L’exposition Désirs et volupté à l’époque victorienne au Musée Jacquemart-André invite le grand public à découvrir pour la première fois en France les artistes célèbres de l’Angleterre de la reine Victoria au XIXe siècle , dont Sir Lawrence Alma-Tadema (1836-1912), Sir Frederic Leighton (1830-1896), Edward Burne-Jones (1833-1898) ou encore Albert Moore (1841-1893). A travers une cinquantaine d’oeuvres exposées, les artistes de cette période ont en commun de célébrer le « culte de la beauté » ...

Henry Arthur Payne (1868-1940) La Mer enchantée, vers 1899 Huile sur toile, 91,5 x 65,5 cm Mexico, Collection Pérez Simón
Henry Arthur Payne (1868-1940) La Mer enchantée, vers 1899 Huile sur toile, 91,5 x 65,5 cm Mexico, Collection Pérez Simón © Studio Sébert Photographe

.La quête esthétique est le maître-mot de ces artistes qui ont fait de la beauté un absolu et un art de vivre. Le sujet principal de ce mouvement artistique, dénommé « Aesthetic Movement », est la femme. Son corps n’est plus entravé comme dans la vie quotidienne, mais symbolise une féminité idéale, objet de désir. Dépeintes dans un cadre de vie réinventé, ces femmes voluptueuses se muent en héroïnes antiques ou médiévales. Une nature luxuriante et des palais somptueux servent de décors à ces femmes sublimes, lascives, sensuelles, amoureuses, bienfaisantes ou maléfiques . La peinture devient un rêve éveillé, foisonnant de symboles....

Présentation de quelques salles :

Salle 1 - Désirs d’antique

Centrée sur la figure emblématique deLawrence Alma-Tadema , la première salle de l’exposition reflète le vif engouement de l’élite victorienne pour l’Antiquité. Nourrie d’une grande culture classique, la haute bourgeoisie de l’époque se passionne pour les découvertes archéologiques réalisées en Grèce et en Italie. Les plus belles pièces viennent enrichir les collections du British Museum et émerveillent le public londonien. Le très grand raffinement des décors révélés par les grands chantiers de fouille à Rome ou Pompéi entretient la nostalgie d’un âge d’or, d’un monde antique fait de luxe et de plaisirs dans des paysages nimbés de soleil. Les artistes qui entreprennent de redonner vie à ce monde antique fantasmé rencontrent alors un très grand succès.C’est ainsi qu’Alma-Tadema devient la coqueluche des collectionneurs et le peintre le plus coté de son époque. D’origine néerlandaise, il s’est formé en Belgique où il a acquis le goût de la précision. Influencé par l’académisme français et surtout par Jean-Léon Gérôme qu’il rencontre à Paris en 1864, il découvre Pompéi en 1863 et se passionne pour ce nouveau répertoire antique qu’il restitue à la perfection (Le Retour du marché, 1865). Remarqué par le très actif Ernest Gambart, marchand belge d’art basé à Londres, Alma-Tadema quitte Bruxelles pour s’installer à Londres en 1870..

Lawrence Alma-Tadema (1836 – 1912) Les Roses d’Héliogabale, 1888 Huile sur toile, 132,7 x 214,4 cm Collection Pérez Simón, Mexic
Lawrence Alma-Tadema (1836 – 1912) Les Roses d’Héliogabale, 1888 Huile sur toile, 132,7 x 214,4 cm Collection Pérez Simón, Mexic © Studio Sébert Photographe

Salle 3 - Muses et Modèles

Malgré l’influence considérable exercée par les canons et les thématiques antiques sur le goût des artistes, leur inspiration trouve aussi sa source dans les visages des femmes, muses ou modèles, qui ont vécu dans leur entourage immédiat.Burne-Jones fait partie du second mouvement préraphaélite mais s’en détache rapidement. Très inspiré par la littérature, l’artiste cultive un style très personnel et un goût particulier pour les beautés anglaises, à la chevelure rousse, au visage très découpé et à la longue silhouette gracile. Ce charme anglais avait largement séduit les préraphaélites et reste très prisé par les artistes, comme en témoigne la peau laiteuse et la chevelure léonine de la jeune femme rêveuse représentée par Emma Sandys (1843-1876)...

John William Waterhouse (1849-1917) La Boule de cristal, 1902 Huile sur toile, 121,6 x 79,7 cm Mexico, Collection Pérez Simón
John William Waterhouse (1849-1917) La Boule de cristal, 1902 Huile sur toile, 121,6 x 79,7 cm Mexico, Collection Pérez Simón © Studio Sébert Photographe

