiste.

Quand on voit Sartre lorsqu’il parle en 68 devant les ouvriers de l’usine Renault, on se demande où sont les intellectuels dans la rue aujourd’hui.

"Je crains qu’ils n’aient peur de se trouver devant une foule en rage, confie Irène Jacob. Oui ça met en question le théâtre, l’art, la culture dans la société d’aujourd’hui. Eribon évoque beaucoup la pensée de Bourdieu, lorsqu’il dit que la culture est un outil de la bourgeoisie qui se différencie de ceux qui ne connaissent pas les arts."

Thomas Ostermeier s’est donc emparé de la pensée de Didier Eribon pour faire un spectacle politique. Le premier à parler ouvertement de la fracture qui secoue en ce moment la société française.

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