Au procès de Nuremberg, deux films sont projetés, pour faire preuve des atrocités nazies. Comme le dit alors Robert Jackson, procureur en chef pour les Etats-Unis dans son discours d'ouverture : "Si je vous rapportais ces horreurs avec mes propres mots, vous trouveriez qu'on ne peut me croire".

Le film montré par les Américains : Les camps de concentration nazis

En avril 1945, le général Eisenhower, futur président des Etats-Unis, visite en Allemagne les premiers camps de concentration libérés. Il demande à George Stevens de filmer tout ce qui pourra servir de preuve des crimes nazis devant les tribunaux.

Eisenhower en visite dans les camps
Eisenhower en visite dans les camps © Radio France

Avec son unité spéciale de tournage, Stevens filme la libération du camp de Dachau , les wagons remplis de cadavres mais également les règlements de compte avec les gardes et les soldats allemands.

Ce film d’une heure, Nazi concentration camps, monté par John Ford et Ray Kellog, est projeté dans l’enceinte du Tribunal de Nuremberg , le 29 novembre 1945. Les images de ce documentaire, considérées comme trop dures, ne furent pas montrées au grand public.

Avec le plan Marshall et le début de la guerre froide , les priorités avaient changé. Elles sont pourtant les principales archives qui subsistent sur l’horreur concentrationnaire.

Nazi Concentration Camps (attention, certaines images peuvent choquer) :

Le film montré par les Soviétiques : Un document cinématographique sur les exactions germano-fascistes

A Nuremberg, les Soviétiques font projeter leur propre film :Un document cinématographique sur les exactions germano-fascistes, très différent du document américain . Monté avec des images tournées dès 1941, il répond en fait à la question restée sans réponse dans le film américain : qu’est-ce que le nazisme en acte pendant la guerre ?

Les Américains ne sont arrivés qu’en juin 1944 en Europe de l’ouest (1943 en Italie), ils n’ont pu filmer que des survivants en pyjamas rayés, et des chambres à gaz n’ayant jamais fonctionné.

Les Russes, en revanche, possèdent en images le répertoire intégral des horreurs nazies : fusillades de masse dans des fossés anti-char, gazages dans des camions spécialement aménagés, incendies sur des bûchers, etc.Ce sont eux qui ont découvert Maïdanek et Auschwitz ; ce sont eux qui ont utilisé le terme d’”usines de la mort ” pour la première fois. Leurs images illustrent donc la shoah, quand les images américaines illustrent le système concentrationnaire nazi.

J’ai compris que j’allais revivre.

Le philosophe et ancien résistant Georges Snyders, libéré par les Russes à Auschwitz. Culture Matin , 6 octobre 1997 :

Les Russes tournent également des reconstitutions des scènes de libération des camps mais, comme le montre l’exposition Filmer la guerre, les soviétiques face à la shoah , actuellement au Memorial de la Shoah à Paris , il apparaît que ces mises en scène ne pouvaient que sonner faux. Elles sont donc très vite considérées comme inutilisables. Le pouvoir soviétique s’appuiera par la suite sur toutes ses images d’archives pour soutenir sa politique, en y ajoutant les commentaires de propagande appropriés.

La découverte du camp d'Auschwitz-Birkenau

Exposition au Mémorial de la Shoah :Filmer la guerre, les soviétiques face à la shoah, (du 9 janvier au 27 septembre 2015).

►►► Nuit et Brouillard , des images pour demain

►►►Shoah, une histoire de l'indicible - Claude Lanzmann

►►►La Mémoire Meurtrie, de Sidney Bernstein et Alfred Hitchcock

►►►Samuel Fuller, le soldat Fantassin

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