Salle 4 - Femmes fatales

Mis à la mode par Burne-Jones et les préraphaélites, le thème de la femme fatale, séduisante mais cruelle, fausse ingénue mais véritable enchanteresse, est un thème fréquent dans la littérature britannique, depuis Shakespeare, et remis à la mode par le roman gothique et les poèmes de Tennyson. En peinture, il atteint toute sa force à l’extrême fin du siècle avec son plus grand représentant John William Waterhouse (1849-1917).Au milieu des années 1880, Waterhouse s’attacha à faire revivre les thèmes préraphaélites, sans toutefois en adopter la technique et en gardant une approche plus académique. Fasciné par le mythe des enchanteresses, il crée un type très spécifique de beauté féminine au visage allongé et anguleux avec des yeux en amande, des cheveux épais coiffés en bandeaux. Il reprend cet archétype féminin dans plus d’une trentaine de tableaux dont les sujets sont tirés de la littérature médiévale, shakespearienne ou de thèmes antiques. Le regard, toujours lointain, de la jeune fille traduit l’ambiguïté du personnage. Dans Le Philtre d’amour, la femme, probablement Médée, interroge du regard le spectateur au moment de verser l’élixir dans la coupe. Cette esquisse pour un tableau, aujourd’hui perdu, qui fut exposé en 1914 à la Royal Academy, témoigne de l’alliance d’un thème éminemment classique avec une touche très libre et très moderne...

Salle 7 - La Volupté du nu

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, le nu devient un genre à part entière dans la peinture anglaise. Les plus grands artistes s’y consacrent et, dès lors, le nu s’impose comme une véritable discipline et non plus comme un genre mineur pratiqué par des peintres spécialisés. Les représentations de femmes dévêtues se multiplient, essentiellement sur des oeuvres de petit format, et les tableaux de la collection Pérez Simón reflètent toutes les nuances du genre.

Sir Edward John Poynter (1836 – 1919) Andromède, 1869 Huile sur toile 51,3 x 35,7 cm Collection Pérez Simón, Mexico
Sir Edward John Poynter (1836 – 1919) Andromède, 1869 Huile sur toile 51,3 x 35,7 cm Collection Pérez Simón, Mexico © Studio Sébert Photographes

Figure tutélaire du mouvement préraphaélite, Gabriel Dante Rossetti (1828-1882) s’inspire davantage de l’Italie de la Renaissance pour sa Venus verticordia (1867). Ce buste féminin d’une grande sensualité n’est pas un portrait, mais une allégorie de l’amour séducteur, comme le montrent la pomme et la flèche, mise en valeur par les tonalités rousses du pastel.Mais les nus sont le plus souvent liés à la tradition antique et peuvent prendre la forme d’une allégorie, ou d’une scène de la vie quotidienne dans l’Italie, la Grèce ou l’Orient antique. Après son séjour en France, Edward John Poynter (1836-1919), très influencé par Ingres, crée une rupture avec son Andromède (1869), dont le corps est exposé entièrement nu, dans une pose étudiée.Avec Crenaia, la nymphe de la rivière Dargle (vers 1880), Leighton , qui a séjourné lui aussi à Paris, reprend l’idée d’un nu féminin placé sur un fond de paysage développée par Ingres dans sa Source. S’il est influencé par ce thème et par la traduction formelle proposée par l’artiste français, il lui confère un caractère typiquement britannique. Se plaçant dans la tradition du nu anglais amorcée vers 1840, il donne un véritable visage à cette jeune femme rousse au corps souple et sensuel, drapée dans de longs plis transparents qui rappellent le mouvement de l’eau dans la cascade à l’arrière-plan...

Salle 8 - Le Culte de la beauté

Au sein de la société victorienne, chaque femme se doit d’être une maîtresse de maison accomplie. Or la femme, qui incarne pour cette génération d’artistes leur idéal du Beau, ne peut évoluer que dans un univers dédié à la Beauté : ses vêtements, ses bijoux et son cadre de vie doivent, par leur élégance et leur raffinement, traduire et sublimer ses grâces et ses vertus.Pour répondre aux exigences de la grande bourgeoisie industrielle, les architectes conçoivent et agencent des intérieurs fastueux. L’abondance ornementale qui caractérise ces salons bourgeois trouve un écho chez les grands artistes contemporains qui, à l’image d’Alma-Tadema ou de Leighton, décorent avec talent et profusion leur maison...

Frederic Leighton. Jeunes Filles grecques ramassant des galets sur la plage, 1871 - Collection Pérez Simón, Mexico
Frederic Leighton. Jeunes Filles grecques ramassant des galets sur la plage, 1871 - Collection Pérez Simón, Mexico © Studio Sébert Photographe

Dans un style proche de celui d’Alma-Tadema, Godward adapte lui aussi le thème de la beauté féminine à l’idéal antique. Ses oeuvres se distinguent par la netteté classique du dessin, l’harmonie des couleurs vives et le superbe travail de la matière (Beauté classique, 1908 et L’Absence fait grandir l’amour, 1912).Si l’Antiquité reste l’un des thèmes majeurs pour les artistes de l’époque victorienne, ils se plaisent aussi à explorer d’autres répertoires. La représentation de la femme reste leur principal sujet, mais ils en proposent d’infinies variations. La magie de l’Orient exerce son attrait sur les peintres qui cèdent à son enchantement. CommeWilliam Clarke Wontner (1857-1930) avec sa Joueuse de Soz (1903), ils parent des beautés britanniques à la peau laiteuse d’atours sensuels, dans des décors somptueux. La société lettrée, qui rêve d’un ailleurs fantasmé, s’enthousiasme pour ces oeuvres très décoratives.

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